La Columbo attitude pour bien questionner et argumenter

11 mars 2016 par jerome lecoq

Quand vous posez une question essayez de respecter les critères suivants :


- Une question, en dehors des questions de pures demandes d’informations, ne doit avoir qu’une et unique fonction : approfondir, explorer, découvrir une situation, un thème ou une personne pour comprendre. Questionnez de manière candide comme un enfant en évitant de présupposer ce que sait ou pense votre interlocuteur. Ainsi vous pourrez vous laisser surprendre et laisserez un interstice pour la pensée et donc pour le dialogue constructif. Toute question dans laquelle transparait l’opinion du questionneur n’est pas une question, c’est une tentative d’influencer l’interlocuteur (pour le convaincre, le contraindre, l’influencer, le troubler, le manipuler…).

L’exemple caricatural des fausses questions est la question interro-négative : « ne penses-tu pas qu’il faudrait que tu finisses tes devoirs avant d’aller regarder la télé ? ». Ce type de question rend le répondant suspicieux car elle est de mauvaise foi : sous couvert d’ouverture et de volonté de comprendre (la question) on veut en fait imposer notre volonté, nos règles (« fais tes devoirs avant de regarder la télé ! »). Le répondant n’est pas dupe, alors sortez de ce jeu de dupes. Il existe cependant une exception à cette règle de la question : il s’agit des questions problématiques, qui incitent l’interlocuteur à voir un problème dans son discours (- tous les oiseaux volent ! – les autruches sont-elles des oiseaux ?)


- Commencez votre question par un pronom interrogatif (pourquoi, quoi, comment, quand…) Cela évitera ainsi de « conditionner votre question » ce qui alourdit considérablement le poids pour le répondant et vous met en risque de ne pas obtenir de réponse. Evitez les préambules, les formules de politesse, les formules du type « sachant que…. »


- Astreignez-vous à poser une question simple et claire, en moins de 15 mots. Ainsi vous aurez l’esprit plus clair pour écouter la réponse et évaluer si la réponse répond effectivement.


- Ne posez qu’une question à la fois. Vous serez exigeant sur la réponse alors ne surchargez pas votre interlocuteur avec votre impatience.


Quand vous obtenez une réponse (ou en tous cas ce qui ressemble à une réponse car il y beaucoup de Canada Dry dans les réponses : cela ressemble à une réponse mais ce n’en est pas une) à votre question, demandez-vous :


- Est-ce que la réponse est claire ? Si elle ne l’est pas n’attendez pas pour le dire. Osez dire que vous n’avez pas bien compris soit en disant « je n’ai pas compris ce que tu dis » ou de manière plus ronde : « j’ai peur de ne pas bien te suivre ». En général les gens vous seront reconnaissants d’exprimer votre incompréhension et reformuleront volontiers.


- Est-ce que la réponse répond ?

  • Les connecteurs sont-ils présents ou implicites ? (à un pourquoi on attend un « parce que », à un « comment ? » un « en » ou « par » ou « grâce à »),
  • un nouveau concept est-il apporté par rapport à la question ? (« -Pourquoi vas-tu à la piscine ? - Parce que je veux perdre du poids ». Le concept de « régime » est ici implicitement apporté en réponse à la motivation d’aller à la piscine)


Si elle ne répond pas, vous pouvez avoir une formule du style « oui mais moi ce que je voudrais savoir, c’est pourquoi…. or toi tu me parles de comment… « . Vous signifiez ainsi à votre interlocuteur que vous ne discutez pas pour faire la conversation mais pour progresser dans la connaissance, pour comprendre, pour investiguer. La bonne attitude est un peu celle de l’inspecteur Columbo, sans la suspicion pour un coupable. Au début des épisodes souvent Columbo questionne sans savoir qui est le coupable et il s’intéresse réellement à son interlocuteur et à la situation.


- Est-ce que la réponse contient un argument, une justification, une raison pour soutenir la réponse ? (cf doc. sur l’argumentation).


- Est-ce que l’argument est valide et légitime ? Les problèmes qu’il comporte sont-ils acceptables ? (tous les arguments comportent au moins un problème, l’argument parfait n’existe pas) (cf doc. sur l’argumentation). Si l’argument comporte un problème, mettez les pieds dans le plat en faisant une objection puis en posant une question : « le problème dans ton argument c’est qu’il peut servir pour répondre à la fois par oui ou par non. Pourrais-tu être plus spécifique ? » (Argument indifférencié). Autre exemple d’objection : « tu me dis que tu vas à la piscine pour maigrir. Mais ce n’est pas une raison suffisante parce qu’on peut maigrir de manière plus efficace en mangeant moins » (par exemple) ).
Vous pouvez également faire une question problématique qui incite la personne à voir un problème « - je vais à la piscine pour maigrir -Mais pourrais-tu maigrir en faisant un autre sport que la natation ? » ou bien : "-tous les oiseaux volent. - les autruches sont-elles des oiseaux ?"

En conclusion rappelez-vous que le questionnement, le « réponsement » (parfois il faut faire des néologismes) l’objection et l’argumentation sont un art et comme tout art il s’agit de s’y exercer, de faire ses gammes quotidiennement. Et en plus cela maintiendra votre souplesse intellectuelle et celle de vos interlocuteurs, donc pourquoi s’en priver ?

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Commentaire de votion

30 septembre 2016 à 04:17 PM

bonjour
le comment sert a faire reflechir dans l etat de l autre afin d avancer ensemble
le pourquoi est une justification?