De l'authenticité en entreprise

13 septembre 2010 par jerome lecoq

Comment une règle simple permet de rendre la communication plus authentique de accélère la prise de décision.

Dans les exercices que nous proposons nous exigeons de respecter plusieurs règles assez inhabituelles lors de réunions de travail. Par exemple les participants doivent annoncer la nature de leur intervention avant de s’exprimer : "je vais faire une objection à telle hypothèse", "je vais poser une question", "je vais analyser cette proposition" etc. On pourrait s’interroger sur les vertus d’une telle consigne. "Je sais bien ce que je vais dire puisque c’est moi qui parle" pourrait s’étonner le sujet soumis à cette contrainte. Or nous nous sommes aperçus au cours de nos interventions que cette simple règle était difficile à suivre : les participants ne savent pas discriminer entre une question et une objection par exemple et curieusement, la plupart du temps, nous ne savons pas ce que nous allons dire au moment où nous le disons. Parfois même nous sommes surpris des conséquences de nos propos après les avoir proférés. Très fréquemment au cours de nos ateliers, les participants, lorsque quelque chose ne leur plaît pas dans une proposition quelconque, annoncent qu’ils vont poser une question. Cette manière de faire, sous prétexte de ne pas vouloir heurter le porteur d’une hypothèse en s’opposant frontalement à lui, correspond à une attitude inauthentique parce que l’objecteur n’assume pas son opposition, il ne s’engage pas pleinement, il tâte le terrain pour voir si d’autres pourraient être du même avis que lui, etc.

La question posée sera donc une question orientée et prendra une forme telle que "mais ne pensez-vous pas que en faisant cela vous allez (...)" ou bien une formule très fréquente consiste à dire "je me fais l’avocat du diable" avant d’avancer ses pions. Généralement le diable s’en sort bien assez seul et n’a pas besoin d’avocats pour le défendre. Ce que nous demandons aux participants dans les ateliers que nous pratiquons ce n’est pas de "se faire", de simuler une position ou de jouer un quelconque rôle mais de s’engager dans une voie, une hypothèse, sans avoir la certitude de ce que l’on avance d’ailleurs (mais justement si l’on avait des certitudes plus aucune discussion ne serait possible), quitte à évidemment revenir dessus si on le juge nécessaire après avoir passé en revue les arguments en présence. Cet engagement est nécessaire pour aller au bout des hypothèses que nous formulons et en étudier collectivement les perspectives.

Or on s’aperçoit bien vite que derrière une question qui avance masquée se cache la volonté d’exprimer son mécontentement ou son désaccord à un point de vue sans chercher à approfondir la position de l’apporteur de l’hypothèse par des questions susceptibles d’apporter des informations complémentaires sur sa position. Par ailleurs on se prive, du point de vue du groupe, des compléments d’informations qui auraient pu être apportés sur les présupposés implicites que comporte toute hypothèse digne de ce nom, informations qui apportent souvent un éclairage décisif sur la représentation du monde du sujet.

La contrainte, imposée par les règles du jeu, qui consiste à annoncer la nature de l’intervention, même si elle peut apparaitre incongrue voire puérile, oblige chacun donc à se positionner clairement  et à avancer à visage découvert, ce qui correspond à une des attitudes que nous prônons dans notre méthode, l’authenticité (à distinguer de la sincérité). Or se positionner, comme les spécialistes du marketing le savent bien, c’est exprimer clairement notre accord ou désaccord par rapport à une proposition en apportant des arguments pour défendre notre position, c’est permettre aux autres, en l’occurrence nos collaborateurs, de se positionner également en choisissant de se rallier à tel ou tel argument supportant une thèse, voire à proposer eux-mêmes une alternative argumentée. Tout homme de marketing sait bien qu’en se positionnant on fait un choix de s’adresser à un certain segment de clientèle et à se détourner d’autres. Ici c’est un peu la même chose à la différence que là où le marketeur choisit ses arguments en fonction des besoins de sa cible, le collaborateur authentique le fait en fonction de ses convictions, de sa logique, de sa vision du monde et par conséquent de son être. Nous comprenons que cette attitude n’est peut être pas possible voire souhaitable dans tous les contextes et que la peur de se distinguer et de s’attirer les foudres de ses collaborateurs soit pour certains difficilement supportable mais nous pensons néanmoins qu’elle vaut le coup d’être tentée, ne serait-ce que le temps d’un exercice en dehors de toute pression hiérarchique, comme nous le faisons au cours des ateliers DIALOGON.

Ainsi par cette contrainte simple on gagne du temps en clarifiant les positions de chacun : désormais la prise de décision est simplifiée et le décisionnaire sait exactement, si l’objet de la réunion était de prendre une décision, quels sont les arguments qu’il a choisis de valoriser et quelles sont les personnes qui avaient un point de vue différent du sien. Non que cela change quoi que ce soit à sa décision in fine mais nous pensons qu’il est important en tant que manager qu’il puisse juger de ce que chacun pense tout simplement parce que les points de vue témoignent généralement d’une vision du monde, d’un ancrage, d’une personnalité et que mieux le manager peut révéler les personnalités de chacun au cours du processus de décision (et au cours de toutes les occasions qu’il se donne pour apprendre à mieux connaître ses collaborateurs) et plus facilement il pourra en utiliser les ressorts comme levier pour les missions qu’il attribuera. De plus des arguments qui ont été avancés à un instant "t" et qui n’ont pas emporté l’adhésion peuvent bien s’avérer l’emporter par la suite si les circonstances changent et donc il serait dommage à notre sens qu’un manager se prive d’idées qui peuvent enrichir ses perspectives, sous prétexte qu’il n’aime pas être contredit.

Enfin, d’un point de vue psychologique, il peut être assez libérateur pour le sujet d’avoir eu l’occasion de montrer de quoi il était fait, d’avoir été authentique sans avoir à se justifier et de savoir que dans son entreprise les points de vue divergents sont acceptés et même incités à condition qu’ils soient étayés par des arguments susceptibles d’être examinés en groupe.

Commentaire de Lyne Drapeau

20 juillet 2016 à 04:50 PM

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merci
Lyne