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Peut-on aimer sa tristesse ?

8 juillet 2019 par jerome lecoq

 

Drôle d'association a priori puisque la tristesse s'oppose à la joie qui est associée à l'amour, “joie qu'accompagne l'idée de sa cause extérieure” comme nous le dit Spinoza. Si la tristesse, encore selon Spinoza, est une "diminution de notre puissance d'exister" alors on ne voit pas bien comment on pourrait aimer ce rabougrissement de l'âme, ce repli en soi. Pourtant on peut y voir une certaine forme de confort : celui ou celle qui se complait dans sa tristesse se réfugie dans son intériorité, peuple son univers mental de ses personnages tristes, se joue et se rejoue sa propre tragédie familière. Il se fait le héros tragique d’une pièce grandiose.

Dans: Dissertation 

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Cet été, je travaille ma pensée

26 juin 2019 par jerome lecoq

Profitez des vacances pour travailler votre pensée !


Les vacances arrivent à grands pas, enfin le moment de souffler, prendre du recul, se ressourcer… Le moment aussi de nous occuper de nous et de notre pensée, de notre existence, de notre esprit. Le tourbillon quotidien de la vie nous sert trop souvent d'excuse pour repousser aux calendes grecques les choses vraiment importantes : comment nous pensons et surtout comment nous pensons-nous ?
C'est pourquoi nous avons développé pour vous, un programme estival sur mesure, qui s'adresse à tous ceux et celles, adultes et ados, qui sont curieux de s’exercer au dialogue et de se prêter au jeu du questionnement afin d’améliorer leur compétences cognitives et intellectuelles, de mieux se connaître et se positionner dans l’existence. Nous vous proposons 3 formules par email ou visioconférence, pour correspondre au mieux à vos attentes, disponibilités et budgets.

A noter : Ce programme ne nécessite aucune connaissance philosophiqueparticulière, venez comme vous êtes.

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Programme d'ateliers à la carte pour l'été 2019

25 juin 2019 par jerome lecoq

Vous trouverez dans ce document le programme détaillé pour l'ensemble des ateliers de la Formule 3 du "Programme à la carte" du 12 aout au 1er septembre 2019.

 

Réfléchir avec une fable : le Lion, le Loup et le Renard

21 juin 2019 par jerome lecoq

Un Lion décrépit, goutteux, n'en pouvant plus, 

Voulait que l'on trouvât remède à la vieillesse : 

Alléguer l'impossible aux Rois, c'est un abus.(1) 

Celui-ci parmi chaque espèce 

Manda des Médecins ; il en est de tous arts : (2)

Médecins au Lion viennent de toutes parts ; 

De tous côtés lui vient des donneurs de recettes. 

Dans les visites qui sont faites, 

Le Renard se dispense, et se tient clos et coi. (3)

Le Loup en fait sa cour, daube (4) au coucher du Roi 

Son camarade absent ; le Prince tout à l'heure 

Veut qu'on aille enfumer Renard dans sa demeure, 

Qu'on le fasse venir. Il vient, est présenté ; 

Et, sachant que le Loup lui faisait cette affaire : 

Je crains, Sire, dit-il, qu'un rapport peu sincère, 

Ne m'ait à mépris (5) imputé 

D'avoir différé cet hommage ; 

Mais j'étais en pèlerinage ; 

Et m'acquittais d'un voeu fait pour votre santé. 

Même j'ai vu dans mon voyage 

Gens experts et savants ; leur ai dit la langueur 

Dont votre Majesté craint à bon droit la suite. 

Vous ne manquez que de chaleur : 

Le long âge en vous l'a détruite : 

D'un Loup écorché vif appliquez-vous la peau 

Toute chaude et toute fumante ; 

 

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Réfléchir avec une fable : le corbeau, la gazelle, la tortue et le rat.

21 juin 2019 par jerome lecoq

La Gazelle, le Rat, le Corbeau, la Tortue,

Vivaient ensemble unis : douce société.

Le choix d'une demeure aux humains inconnue

Assurait leur félicité.

Mais quoi ! l'homme découvre enfin toutes retraites.

Soyez au milieu des déserts,

Au fond des eaux, en haut des airs,

Vous n'éviterez point ses embûches secrètes.

La Gazelle s'allait ébattre innocemment,

Quand un Chien, maudit instrument

Du plaisir barbare des hommes,

Vint sur l'herbe éventer les traces de ses pas.

Elle fuit, et le Rat, à l'heure du repas,

Dit aux amis restants : D'où vient que nous ne sommes

Aujourd'hui que trois conviés ?

La Gazelle déjà nous a-t-elle oubliés ?

A ces paroles, la Tortue

S'écrie et dit : Ah si j'étais

Comme un Corbeau, d'ailes pourvue,

Tout de ce pas je m'en irais

Apprendre au moins quelle contrée,

Quel accident tient arrêtée

Notre compagne au pied léger ;

Car, à l'égard du cœur, il en faut mieux juger.

Le Corbeau part à tire d'aile :

Il aperçoit de loin l'imprudente Gazelle

Prise au piège, et se tourmentant.

Il retourne avertir les autres à l'instant.

Car, de lui demander quand, pourquoi, ni comment

Ce malheur est tombé sur elle,

Et perdre en vains discours cet utile moment,

Comme eût fait un maître d'école

Il avait trop de jugement.

Le corbeau donc vole et revole.

Sur son rapport, les trois amis

Tiennent conseil. Deux sont d'avis

De se transporter sans remise

Aux lieux où la Gazelle est prise.

L'autre, dit le corbeau, gardera le logis :

Avec son marcher lent, quand arriverait-elle ?

Après la mort de la gazelle.

Ces mots à peine dits, ils s'en vont secourir

Leur chère et fidèle compagne,

Pauvre Chevrette de montagne.

La Tortue y voulut courir :

La voilà comme eux en campagne,

Maudissant ses pieds courts avec juste raison,

Et la nécessité de porter sa maison.

Rongemaille (le Rat eut à bon droit ce nom)

Coupe les nœuds du lacs : on peut penser la joie.

Le chasseur vient et dit : Qui m'a ravi ma proie ?

Rongemaille, à ces mots, se retire en un trou,

Le Corbeau sur un arbre, en un bois la Gazelle :

Et le Chasseur, à demi-fou

De n'en avoir nulle nouvelle,

Aperçoit la Tortue, et retient son courroux.

D'où vient, dit-il, que je m'effraie ?

Je veux qu'à mon souper celle-ci me défraie.

Il la mit dans son sac. Elle eût payé pour tous,

Si le Corbeau n'en eût averti la Chevrette.

Celle-ci, quittant sa retraite,

Contrefait la boiteuse, et vient se présenter.

L'homme de suivre, et de jeter

Tout ce qui lui pesait : si bien que Rongemaille

Autour des nœuds du sac tant opère et travaille,

Qu'il délivre encor l'autre sœur,

Sur qui s'était fondé le souper du Chasseur.

Jean de La Fontaine

 

Eloge de la coopération

Ce qui frappe d'emblée dans cette fable, c'est la force d'un collectif, sa plasticité et sa résilience. Pris individuellement chacun de ces animaux n'a rien d'exceptionnel ni de particulièrement noble au sens anthropomorphique : la tortue est lente et pesante, elle qui doit porter sa maison sur son dos. Le rat est petit et possède une réputation de chapardeur et véhicule des maladies. Le corbeau est signe de mauvais présage, pousse des cris stridents et n’est pas particulièrement gracieux. La gazelle enfin, si elle est légère et rapide, est la cible généralement des grands prédateurs et a besoin d'être en troupeau pour survivre : elle est fragile. Aucun de ces animaux de ne pourrait survivre seul dans la nature qui demande des aptitudes à la compétition féroce qu’ils ne possèdent pas, au moins dans l’imaginaire collectif.

 

Dans: Fables 

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Socrate manager

3 juin 2019 par jerome lecoq

Quand on me demande quel philosophe aurait fait un bon manager, il n'y a qu'un nom qui me vienne à l'esprit : Socrate. Pourquoi ?

Premièrement parce que Socrate ne prêche pas, n'ordonne pas, n'impose pas, ne fait pas la leçon : il questionne et invite son interlocuteur, par des déductions faites à partir de ses réponses, à mettre au jour les présupposés qui le font agir. Socrate met en lumière les motivations des hommes et leur permet de s’auto-examiner et de s’orienter dans leur vie en pleine conscience.

Les interlocuteurs de Socrate finissent par mieux se connaître et par conséquent mieux choisir leurs actions en fonction d'une finalité et de valeurs qui leur paraissent adéquates : ils donnent du sens à leur action en réfléchissant dessus grâce aux questions de Socrate.

Or le rôle principal du manager est de donner du sens aux actions qu'il demande d'effectuer : ce sens repose sur une finalité, un projet clair et désirables pour des collaborateurs qui possèdent les compétences pertinentes. Le bon manager doit donc connaître ses collaborateurs ainsi que les compétences requises par le travail qu'il leur demande d'effectuer. Or pour cela le questionnement socratique est un outil formidable.

Dans: La philosophie pour améliorer la communication en entreprise Philosophie pratique en entreprise Sur le management 

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Se réconcilier avec le jugement

3 juin 2019 par jerome lecoq

"Je ne veux pas de jugement", "il ne faut pas juger, nous allons discuter sans jugement". Que de jugements à propos du jugement !

Pourquoi a-t-on décidé si rapidement de jeter aux orties une des capacités pourtant les plus fondamentales de l'esprit humain. Poser un jugement c'est attribuer une valeur à une proposition, c'est évaluer la fausseté ou la véracité d'une assertion, c'est décider de ce que l'on pense, se prononcer à propos de quelque chose, momentanément du moins.

Un jugement sans argument est orphelin, bancal, arbitraire, tyrannique, auto-institué, catégorique (sous entendu : “parce que c'est comme ça”, “parce que je l'ai dit”). Il y a des jugement hypothétiques, apodictiques et catégoriques selon Kant. C'est la dernière catégorie que nous redoutons car elle porte avec elle un côté sentencieux, éternel donc divin et nécessairement illégitime pour nous pauvres être mortels.

Mais puisque nous nous contentons de jugements hypothétiques qui par définition sont réfutables pourquoi donc a-t-on tellement peur de poser des jugementset a fortiori de poser un jugement sur les personnes, sur les êtres, sur les individus ?

Dans: Philosophie et psychologie Dissertation 

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La résolution comme remède à l’angoisse de la liberté (ou de son illusion)

20 mai 2019 par jerome lecoq

 

La liberté fait peur parce que, comme par exemple Sartre l’a bien décrit, elle nous livre à l'angoisse existentielle de faire un choix, de nous choisir un projet, par conséquent de renoncer à d'autres voies possibles, de nous fermer des portes et de nous engager dans une voie sans évidemment savoir où celle-ci nous mènera.

La liberté nous met face à notre responsabilité mais aussi nous met face à nous-mêmes : "ai-je les capacités, les compétences, les vertus nécessaires pour entreprendre telle ou telle chose ? Vais-je me faire confiance pour aller jusqu'au bout et les autres vont-ils me faire confiance, me suivre dans mon "aventure" ?

Que d'inconnues s'ouvrent à nous en même temps que se découvre notre liberté ! Quelles conséquences sur mon environnement aura mon choix, pourrai-je revenir en arrière ? Les choses seront-elles jamais comme avant ou est-ce que je crée une nouvelle situation en exerçant ma liberté ? Telles sont les questions qu’ouvre la liberté.

Dans: Dissertation 

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L'intelligent artificiel

14 mai 2019 par jerome lecoq

 

"Il est intelligent. Il a des intuitions. Il ne pense pas. Il prononce, il profère, il éructe, ne parle pas. Bribes et miettes. Il n’entend rien, ni autrui, ni lui-même. Lambeaux d’esprit éparpillés dans le désert." (O.B.)

"L’intuition c’est comme le talent. Sans travail ce n’est qu’une sale manie." m'a dit un jour quelqu'un.

Sans travail les intuitions s'expriment. Mal, en général, sous formes d'opinions qui surgissent comme des fulgurances et que le Sujet est bien en peine d'argumenter et de justifier, en dépit de son intelligence. Il compensera cette non-pensée par un surcroît d'énergie émotionnelle et corporelle, comme l'on voit parfois ces personnes qui tentent d'évangéliser les masses en répétant un monologue et qui s’excitent au son de leur propre voix ou d’autres qui se défoulent dans une logorrhée écrite sur les réseaux sociaux.

Dans: Aphorismes 

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Seuls les faibles font le mal

23 avril 2019 par jerome lecoq

 

 

 

"Faibles

Seuls les faibles font du mal aux autres. Ils sont ignorants, inconscients, maladroits et peu efficaces." (O. Brenifier)

Qui sont les "forts" dans notre société ? Ceux qui ont confiance, qui font confiance, qui sont généreux, qui sont ouverts, qui sont curieux, perspicaces et aiment se confronter aux autres afin de les découvrir, qui ne se comparent pas mais se développent en apprenant, travaillent sur eux-mêmes avec les autres.

Ils ne sont pas nés forts, ils le sont devenus par un long apprentissage réfléchi de la vie à travers des expériences qui les ont mis à l’épreuve. Ceux-ci ne feront pas de mal parce qu'ils n'agissent que dans le but de comprendre, de donner, de développer, d'améliorer, de construire, d'approfondir, de transmettre et d'éduquer. Même s'ils le font dans un but égoïste et qui leur donne également richesse et puissance, ces deux "biens" ne sont que des effets secondaires de leur objectif principal. Avant d'agir donc ils questionnent, ils apprennent, ils travaillent, consultent, affinent leur pratique, formulent leurs objectifs, prennent conscience de ce qu'ils veulent et en discutent le bien-fondé. Ce type d’hommes et de femmes se retrouve dans toutes les professions mais ils ont en général un côté entreprenant et entrepreneur car ils ont besoin d’exprimer une certaine forme de liberté.

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Décevez votre famille

18 avril 2019 par jerome lecoq

 

"Déception

Décevoir ses amis est plaisant. Expérience de liberté, expérience de puissance. Décevoir sa famille est une obligation morale." (O.B.)

Faire l'expérience de sa liberté et de sa puissance est chose plaisante que nous devrions rechercher plus souvent pour elle-même, puisque les contraintes, les obligations, le devoir, le respect des règles rythment notre vie. Or il est un moment, certes en général vécu négativement, où cette liberté et cette puissance trouvent leur place naturelle. C'est le moment où nous décevons les attentes qu'autrui a de nous, attentes qui sont souvent illégitimes.

Dans: Aphorismes 

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Abandonner les connaissances, les plans et la sagesse

17 avril 2019 par jerome lecoq

 

 

"Abandon

Les connaissances sont utiles. Les plans sont utiles. La sagesse est utile. Surtout lorsque l’on sait les abandonner.” (O. Brenifier)

 A un moment donné il faut savoir lâcher tout ce qui nous rassure : la connaissance qui nous donne l'illusion de la certitude, de la solidité de notre savoir et du fait d'être dans notre "bon droit", le plan celui de la connaissance de l'avenir, de la maîtrise de l'atteinte de notre objectif et de la prévision des risque et des alea et enfin la sagesse qui nous donne l'illusion que nous adoptons l'attitude la plus raisonnable, celle qui obtiendra l'assentiment du plus grand nombre et qui nous rendra conforme à ses attentes.

Dans: Aphorismes 

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Pourquoi aimons-nous quelqu'un ?

16 avril 2019 par jerome lecoq

 

L'amour comme consolation à deux niveaux

Voici une redoutable question pour un philosophe puisque l'amour est par définition un objet assez flou car il existe plusieurs formes d'amour et qui plus est ce concept contient beaucoup d'irrationnel.

Essayons malgré tout de dégager quelques tendances pour débroussailler le sujet.

Pour cela je partirai d'un présupposé assez fort : l'être humain souffre de manière existentielle d'un décalage entre un désir infini (ou d'infini, de transcendance, d'absolu) et la conscience qu'il est lui-même limité par sa nature humaine, biologiquement, intellectuellement, affectivement.

Pour se consoler de cette souffrance ontologique ou existentielle il a trouvé un merveilleux et puissant subterfuge, l'amour. On ne saurait décider pour l'instant si c'est une ruse intellectuelle ou physique, peut-être les deux à la fois.

L’amoureux va donc chercher à se consoler en aimant quelqu'un et si possible en se faisant aimer de lui en retour, ce qui n'est, malheureusement pas garanti. D'emblée l'amour surgit comme un pari, comme une prise de risques, accompagné comme dans tout pari d'espoirs qui seront déçus ou comblés.

Voilà pour la question de savoir pourquoi nous aimons, c’est une activité de consolation de l’âme assez puissante bien qu’elle entre en concurrence avec d’autres consolations comme la religion, le pouvoir, la philosophie, le plaisir...

La question maintenant de savoir pourquoi nous aimons telle personne et pas une autre a-t-elle une réponse ? Aimons-nous autrui parce qu'il nous est familier, proche, ressemblant ou au contraire parce qu'il nous intrigue voire nous fascine par sa différence, son étrangeté, son mystère ?

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3 manières de refuser le dialogue

12 avril 2019 par jerome lecoq

 

"Il y a ceux qui aiment bien dire "on ne peut pas séparer les choses comme cela" il y ceux qui aiment bien dire "cela n'a strictement rien à voir" et puis il y a ceux qui refusent de dire autre chose que ce qu'ils disent." (O. B.)

 

Il y a d’abord ceux qui disent qu’il est impossible de séparer donc d'analyser les choses qui fonctionnent en système dynamique : les séparer c'est les tuer donc on ne peut pas analyser le fonctionnement d'un système, seulement décrire ses effets.

Or nous passons notre temps à séparer les choses afin d'en parler : nous séparons le contenu d'un discours de sa forme, l'objectif des moyens pour y parvenir, l'être de l'apparaître, le pouvoir de la séduction, l'émotion du comportement. Sans séparation artificielle par le langage, pas de langage donc pas de pensée. C'est pour cela que la pensée n'est jamais neutre puisqu'elle prend parti en choisissant de distinguer ce qu'elle veut distinguer au sein de monde ambiant.

Dans: Aphorismes 

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Petite philosophie du nageur

8 avril 2019 par jerome lecoq

 

Chose curieuse que l'amour : son objet nous est si proche que l'on développe une mystique et l'on pense que l'on ne peut en parler parce que les autres "ne pourraient pas comprendre" ce que nous vivons avec l'être aimé.

J'ai une histoire d'amour qui dure depuis 35 ans et dont je n'ai jamais parlé en philosophe, certain que ce que je vivais ne pouvait être compris que par ceux qui pratiquaient le même amour. Il est temps de sortir de la singularité et de vous parler de mon amour au grand jour. Je vais donc vous parler non pas d'une femme ou d’un homme mais de la natation.

Pour le nageur, plonger dans l'eau c'est toujours, malgré la désagréable froideur du premier contact, retrouver un élément confortable et protecteur, celui dont nous venons tous avant d'arriver au monde : le liquide. L'élément liquide nous enveloppe totalement, nous entoure, nous porte : nous y baignons. Dans l'eau nous sommes en apesanteur, nous volerions presque si la résistance ne nous rappelait à sa matérialité.

Là tout n'est que silence et légèreté, en tous cas pendant le court moment où nous nous retrouvons en immersion totale, c’est-à-dire après la partie aérienne du plongeon et après le virage, que nous appelons "culbute" dans notre jargon. Rentrer dans l'eau est à la fois une effraction dans un élément fondamentalement étranger et un retour à quelque chose de très familier, la matrice.

Dans: Dissertation 

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Pourquoi voulons-nous être reconnus ?

13 mars 2019 par jerome lecoq

 

Certains sont prêts à tout pour se faire reconnaître, pour que l'on fasse attention à eux, quitte à se faire détester et à se faire attaquer. Plutôt la violence de l'attaque que l'ignorance ou le mépris. Rien n'est pire que de ne pas exister pour autrui : c'est logique car si l'on en croit Hegel, je ne peux me reconnaître qu'à travers le regard d'autrui. Seul autrui atteste de mon existence à mes propres yeux, seul autrui peut être le miroir de ce qui se joue en moi et me permet de le voir. Sans cela je pourrais sentir que j'existe mais non me reconnaître comme un être pensant ou spirituel. L'enjeu de se faire reconnaître est donc de se reconnaître tout simplement.

Certains sont prêts à aller jusqu'à se faire agresser et donc à souffrir plutôt que de risquer l'ignorance, la compassion ou la pitié qui témoignerait de leur état d'infériorité, d'aliénation et d'impuissance. La souffrance est en effet un moyen d'exister : on pourrait raconter l'histoire du monde à travers le prisme de la souffrance. Que serait Jésus sans la souffrance, sans la passion, sans l'abandon, l'humiliation ? La souffrance inspire le respect, elle donne une dimension dramatique au Sujet quand sans elle il ne serait peut-être que pauvre, chétif et mesquin. La souffrance élève parce qu'elle met le Sujet à l'épreuve et autrui ne peut ignorer celui qui souffre car par empathie il souffre lui-même. Au moins faut-il que cette souffrance soit visible aux yeux d'autrui : celui qui cherche la reconnaissance a tout intérêt à ce que sa souffrance soit visible, voire spectaculaire.

Celui qui souffre ostensiblement cherche à ce qu'autrui lui accorde une valeur pour le prix de sa souffrance, comme si cette souffrance lui ouvrait des droits à la valeur, la dignité, la reconnaissance.

 

Dans: Dissertation 

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La philosophie en entreprise

11 mars 2019 par jerome lecoq

Une réflexion aux implications majeures ?

Article paru dans le n°51 de la revue Office et Culture

Dans: La philosophie pour améliorer la communication en entreprise Philosophie pratique en entreprise Sur le management Citations dans la presse 

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Mémoire et oubli

21 février 2019 par jerome lecoq

 

Qu'il serait doux de pouvoir oublier à volonté ce que nous savons ! Ou bien de pouvoir l'archiver et ne le retrouver qu'en cas de besoin, comme avec un ordinateur. Hélas (ou heureusement) notre mémoire ne fonctionne pas comme un ordinateur et nous ne pouvons pas oublier volontairement ce que nous savons, que ce soit un savoir théorique, empirique ou même un savoir-faire. On ne peut pas “dé-savoir” et effacer un souvenir comme on efface un fichier sur son ordinateur : ce qui est fait est fait et le savoir est une action. Pour dire “je sais” quelque chose, il faut le penser et la pensée est une action.

Dans: Dissertation 

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La peur la rend lucide

15 février 2019 par jerome lecoq

 

 

"Lucidité

Sa peur la rend lucide. Elle leur parle. Mais la peur de la peur les empêche d’écouter." (O. Brenifier)

 

Quelqu'un qui a peur montre sa peur, il la communique à autrui, même s'il ne laisse pas sa peur prendre possession de lui. Celui qui a peur mobilise toutes ses ressources cognitives afin d'échapper au danger réel ou imaginaire. Quand nous faisons face à quelqu’un qui a peur cela influe sur notre imagination, faisant ressortir nos propres peurs enfouies. La peur, comme le rire, est communicative et très vite elle peut se muer en son extrême, la panique. La peur se sent, comme une odeur.

 

Dans: Aphorismes 

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Leur âme les rançonne

13 février 2019 par jerome lecoq

 

"Dédain

Plongés dans un abîme de dédain pour leur petit être, ils sont fascinés par eux-mêmes. Plus ils se détestent, plus ils s’ignorent, plus encore leur âme se rabougrit et les rançonne durement.” (O. Brenifier)


Comment peut-on à la fois se dédaigner donc s'ignorer, se mépriser, être indifférent à soi-même et en même temps être fasciné par soi. A priori ce qui nous fascine nous attire et dédaigner c'est plutôt repousser, éloigner...

Qu'est-ce qui peut les fasciner chez eux-mêmes si ce n'est leur capacité à faire le mal, à rater, à déplaire, à blesser, à éloigner autrui ?

Dans: Aphorismes 

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