Aimons-nous les gens pour ce qu'ils sont ou pour ce qu'ils prétendent être ?

13 juin 2018 par jerome lecoq

 

Aimer les gens pour ce qu'ils sont suppose que nous les connaissions tels qu'ils sont ce qui implique que nous ayons pu les voir au-delà de ce qu'ils voudraient monter et par conséquent que nous les ayons vus face à l'épreuve, que cette épreuve ait été créée par nous ou par les circonstances (une crise en général). Il est possible que nous aimions une personne de manière spontanée parce que justement elle ne veut rien montrer, elle ne se construit pas une image mais laisse voir ce qu'elle est, authentiquement et sans fausse pudeur. Mais ce genre de personnage authentique, naturel, est assez rare à l’âge adulte : on les trouve plutôt chez les enfants, ce qui explique peut-être en partie pourquoi certaines personnes aiment spontanément les enfants.

Or peu d'entre nous sait mettre autrui à l'épreuve pour qu'il lui apparaisse tel qu'il est car cela nous parait intrusif, illégitime. Nous n'osons pas le faire pour nous-mêmes alors pourquoi le ferions-nous pour autrui ? Nous nous fions alors à notre jugement sur la base de ce que l'autre nous laisse voir. Or autrui peut souvent deviner ce que nous voulons voir, a fortiori si notre propre comportement permet à autrui de "lire en nous comme dans un livre ouvert". Autrui va donc nous séduire en nous rassurant, en nous mettant en valeur, en se montrant fort, responsable, ambitieux, puissant...comme c'est ce que nous avons envie de voir et que notre désir vient souvent altérer notre jugement, nous sommes même prêts à fermer les yeux sur des indices qui auraient pourtant dû nous "mettre la puce à l'oreille". Mais une puce parle bien bas. Et plus nous aimons ce que nous voyons et croyons être la réalité, plus nous sommes portés à fermer les yeux sur ce qui pourrait nous déplaire.

Jusqu'au jour où la réalité nous rattrape et qu'elle nous met face à ce que nous ne pouvons plus ignorer : celui ou celle que nous aimons n'est pas celui ou celle que nous pensions. Nous nous sommes trompés sur son compte et cela nous met en colère d'abord contre nous-mêmes. Dès lors un choix s'offre à nous : soit nous nous arrangeons avec la nouvelle donne soit nous nous opposons, en nous séparant ou en tentant de changer la personne, cette dernière entreprise étant quelque peu aléatoire La chose la plus raisonnable est probablement de se séparer et de prendre cela comme une bonne leçon pour l'avenir : n’hésitons pas à mettre autrui à l'épreuve pour qu'il se révèle tel qu'il est et que nous puissions l'aimer (ou pas) en connaissance de cause et éviter que ce ne soient les circonstances qui le fassent à notre place.

Dans: Dissertation