Emotions au travail et travail sur les émotions

7 janvier 2014 par jerome lecoq

Cet article explique en quoi les émotions doivent être prises en compte au travail pour décrypter les comportements de nos collègues et donner du sens à ce qui paraît de prime abors irrationnel.

Les émotions, dans leurs manifestations extérieures, parlent malgré nous : en général il est difficile de contrôler ses émotions ou au moins de les masquer complètement quand on les ressent. Ainsi la peur nous fait blémir, la colère rougir ou pâlir et trembler, la joie nous fait rire ou nous illumine et la tristesse porte notre regard vers le sol. C’est un message que nous reconnaissons en général assez bien chez autrui, que nous savons décoder car nous sommes doués d’empathie, ce qui semble d’ailleurs être une caractéristique biologique commune aux hommes et aux grands singes. L’émotion donc renseigne donc autrui, à notre corps défendant parfois, sur notre état intérieur et nos pensées : la tristesse aura tendance à colorer toutes mes pensées en leur donnant un côté triste, morbide, négatif, pessimiste. J’aurai tendance à me replier su moi et à m’apitoyer sur mon sort, etc.

Le problème est qu’évidemment l’émotion affecte notre comportement et nos pensées au point que notre efficacité professionnelle en soit altérée ou que notre environnement professionnel en subisse les conséquences néfastes au détriment de la productivité du groupe. On demandera alors au salarié de « prendre sur lui » et de « faire la part des choses » et de se concentrer sur sont travail pour que celui-ci ne souffre pas de cette contagion émotive. Car l’émotion peut obscurcir notre jugement, notre discernement et nous avons en général besoin de cette faculté pour notre travail. L’émotion a ainsi une résonnance en nous, elle laisse des traces qui ont tendance à influencer nos décisions. Par ailleurs quand on croit qu’elles ont disparu elles peuvent ressurgir à l’occasion d’une association d’idées fortuite.

Bref les émotions sont très difficilement contrôlables et le monde du travail est en général un monde fait de contrôle : contrôle de sa parole pour que l’ambiance soit harmonieuse, contrôle de son comportement pour coller à la culture d’entreprise, de ses pensées pour se concentrer sur la tâche en cours. Par ailleurs nier ses émotions est un jeu dangereux car comme le dit le proverbe, « chassez le naturel et il revient au galop ». Le problème donc devient celui de contrôler, de juguler, de canaliser voire de comprendre et d’utiliser cet état émotif qui est susceptible de nous jeter « hors de nous ». Cet « hors de nous » qui peut être le chaos, le débridement des passions, état résumé par les Grecs sous le terme « ubris ». L’émotion c’est le chaos prêt à surgir à tout moment pour perturber notre droite raison. Ces émotions veulent certainement nous dire quelque chose, elles ont certainement un sens mais elles nous ferment en même temps à la compréhension de ce sens car elles empêchent la pensée de surgir. Ce n’est qu’après coup que  nous pouvons leur donner un sens. Ce qui est bien compréhensible car les émotions proviennent du corps et ont en général une fonction d’alerte face à une menace imminente : que cette menace soit dirigée vers notre intégrité physique, vers notre bien être, notre statut social, notre liberté, notre reconnaissance par autrui, etc.

Les émotions nous demandent donc d’agir dans l’instant, d’adopter l’attitude la plus efficace face aux menaces qui pèsent sur nous. Elles sont probablement le vestige ancestral d’un temps où la réaction était vitale. Dans notre monde civilisé les menaces se sont enrichies, complexifiées : perdre son travail, vexer un collègue, se faire mal voir par sa hiérarchie, décevoir un client qui risque d’aller voir la concurrence…Les menaces purement physiques elles se sont considérablement estompées grâce à l’amélioration considérable de notre confort matériel, aux progrès de la médecine et de la technologie en générale

Et si les émotions restent, elles sont devenues plus subtiles, plus complexes, plus intériorisées. La maitrise de ses émotions est un des piliers d’une éducation policée, surtout pour les hommes et pour la société occidentale. Les émotions se traduisent en général par des comportements : pour la peur par exemple citons la procrastination, le contrôle excessif, les vérifications  incessantes, l’accumulation d’informations secondaires, la fuite des responsabilités, l’agressivité. Il est assez évident que ces comportements font obstacle à la prise de décision, à la créativité, à l’autonomie et la prise de risque inhérentes à l’esprit entrepreneurial, à la collaboration au sens large.

Il est dès lors important pour un manager de savoir repérer ces comportements chez lui et les autres et de les relier à l’émotion qui les motive afin de se poser la question : de quoi cette personne a peur ? Qu’est-ce qui la menace ? quels besoins ce comportement vient-il satisfaire ? C’est en prenant de la distance face au phénomène émotionnel et en lui donnant raison, au sens littéral, que justement la raison pourra prendre le dessus. Car la raison a aussi besoin du carburant des émotions apaisées pour s’appliquer.