Articles - Dissertation

Utile

27 novembre 2019 par jerome lecoq

 

Utile

Contrôler et rendre service. Se sentir utile et nécessaire. Indispensable. Dessein d'une vie. Elle en paie le prix. Frustration et culpabilité. (O. Brenifier)

Quand on aime être utile on veut contrôler la gratitude de ceux à qui nous rendons service, on veut sa dose quotidienne de reconnaissance. Et quelle prétention de vouloir contrôler le sentiment que peuvent avoir les autres à votre égard, quelle prétention et quel danger pour soi-même ! Dans quelle dépendance affective à l'égard d’autrui ne se met-on pas !

Pourtant qui ne se demande jamais s'il est utile ? 

Peut-être le créateur, l'artiste, le philosophe, le manager, celui qui travaille la pâte humaine comme dirait Schopenhauer. Leur souci commun : non être utiles mais faire prendre conscience, éduquer, enseigner, alerter, interpeller, vivifier. Est-ce utile ? Sûrement mais ils n’attendent pas de reconnaissance pour cela car ils savent que le premier réflexe de l'élève, du lecteur ou du spectateur sera au contraire plutôt du rejet voire de la colère. 

Admettons que nous prétendons tous à une quelconque utilité, que cela nous fait plaisir en général de savoir que nous avons été utiles. La démesure provient du fait de s’imaginer que nous puissions être indispensables et pas seulement utiles. Se rendre indispensable, si c'est seulement possible, c'est organiser la dépendance d'autrui à votre égard c'est donc organiser, planifier son aliénation, le priver de la liberté de se prendre en main, c'est une forme d’infantilisation d’autrui. 

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Peut-on échapper à la rigidité intellectuelle ?

19 novembre 2019 par jerome lecoq

 

Dogmatique

La rigidité intellectuelle consiste principalement en un dogmatisme, une appétence pour les certitudes que viennent en général nourrir une certaine culture générale ou technique. Le rigide a ses idées bien arrêtées, ses principes fermement ancrés et il se raidira à l'approche de la moindre idée susceptible de saper le fondement de ses croyances. Toute idée extérieure est vue comme un agent pathogène qui mettra en branle les anticorps de son esprit pour détruire l’intrus.

Au fond c'est un grand peureux de la vie. La vie en effet n'est qu'un tissu d'incertitudes, rien n'est nécessaire ou certain (à part la mort et les impôts comme disent les Anglais) : se réfugier et se complaire dans ses certitudes revient donc à se protéger du flux de la vie et de ses alea. 

La rigidité intellectuelle est une catastrophe pour la pensée parce qu'elle nous empêche de nous ouvrir à l'altérité, au questionnement, à la remise en cause. Le rigide n'apprend plus, il sait déjà, il n’est pas généreux, ne donne pas mais impose ou critique pour détruire. 

Tout au plus essaie-t-il de convaincre ceux qui n'ont pas comme lui vu la Lumière. Il va vers ceux qui confortent les opinions qu'il a déjà. Dès lors son esprit s'étiole parce qu'il ne s'entraîne plus à la pensée, dans la mesure où penser consiste avant tout à dialoguer. Or on ne dialogue pas avec un dogmatique : soit on l'écoute poliment, soit on essaie de le combattre, soit encore on l'évite. 

Le rigide s'enferme tout droit vers la mort de sa pensée en même temps qu'il fait le vide autour de lui, ce qui amplifie encore sa rigidité puisque la contradiction se raréfie encore davantage et le conforte dans ses certitudes. Le rigide s’enferme vite dans un cercle vicieux.

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Peut-on prendre du plaisir à penser ?

4 novembre 2019 par jerome lecoq

 

Lutter

Je ne parle pas du plaisir que l'on peut avoir à lire un livre ou à écouter un discours d'un brillant professeur. Je parle du plaisir pris à exercer sa réflexion de manière active et qui inclut le fait de penser sur soi-même également, dans le cadre d’un dialogue ou en écrivant.

Cette question pose problème car au premier abord penser est un effort : penser c'est en effet lutter.

Lutter contre sa propre paresse intellectuelle d’abord, qui nous pousse à passer rapidement sur ce que nous ne comprenons pas ou nous pose problème, à chercher des réponses toutes faites à travers des figures d'autorité telles que les grands auteurs, les leaders d'opinion, les intellectuels en tous genre, à nous déclarer inaptes à la pensée et à laisser ce travail à des professionnels comme les philosophes. La pensée est chose trop sérieuse pour être laissée aux seuls philosophes.

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Le genre conditionne-t-il la pensée ?

25 octobre 2019 par jerome lecoq

 

Le genre est un performatif

Définissons tout d'abord le genre comme la construction sociale qui vient se greffer sur la division sexuelle biologique. Le genre féminin et le genre masculin signifient que l'on devient homme autant que l'on devient femme. Le concept de genre est un schéma mental a priori, issu de notre histoire collective, qui détermine l'ensemble des qualités, attitudes, compétences que nous attendons d'un genre “homme” et d'un genre “femmes”. 

Nous remarquons que le genre est un performatif : dire d'une chose qu'elle est un attribut masculin ou féminin, c'est non seulement la décrire mais attendre qu'elle se conforme à cette description, c'est un jugement normatif. En disant “c’est ainsi” on dit également : “cela doit être ainsi”.

Dire que les petites filles jouent à la poupée et les petits garçons aux voitures (ou au pistolet), c'est aussi attendre qu'ils continuent à le faire, qu’il est “normal” qu’ils le fassent. 

Or on ne voit pas bien pourquoi objectivement jouer aux voitures serait plus “naturel” pour un garçon que pour une fille ou jouer aux poupées pour une fille que pour un garçon. Je parierais plutôt pour une explication culturelle, même si le conditionnement social semble jouer dès les premiers mois de l’enfance.

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Ce qui nous rend stupides (6) - La précipitation

14 octobre 2019 par jerome lecoq

 

Je partirai d'une présupposition : nous avons tous la possibilité d'être intelligents, profonds, rationnels, astucieux à divers moments de notre vie. Certains ont supprimé la plupart des obstacles qui se trouvaient sur la voie de l'intelligence et ils sont la plupart du temps "intelligents", d'autres ne l'ont pas fait et sont la plupart du temps dans le brouillard de la stupidité, cette forme d’inertie de la pensée, quoique celui-ci puisse se dissiper en quelques rares moments. Entre les deux se situe la majorité d’entre nous, qui oscille entre intelligence et stupidité.

En partant de ce postulat il m'a semblé intéressant d'identifier tous les obstacles qui se mettent sur notre route pour accéder à une raison puissante et efficace, souple, ouverte, dialectique.

Chuter dans le vide

Se précipiter vient du latin praecipito qui signifie littéralement : "tomber la tête en avant", chuter dans le vide. Le terme “précipice” en dérive qui donne bien l’idée d’un gouffre, d’un abîme dans lequel nous risquons de disparaître et au fond duquel la mort nous attend.

Celui qui se précipite réagit, ne réfléchit pas, fonce tête baissée, s'impose une forme d'urgence. Il y a dans l'idée de précipitation, comme dans la notion de précipité en chimie, l'idée de quelque chose en trop qui ne se mélange pas et subsiste en tant que résidu. Celui qui se précipite n'est pas dans le moment opportun, il force le cours des choses, il rajoute de l’agitation inutile, il est fébrile, ce qui encore pointe vers un dérèglement de l'action et de la pensée. Celui qui se précipite n'a aucune maîtrise de lui ni de son environnement, il veut se débarrasser de ce qu'il a à faire ou bien il est en compétition de vitesse avec autrui.

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Ce qui nous rend stupides (5) - L'habitude

14 octobre 2019 par jerome lecoq

 

Je partirai d'une présupposition : nous avons tous la possibilité d'être intelligents, profonds, rationnels, astucieux à divers moments de notre vie. Certains ont supprimé la plupart des obstacles qui se trouvaient sur la voie de l'intelligence et ils sont la plupart du temps "intelligents", d'autres ne l'ont pas fait et sont la plupart du temps dans le brouillard de la stupidité, cette forme d’inertie de la pensée, quoique celui-ci puisse se dissiper en quelques rares moments. Entre les deux se situe la majorité d’entre nous, qui oscille entre intelligence et stupidité.

En partant de ce postulat il m'a semblé intéressant d'identifier tous les obstacles qui se mettent sur notre route pour accéder à une raison puissante et efficace, souple, ouverte, dialectique.

Une seconde nature

L'habitude est un comportement acquis qui devient comme une seconde nature. Nous acquérons en général un comportement par sa répétition, forcée ou non. En général ce comportement est adapté à l'objectif que nous cherchons à atteindre ou au besoin que nous cherchons à satisfaire. Par exemple étant enfants nous apprenons les habitudes d'hygiène pour plusieurs raisons évidentes (santé, vie sociale, confort).

Nous avons par exemple pris l'habitude de nous laver les dents tous les matins ou pour les hommes de nous raser ou de nous tailler la barbe le cas échéant. Beaucoup de nos habitudes sont ainsi liées à des nécessités corporelles puisque les besoins du corps nous les imposent. Rien de problématique à cela, ce sont ce que nous appellerions de bonnes habitudes, jusqu'à ce que la science nous apprenne peut-être un jour qu'il est néfaste de se laver les dents le matin. Il nous faudra alors changer nos habitudes ce qui est bien plus compliqué qu'en acquérir de nouvelles.

En général il est bon de faire les deux en même temps : par exemple pour perdre l'habitude de fumer je vais commencer une nouvelle habitude de mâcher du chewing gum ou de faire quelques pompes ou de courir dès que l'envie de fumer me prend. Il s'agit de remplacer une mauvaise habitude par une moins mauvaise, voire par une bonne (mais en général les bonnes habitudes sont difficiles à acquérir car elles nécessitent un effort sur nous-mêmes). Mais nous ne voyons toujours pas de lien avec la stupidité. 

Le problème de l'habitude est exactement le même que son avantage. Par habitude nous accomplissons des gestes, des tâches, nous suivons un programme qui justement nous dispense de penser. Penser en effet est difficile, long, risqué car cela inquiète et nous met dans le doute, cela doit être structuré, articulé, profond, argumenté…

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Ce qui nous rend stupides (2) - Le savoir

29 septembre 2019 par jerome lecoq

Qu'est-ce qui nous rend stupides ?

Je partirai d'une présupposition : nous avons tous la possibilité d'être intelligents, profonds, rationnels, astucieux à divers moments de notre vie. Certains ont supprimé la plupart des obstacles qui se trouvaient sur la voie de l'intelligence et ils sont la plupart du temps "intelligents", d'autres ne l'ont pas fait et sont la plupart du temps dans le brouillard de la stupidité, cette forme d’inertie de la pensée, quoique celui-ci puisse se dissiper en quelques rares moments. Entre les deux se situe la majorité d’entre nous, qui oscille entre intelligence et stupidité.

En partant de ce postulat il m'a semblé intéressant d'identifier tous les obstacles qui se mettent sur notre route pour accéder à une raison puissante et efficace, souple, ouverte, dialectique.

 

Coupable n°2 : le savoir

Notre coupable n°2 est le savoir, qui inclut la connaissance et l'opinion. Il peut paraître contre-intuitif d'associer le savoir à la stupidité puisque le sens commun associe plutôt la connaissance avec l'intelligence. En quoi le savoir nous rendrait-il stupide ?

Je sais donc je veux (que les autres le sachent). Si je veux je n'observe pas.

La première raison c'est que quand nous savons des choses nous avons en général envie de faire savoir que nous savons, nous voulons exposer ce savoir puisque ce dernier est valorisé dans la société de la connaissance (soit-disant). Or ce désir d'exposition nous empêche bien souvent de voir : voir ce qui se dit, ce qui se passe, ce qui est en jeu ici et maintenant. Quand on sait on "s'invite un peu trop rapidement à la table du Divin" comme nous dirait Hegel. Nous risquons fréquemment de déverser notre savoir en le plaquant de manière artificielle sur le phénomène que nous vivons (mettons une discussion passionnée par exemple), nous masquant quelque peu sa réalité, sa vérité. En résumé, le savoir et l’expertise rendent paradoxalement aveugles et sourds.

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Ne vous indignez pas !

20 septembre 2019 par jerome lecoq

 

L’injustice par procuration

L'indignation. Pourquoi s'indigne-t-on ? De quoi s'indigne-t-on ? S'indigner c'est être touché d'une certaine manière, négative, lorsqu'une personne tierce est lésée, n'obtient pas ce qu'elle mérite ou au contraire obtient ce qu'elle ne mérite pas. L’indigné est en colère mais pas comme si on s'en prenait à lui directement : l'indignation est une émotion par procuration, une révolte face au constat d’une injustice.

L’indignation est moins forte que l’horreur, la sidération ou le dégoût. Dans l’indignation on est encore dans un cadre de justice, dans un schéma de règles morales : l’indignation est encore mêlée de l’espoir de rétablir la balance en réparant les torts de celui qui a été lésé, en réparant l'injustice. On n’est pas indigné de la découverte des camps de la mort ou quand on apprend le massacre du Bataclan : on est sidéré, glacé, tétanisé, on ne peut pas y croire, cela va au-delà de ce que nous pouvions imaginer. Il n’y plus rien à réparer après cela, juste tenter de reconstruire sur de nouvelles bases.

La dignité : une qualité de seigneur

Il y a une forme de surprise et de déception dans l’indignation : quand on s’attend à quelque chose, peut-on encore s’en indigner ?

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Du bonheur d'être inutile

11 septembre 2019 par jerome lecoq

 

Etre un moyen et pas une fin

Nombreuses sont les personnes qui veulent être utiles, apporter de la valeur, “faire grandir” les autres, satisfaire leurs besoins voire leurs désirs. Dans une société largement utilitariste cette notion d'utilité est largement non-questionnée. Pourtant si on y réfléchit bien, cette valeur de l'utilité est-elle aussi légitime qu'elle paraît ? Devrions-nous tous vouloir être utiles ou peut-on se satisfaire voire se réjouir, rechercher et revendiquer l'inutilité ?

Je connais personnellement peu de personnes qui brandissent avec fierté leur inutilité. A part des philosophes qui se targuent de pratiquer une activité, la philosophie, qui ne "servirait à rien" (mais en fait ils ont une très haute opinion de la philosophie qui selon eux est “au-delà du concept de l'utilité”).

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Pourquoi avons-nous des secrets ?

22 août 2019 par jerome lecoq

 

Un secret est la connaissance d'une action, d'une pensée ou d'une parole, prononcée ou faite pour nous-mêmes ou autrui, que nous voulons cacher à autrui. Le secret a toujours une fonction de protection : par le secret, nous nous protégeons nous-même ou autrui du jugement moral ou des conséquences concrètes et néfastes que la révélation du secret aura.

Protéger son image ou celle d’autrui

Nous pouvons vouloir garder le secret pour quatre raisons principales :

La première est par culpabilité ou honte de la pensée ou de l'action secrète. C’est un secret dans la relation à moi-même et à l’image que je veux donner de moi : je garde le secret pour me protéger de la condamnation morale par mon prochain.

C'est par exemple le fait d'avoir eu des pensées envieuses pour la femme d'un ami ou d'avoir commis une action répréhensible comme de voler dans la caisse d'un magasin ou dans le portefeuille de ses parents. Parfois le secret est lourd à porter et la culpabilité nous ronge tellement que nous nous sentons obligés, afin de nous libérer du poids du secret, de le confier à un tiers de confiance, ou encore mieux à un étranger dont nous savons qu'il n'a aucun enjeu personnel avec nous. C'est dans la religion catholique d'ailleurs la fonction de la confession de faire en sorte que le confessé soulage sa conscience auprès du confesseur, généralement un prêtre. D’aucuns prétendent d’ailleurs que la psychothérapie présente la version séculière moderne de la confession religieuse.

Porter un secret est lourd et cela mobilise nos forces mentales tant la tentation est grande d'en partager le fardeau : livrer un secret c'est effectivement prendre le risque de se faire condamner mais aussi celui de se faire comprendre et donc aussi accepter et excuser d’une certaine manière. Comprendre quelqu’un serait ainsi l’excuser pour son humanité.[1]

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S'excuser d'exister

17 août 2019 par jerome lecoq

 

Quelles sont les excuses que nous nous donnons au quotidien pour éviter d’assumer nos désirs, nos croyances ou tout simplement notre existence ?

Le temps

Il y a le temps tout d'abord. Prétendre “Ne pas avoir le temps”, n'est-ce pas le signe de la plus grande aliénation ? Celui qui prétend qu'il n'a pas le temps, prétend que ce n'est pas lui qui décide de l'occupation de son temps, qu'il est donc impuissant et aliéné. Ce faisant il est évidemment de mauvaise foi : il faut entendre qu'il ne veut pas prendre le temps.

Or pourquoi ne veut-on pas “prendre le temps” de faire quelque chose ? Parce que cette chose ne nous intéresse pas ou nous embête carrément. Ou alors si cette chose nous attire il faudrait dire que "cette activité, malgré tout le plaisir qu'elle me procure ou pourrait me procurer ne fait pas partie de mes priorités parce que j'ai choisi de privilégier telle autre activité pour telle raison.” Voici une réponse bien plus authentique qui a le mérite de montrer vos objectifs à vous-même et aux autres, au cas où vous ne les auriez pas formulés consciemment, (par manque de temps encore ?). Peut-être vos priorités sont elles mal hiérarchisées, incohérentes ou illégitimes mais au moins ce sont vos priorités, volontairement et délibérément choisies. Et changer ses priorités cela demande du temps, temps qu'il ne faut pas éviter sous peine d’agir par ignorance, comme un fou ou une machine.

 

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Peut-on aimer sa tristesse ?

8 juillet 2019 par jerome lecoq

 

Drôle d'association a priori puisque la tristesse s'oppose à la joie qui est associée à l'amour, “joie qu'accompagne l'idée de sa cause extérieure” comme nous le dit Spinoza. Si la tristesse, encore selon Spinoza, est une "diminution de notre puissance d'exister" alors on ne voit pas bien comment on pourrait aimer ce rabougrissement de l'âme, ce repli en soi. Pourtant on peut y voir une certaine forme de confort : celui ou celle qui se complait dans sa tristesse se réfugie dans son intériorité, peuple son univers mental de ses personnages tristes, se joue et se rejoue sa propre tragédie familière. Il se fait le héros tragique d’une pièce grandiose.

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Se réconcilier avec le jugement

3 juin 2019 par jerome lecoq

"Je ne veux pas de jugement", "il ne faut pas juger, nous allons discuter sans jugement". Que de jugements à propos du jugement !

Pourquoi a-t-on décidé si rapidement de jeter aux orties une des capacités pourtant les plus fondamentales de l'esprit humain. Poser un jugement c'est attribuer une valeur à une proposition, c'est évaluer la fausseté ou la véracité d'une assertion, c'est décider de ce que l'on pense, se prononcer à propos de quelque chose, momentanément du moins.

Un jugement sans argument est orphelin, bancal, arbitraire, tyrannique, auto-institué, catégorique (sous entendu : “parce que c'est comme ça”, “parce que je l'ai dit”). Il y a des jugement hypothétiques, apodictiques et catégoriques selon Kant. C'est la dernière catégorie que nous redoutons car elle porte avec elle un côté sentencieux, éternel donc divin et nécessairement illégitime pour nous pauvres être mortels.

Mais puisque nous nous contentons de jugements hypothétiques qui par définition sont réfutables pourquoi donc a-t-on tellement peur de poser des jugementset a fortiori de poser un jugement sur les personnes, sur les êtres, sur les individus ?

Dans: Philosophie et psychologie Dissertation 

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La résolution comme remède à l’angoisse de la liberté (ou de son illusion)

20 mai 2019 par jerome lecoq

 

La liberté fait peur parce que, comme par exemple Sartre l’a bien décrit, elle nous livre à l'angoisse existentielle de faire un choix, de nous choisir un projet, par conséquent de renoncer à d'autres voies possibles, de nous fermer des portes et de nous engager dans une voie sans évidemment savoir où celle-ci nous mènera.

La liberté nous met face à notre responsabilité mais aussi nous met face à nous-mêmes : "ai-je les capacités, les compétences, les vertus nécessaires pour entreprendre telle ou telle chose ? Vais-je me faire confiance pour aller jusqu'au bout et les autres vont-ils me faire confiance, me suivre dans mon "aventure" ?

Que d'inconnues s'ouvrent à nous en même temps que se découvre notre liberté ! Quelles conséquences sur mon environnement aura mon choix, pourrai-je revenir en arrière ? Les choses seront-elles jamais comme avant ou est-ce que je crée une nouvelle situation en exerçant ma liberté ? Telles sont les questions qu’ouvre la liberté.

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Petite philosophie du nageur

8 avril 2019 par jerome lecoq

 

Chose curieuse que l'amour : son objet nous est si proche que l'on développe une mystique et l'on pense que l'on ne peut en parler parce que les autres "ne pourraient pas comprendre" ce que nous vivons avec l'être aimé.

J'ai une histoire d'amour qui dure depuis 35 ans et dont je n'ai jamais parlé en philosophe, certain que ce que je vivais ne pouvait être compris que par ceux qui pratiquaient le même amour. Il est temps de sortir de la singularité et de vous parler de mon amour au grand jour. Je vais donc vous parler non pas d'une femme ou d’un homme mais de la natation.

Pour le nageur, plonger dans l'eau c'est toujours, malgré la désagréable froideur du premier contact, retrouver un élément confortable et protecteur, celui dont nous venons tous avant d'arriver au monde : le liquide. L'élément liquide nous enveloppe totalement, nous entoure, nous porte : nous y baignons. Dans l'eau nous sommes en apesanteur, nous volerions presque si la résistance ne nous rappelait à sa matérialité.

Là tout n'est que silence et légèreté, en tous cas pendant le court moment où nous nous retrouvons en immersion totale, c’est-à-dire après la partie aérienne du plongeon et après le virage, que nous appelons "culbute" dans notre jargon. Rentrer dans l'eau est à la fois une effraction dans un élément fondamentalement étranger et un retour à quelque chose de très familier, la matrice.

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Pourquoi voulons-nous être reconnus ?

13 mars 2019 par jerome lecoq

 

Certains sont prêts à tout pour se faire reconnaître, pour que l'on fasse attention à eux, quitte à se faire détester et à se faire attaquer. Plutôt la violence de l'attaque que l'ignorance ou le mépris. Rien n'est pire que de ne pas exister pour autrui : c'est logique car si l'on en croit Hegel, je ne peux me reconnaître qu'à travers le regard d'autrui. Seul autrui atteste de mon existence à mes propres yeux, seul autrui peut être le miroir de ce qui se joue en moi et me permet de le voir. Sans cela je pourrais sentir que j'existe mais non me reconnaître comme un être pensant ou spirituel. L'enjeu de se faire reconnaître est donc de se reconnaître tout simplement.

Certains sont prêts à aller jusqu'à se faire agresser et donc à souffrir plutôt que de risquer l'ignorance, la compassion ou la pitié qui témoignerait de leur état d'infériorité, d'aliénation et d'impuissance. La souffrance est en effet un moyen d'exister : on pourrait raconter l'histoire du monde à travers le prisme de la souffrance. Que serait Jésus sans la souffrance, sans la passion, sans l'abandon, l'humiliation ? La souffrance inspire le respect, elle donne une dimension dramatique au Sujet quand sans elle il ne serait peut-être que pauvre, chétif et mesquin. La souffrance élève parce qu'elle met le Sujet à l'épreuve et autrui ne peut ignorer celui qui souffre car par empathie il souffre lui-même. Au moins faut-il que cette souffrance soit visible aux yeux d'autrui : celui qui cherche la reconnaissance a tout intérêt à ce que sa souffrance soit visible, voire spectaculaire.

Celui qui souffre ostensiblement cherche à ce qu'autrui lui accorde une valeur pour le prix de sa souffrance, comme si cette souffrance lui ouvrait des droits à la valeur, la dignité, la reconnaissance.

 

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Mémoire et oubli

21 février 2019 par jerome lecoq

 

Qu'il serait doux de pouvoir oublier à volonté ce que nous savons ! Ou bien de pouvoir l'archiver et ne le retrouver qu'en cas de besoin, comme avec un ordinateur. Hélas (ou heureusement) notre mémoire ne fonctionne pas comme un ordinateur et nous ne pouvons pas oublier volontairement ce que nous savons, que ce soit un savoir théorique, empirique ou même un savoir-faire. On ne peut pas “dé-savoir” et effacer un souvenir comme on efface un fichier sur son ordinateur : ce qui est fait est fait et le savoir est une action. Pour dire “je sais” quelque chose, il faut le penser et la pensée est une action.

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L'art peut tout

8 janvier 2019 par jerome lecoq

Art

L’art est véridique, l’art est mensonger ; il endort ou éveille. L’art pacifie, l’art enivre ; il moralise ou libère. L’art est apparence, l’art est substance ; il est traître ou loyal. Éternel et éphémère. (O. Brenifier)

L'art est un performatif : il a pour vocation de provoquer quelque chose chez le public, que ce quelque chose soit une idée, une image, une sensation, une émotion. Le pire pour une œuvre d'art est peut-être l'indifférence. L'art est donc toujours une médiation de l'artiste à lui-même et de l'artiste au public aussi bien que du public à lui-même. L'art, au même titre que la pensée, est avant tout dialogue. Le problème est de savoir ce qu'il dit : on sait ce qu'il provoque chez autrui mais on ne sait pas ce qu'il dit. Si on le savait l'art serait de la philosophie.

L'art dit la vérité parce qu'il est transparent : l'œuvre d'art ne renvoie qu'à elle-même, tout ce qu'elle montre c'est elle-même et elle ne renvoie à rien d'autre qu'à elle-même. La dernière personne à consulter pour trouver une interprétation d'une œuvre est l'artiste lui-même. Souvent celui-ci ne sait pas pourquoi il a fait son œuvre, cela répondait chez lui à une espèce de nécessité intérieure, une force qui le traversait et qu'il n'a fait que suivre sans vraiment y réfléchir.

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Ils veulent être impressionnés

28 décembre 2018 par jerome lecoq

 

 

Grandiose 

Ils aspirent au grandiose, au miraculeux, au profond, au paradoxal. Ils veulent être impressionnés. Magie de la parole. Promesse d’absolu. La poussière du monde les indispose. (O. Brenifier)

 Le phénomène des conférences TED m'a toujours laissé dubitatif : certes on y apprend des choses fort intéressantes, notamment dans le domaine de la technologie ou des sciences, dans la mesure où des spécialistes vulgarisent leurs travaux et les mettent en valeur. Cependant je ne peux m'empêcher d'avoir une impression de superficialité, de faux, dans ces présentations hyper-léchées que les candidats ont maintes fois répétées comme s'ils jouaient Hamlet au Stade de France.

Cette volonté d'impressionner, de faire le show à l'américaine me laisse toujours un gout de farine dans la bouche, j'allais dire de poussière. Cela correspond à l'air du temps : nous sommes tellement sollicités de toutes parts qu'il faut en faire des tonnes pour attirer l'attention du public blasé. Il faut qu'il fasse "waouh !". Il faut que la connaissance soit scénarisée, dans ce qu'on appelle le story telling, afin que les spectateurs soient captivés par l'histoire, qu'ils voient une intrigue avec des personnages qui traversent des épreuves et peut-être en sortent "grandis".

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La culpabilité

14 septembre 2018 par jerome lecoq

Passion triste

Pourquoi se sent-on coupable ? Se sentir coupable c'est avoir la conscience d'avoir transgressé une règle tacite ou explicite à laquelle nous avons souscrit, volontairement ou par consentement passif. La culpabilité est un sentiment qui fait partie des passions tristes de l'âme et rend le Sujet lourd, pesant, rabougri. Je ne parle pas ici de la culpabilité objective ou juridique qui indique le positionnement objectif du sujet juridique par rapport à la règle.

Pourquoi cette lourdeur, ce poids qui nous pèse sur les épaules durablement ? Pour se sentir coupable il faut avoir une conscience morale par conséquent un sens assez développé d'autrui et du fait que nous vivons dans une organisation sociale. Ce poids pourrait être celui des autres.

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