15 raisons pour lesquelles nous aimons nos obligations

6 novembre 2020 par jerome lecoq

 

Il parait paradoxal de dire que nous "aimons" nos obligations puisque par définition une obligation est une chose que nous faisons en dépit de notre désir, de notre liberté, donc en général de notre plaisir. Pourtant, à y regarder de plus près, nous pouvons aussi aimer "être obligés" pour ces raisons que je vais ici énumérer.

 

1 - Parce que les obligations nous dispensent de choisir. Nous nous soumettons par "servitude volontaire" comme disait La Boétie à une obligation, ce qui nous dispense de choisir. Or choisir c'est aussi renoncer et par conséquent limiter notre désir de "tout faire", notre avidité naturelle.

Concept : avidité

 

2 - Nos obligations sont souvent de petites tâches que nous faisons de manière répétitive et qui peuvent nous donner une satisfaction relativement rapide dans la mesure où leur difficulté n'est pas importante. Par exemple on est satisfait de la propreté de la cuisine après l'avoir lavée, on a l'esprit plus tranquille.

Concept : satisfaction

 

3 - Parce qu'elles constituent une routine et que la routine cela rassure les personnes qui craignent ou n'aiment pas le changement.

Concept : réassurance

 

4 - Parce qu'elles nous donnent un sentiment d'importance, de responsabilité. Plus on a d'obligations et plus elles sont publiques, plus nous donnons l'impression qu'elles nous dépassent et nous portent, nous donnant plus d'importance que nous n’en n’avons en réalité.

Concept : statut

 

5 - Parce qu'elles nous distraient à bon compte de notre néant intérieur, de notre sentiment de manque, de vacuité, de finitude.

Concept : divertissement

 

6 - Parce qu'elles nous permettent de repousser aux calendes grecques d'autres tâches que nous devrions faire mais qui sont moins urgentes et plus importantes. Par exemple : prendre pour excuse de devoir faire le ménage pour éviter de remplir sa feuille d’impôts.

Concept : excuse

 

7 - Parce qu'elles structurent notre quotidien, scandent le rythme de nos journées et nous évitent de devoir réfléchir à ce que nous voulons vraiment.

Concept : scansion

 

8 – Parce qu’elles nous permettent de nous plaindre de ce que nous sommes submergés par ces obligations qui nous esclavagisent.

Concept : victimisation

 

9 - Parce qu'elles nous donnent bonne conscience en ce qu'elles nous donnent l'impression que nous remplissons notre devoir, que nous "faisons ce qu'il faut" et sommes à notre place.

Concept : bonne conscience

 

10 - Parce qu'elles permettent de nous intégrer à la société dont le fonctionnement est réglé par de multiples obligations : aller à l'école, aller au travail, payer ses impôts, voter, imprimer son attestation de sortie, mettre son masque.

Concept : intégration

 

11 - Parce qu'en s'imposant à notre espace mental, elles nous dispensent de réfléchir, de penser à notre existence et nous permettent de nous couler dans le confort de nos habitudes.

Concept : paresse

 

12 - Parce qu'elles nous rassurent en nous donnant l'illusion de contrôle. Si ces obligations sont pénibles elles peuvent paradoxalement nous donner l'impression que nous travaillons, que nous contrôlons notre existence alors que notre existence est par ailleurs soumise à un grand arbitraire, une contingence que nous supportons très difficilement.

Concept : contrôle

 

13 - Parce qu'elles semblent nous dédouaner de la responsabilité morale, de notre choix. Nous prétendons que nous faisons les choses par obligation par devoir, en niant notre responsabilité. Cela devient flagrant quand cette obligation s'inscrit dans une action immorale dans son ensemble. Par exemple Eichmann qui se prévaut d'être un fonctionnaire zélé dans l'exécution de sa tache dont la finalité était la destruction des Juifs d'Europe pendant la deuxième guerre mondiale.

Concept : déni

 

14 - Parce que cela développe notre créativité. Par exemple s'obliger à finir un travail en un temps limité sans pouvoir s'interrompre nous oblige, de manière artificielle certes, à nous concentrer beaucoup plus et à donner plus d'intensité, de créativité, de ressources à notre travail, ce qui l'améliore.

Concept : créativité

 

15 - Parce qu'elles nous obligent à maintenir voire à développer des compétences qui, sans obligations, tomberaient en friche par manque de désir ou d'intérêt. Être obligé de marcher pour aller au travail me permet de bénéficier des bienfaits de cette activité alors que ma nature me pousserait à rester assis sur une chaise toute la journée.

Concept : développement