De qui suis-je le tyran ?

12 octobre 2017 par jerome lecoq

 

"Nous sommes toujours le tyran de quelqu’un. Les brutes le savent, parce qu’elles jouissent de leur pouvoir. Les braves gens l’ignorent, parce qu’ils sont noyés dans leur bonne conscience." (O. Brenifier)

De qui suis-le tyran ? Voilà une question que je ne me suis jamais posée. Pourtant je me suis déjà fait traiter de "méchant papa" par ma fille parce que je lui imposais une décision arbitraire et peut-être injuste. Probablement que chaque parent est et doit être le tyran de son enfant, à un moment ou un autre. Le tout est d’en être conscient et de ne pas ignorer que toute éducation implique une forme de violence à l’encontre de l’enfant, aussi politiquement incorrect que cette phrase puisse sonner.

 

Je suis peut être aussi le tyran de celle qui m'aime lorsqu'elle n'attend qu'un mot de moi pour que sa journée s'ensoleille et que je ne daigne même pas lui accorder cette faveur non par méchanceté mais par simple oubli ou indifférence ou parce que je suis préoccupé ailleurs. L'indifférence est peut-être finalement la pire des tyrannies envers ceux qui recherchent notre attention, notre affection, notre amour. Pourtant peut-on dire que je suis le tyran à cause de mon indifférence ou est-ce l’autre qui est l’esclave de ses sentiments, de son attachement ?

Finalement, par mes attentes d'attention, d'amour, de reconnaissance c'est moi qui crée les conditions de la tyrannie : nous avons tous le tyran que nous méritons. Au minimum nous nous tyrannisons nous-même en nous imposant des actions qui sont contraires à nos désirs.

Nous sommes donc toujours le tyran de quelqu'un sans le savoir ou en prétendant ne pas le savoir. Mais ce pouvoir exorbitant nous ne l'avons pas volé : nous l’exerçons sans même nous en rendre compte.

Ainsi on peut raisonnablement se demander ce qui est le plus immoral : être un tyran et l’ignorer parce que nous nous persuadons à tort d’être justes, tolérants et libéraux ou assumer notre rôle de tyran et jouir de la violence qu’il nous permet d’exercer ?

La brute exerce joyeusement sa tyrannie envers ses victimes, pourrait-on dire de façon quelque peu provocante : ce faisant elle sait qu’elle peut s’attendre à de violentes représailles de la part de ceux que sa brutalité n’effraient pas, qu’ils soient encore plus brutaux ou qu’ils soient plus nombreux, plus déterminés, plus motivés qu’elle-même.

Les braves gens exercent leur tyrannie tout en prétendant être de gentils démocrates : ainsi le père et la mère veulent le bonheur de leur enfant sans se demander si lui-même le recherche d’une part et encore moins quel type de bonheur s’accorderait avec sa nature.

De même le soi-disant bienveillant, pour ne pas heurter la sensibilité d’une personne, évite de lui dire la vérité, repoussant la responsabilité de la franchise à d’autres plus courageux.

 

Dans: Aphorismes 

Commentaire de Jérôme Dechamps

12 octobre 2017 à 06:01 PM

L'enfer c les autres!
Il est difficile bizarrement pour certain d avoir un effet miroir sur ses actes et de fait de s interroger sur la réaction des autres en rapport a "notre"acte/parole posé.

Commentaire de Fatima

12 octobre 2017 à 09:32 PM

Votre sujet est tres Intéressant...
Serions nous tous inconsciemment masochiste ?
Vous dites
« Finalement, par mes attentes d'attention, d'amour, de reconnaissance c'est moi qui crée les conditions de la tyrannie : nous avons tous le tyran que nous méritons. Au minimum nous nous tyrannisons nous-même en nous imposant des actions qui sont contraires à nos désirs. »

Doit on comprendre que la communauté de sentiments impose à l’être d’être soumis à la règle de la tyrannie ? Et que sans , l’Etre est « plus libre » de son Etre .
Prendre conscience de sa tyrannie la réduit elle?