21 raisons pour lesquelles le dialogue est si difficile

22 décembre 2020 par jerome lecoq

 

Définissons le dialogue : c'est un échange authentique entre deux consciences, ponctué de questions, de réponses et d'idées argumentées, qui n'exclut pas la critique. Un dialogue a pour but d'obtenir une meilleure compréhension de soi-même et d'autrui et implique une certaine confrontation dans l'ouverture à autrui.

Le dialogue de ce type est difficile parce que :


1 - Nous voulons être reconnus par autrui ce qui nous pousse à parler plus fort que lui et à ne pas bien l'écouter.
Concept : reconnaissance, lutte.

 

2 - Parce que nous sommes compliqués. Nous ne sommes même pas la plupart du temps clairs pour nous-mêmes donc comment pouvons attendre qu'autrui comprenne ce que nous disons ?
Concept : confusion.


3 - Parce que nous voulons avoir raison, convaincre l'autre de la validité de notre opinion et sommes prêts à aller jusqu'à la mauvaise foi pour l'imposer.
Concept : opinion.


4 - Lorsqu'autrui nous pose des questions qui touchent à des points sensibles, s'il le fait par saine curiosité, nous avons peur de montrer nos faiblesses car nous le considérons comme un rival. Nous noyons le poisson dans nos réponses afin de masquer nos faiblesses.
Concept : méfiance.


5 – Parce qu’autrui nous a montré quelque chose de désagréable sur nous ou nous a critiqué ouvertement. Nous lui en voulons et essayons de lui rendre la monnaie de sa pièce ce qui transforme le dialogue en pugilat.
Concept : vengeance.


6 - Parce que nous sommes prétentieux et ne voulons pas montrer notre ignorance par conséquent nous préférons mentir ou raconter n'importe quoi.
Concept : orgueil.


7 - Avec nous-mêmes, le dialogue est encore plus difficile car nous sommes complaisants et manquons de courage pour nous poser les questions qui nous dérangent.
Concept : complaisance.


8 - Parce que notre parole est compulsive. Nous ne nous en servons pas pour donner du sens et éclairer mais pour nous rassurer de notre inquiétude existentielle.
Concept : compulsion.


9 - Parce que nous avons pris de mauvaises habitudes. Nous préférons discuter avec des amis en faisant l'idiot ou débattre sur les opinions plutôt que d'aller au fond des choses où la pression est plus grande. Concept : excitation, ennui.


10 – Parce que nous manquons d’entrainement à force de baigner dans des pseudo-dialogues où les conventions et la bienséance nous empêchent d’atteindre l’authenticité : conversations au bureau, dans des réceptions mondaines.

Concept : mondanités, bavardage du On.

 

11 - Parce qu'autrui nous impressionne et nous nous sentons idiot(e) face à lui ce qui nous pousse à en rajouter pour faire l'intelligent ce qui nous faire dire des bêtises et donc effectivement à passer pour un idiot.
Concept : prophétie auto-réalisatrice, manque de confiance en soi.


12 - Parce que nous sommes impatients, nous avons l'impression d'avoir compris avant que l'autre n'ait fini sa phrase et nous voulons aboutir tout de suite à la conclusion.
Concept : précipitation.


13 - Parce que nous nous laissons distraire ou obnubiler par nos préjugés ou par ce que nous voulons dire ce qui nous rend indisponibles, occupés et donc handicapés pour le dialogue, bornés et fermés.
Concept : fermeture.


14 – Parce que nous sommes obnubilés par le résultat, par le fait de vouloir avancer, et nous forçons le dialogue à aller dans un sens alors qu’une voie s’ouvrait qui aurait pu être encore plus intéressante.
Concept : résultat, obsession.


15 - Parce que nous sommes dispersés, déconcentrés et manquons de la tension nécessaire pour suivre le fil d'une pensée et être de plain-pied avec autrui.
Concept : absence.


16 - Parce que nos émotions prennent le dessus et nous empêchent de penser clairement. Nous pouvons être ainsi pris de tristesse et manquer d'énergie, de colère et devenir agressifs et nous emporter, de peur et devenir agressifs à nouveau, fuyants ou même paralysés, figés.
Concept : débordement.


17 - Parce que nous avons peur de perdre la face en public, face à des gens qui nous observent sans participer au dialogue et devenons de mauvaise foi et rhétoricien.
Concept : image.


18 - Parce que nous nous enivrons de nos propres idées oublions complètement de garder le fil du dialogue rationnel et oublions également la présence d'autrui.
Concept : auto-centrage, égocentrisme, ivresse.


19 - Parce que nous pensons que dialoguer consiste à superposer des monologues, intéressants certes, ayant un vague rapport l'un avec l'autre.
Concept : pseudo-dialogue.


20 - Parce que nous sommes plus préoccupés par le fait de séduire notre auditoire que de la vérité de ce que nous disons ou de comprendre à qui nous avons affaire en le questionnant.
Concept : séduction, politique.


21 - Parce que l'autre considère que chacun a sa vérité et n'est pas prêt à remettre en question cette vérité qui pour lui est absolue.
Concept : rigidité.


22 – Parce que dès que quelqu’un pose un jugement sur nous (désagréable) nous devenons de mauvaise foi et sortons n’importe quoi (comme la stupidité ci-dessus) pour nous en débarrasser.
Concept : mauvaise foi.

Commentaire de Éric HENRY

23 décembre 2020 à 01:58 AM

Tout ceci est très vrai.
Mais considèrons qu'il y a, le plus souvent, deux comportements dans une discussion : ceux qui parlent et ceux qui écoutent (dichotomie bien sûr très réductrice). On peut penser que, derrière ces comportements, il y a deux types de personnes : les premiers prennent des risques au profit de tous (sinon la discussion serait morte née) et les seconds endossent la robe d'un juge martial.
Ainsi les premiers ont toutes les chances de tomber dans plusieurs des pièges énoncés quand, à l'inverse, les attentistes en sont de facto épargnés. Ces derniers prennent note, trient et enregistrent leur sélection de tout ce qu'apportent les premiers.
Cela me conduit à dire que l'origine des écueils listés ici est, pour beaucoup, à imputer aux seconds. Seconds qui au demeurant, s'ils prenaient le 'crachoir", en commettraient tout autant.
Conclusion : si l'on part du principe qu'une discution a vocation à apporter du contenu, les parleurs mettent une part de leur tripe sur la table et dans cet exercice ont toutes les chances de glisser, glissades jugées par les passifs. On ne peut, dès lors, s'étonner que les apports d'une discussion soient souvent faibles par manque de contradiction et par absence d'incitations à l'autorégulation de ceux qui prennent le crachoir.
Dans un monde parfait, il n'y aurait pas cette classification, les output seraient bien plus riches et surtout moins pollués par toutes ces pertes en ligne, très bien listées dans le post.

Commentaire de ER

4 janvier 2021 à 07:50 PM

Cette liste est très juste. Je l'ai lu plusieurs fois. Je vais l'imprimer et l'afficher quelque part. Un grand merci !