La performance est-elle zen ?

28 octobre 2014 par jerome lecoq

Cet article réagit face à l'article paru dans le figaro du mardi 28 octobre La performance est-elle zen ?

A propos de l’article

 

C'est intéressant que des entreprises se mettent à adopter ces programmes de "pleine conscience". Oui la performance est zen si on considère qu’elle consiste à atteindre un objectif avec le minimum d'efforts. Le sage zen peint toujours la même fleur depuis 50 ans. Mais au début il la faisait en plusieurs jours et maintenant en un seul geste. La performance est affaire « d'épuration » dans le sens où il faut aller à l'essentiel en se débarrassant de tous les parasites qui entravent l'action. Or dans une entreprise il y a beaucoup d’obstacles ou de parasites à l’action : l’inertie de la structure, les « reporting » pour se mettre « ceinture et bretelles » avant de déclencher une action, les susceptibilités hiérarchiques à ménager, le « centre mou » de tout projet qu’il s’agit de mobiliser. Car en entreprise la performance est avant tout collective or la pratique zen s’adresse avant tout à l’individu. Dire qu’un individu plus « zen » sera plus performant dans son travail  cela a certainement du sens. Mais pour que cette performance individuelle se traduise dans une performance collective il ne suffit pas de faire méditer tous les salariés d’une entreprise. Il faut aussi comme le dit bien l’article mettre sur la table les sujets qui fâchent, dialoguer pour savoir où nous voulons aller, avoir un esprit critique pour voir les problèmes là où les autres ne les voient pas, se projeter dans un futur désirable etc…Il y a donc une dimension interpersonnelle et organisationnelle à la performance qui rend la méditation bien insuffisante pour changer les choses.

 

Je dirais plus que le zen est « performatif » plutôt que performant : les maitres zen enseignent par l’acte, parfois brutal, et non par la parole descriptive, exhortative ou prescriptive issue de la tradition occidentale de l’éducation. A l’élève qui se plaint que méditer sur sa respiration l’ennuie et qu’il n’en voit pas l’importance, le maitre zen ne va pas faire un cours théorique sur les principes de la respiration. Il va saisir son élève par les cheveux et lui mettre la tête sous l’eau jusqu’à ce qu’il suffoque. Violent me direz vous ? Certes mais efficace et performant. Or je doute que le méthode zen de l’enseignement se marie bien avec la notion de bienveillance qui vient plutôt du bouddhisme et qui est très en vogue dans l’entreprise. Sauf que la bienveillance que je vois à l’œuvre est une espèce d’attitude consensuelle, légèrement psychologisante et maternant et dont le résultat est qu’il ne faut surtout pas déranger l’autre dans ses certitudes.

C’est donc le règne du quant-à -soi qui perdure ; or c’est exactement l’inverse de la philosophie zen qui prétend enseigner en provoquant des prises des conscience à l’instar d’un Socrate qui n’hésitait pas à interpeler ses concitoyens en faisan vaciller leurs croyances implicites. Le maitre zen est bienveillant car il veut apprendre à son élève mais il peu user d’une certaine violence pour se faire. J’imagine qu’un manager adoptant la même attitude vis-à-vis de ses collaborateurs serait aussitôt convoqué à la DRH pour harcèlement moral. C’est aussi l’inverse de la performance collective qui doit se nourrir des frictions entre les individus pour développer de nouvelles idées, tuer les anciennes, provoquer le dialogue libérateur où les positions de chacun sont comprises et non seulement « entendues » comme je l’entends justement souvent.

Commentaire de bismuth

29 octobre 2014 à 02:39 PM

Le mot zen en occident a pris un sens qui n'a rien à voir avec le sens originel du mot. La pratique du zen renvoie plutôt au combat contre soi-même et ses pulsions ou son égo et dont l'objectif est l'équanimité. cette effort de combat sur soi se retrouve dans le concept arabe de jihad qui n'a rien a voir avec ce qu'on en dit en ce moment. le grand jihad c'est l'obligation, l'effort ou la guerre contre ses propres tendances. En aucun cas la guerre sainte prônés par des ignorants de l'islam.
c'est amusant de voir que zen et jihad se retrouvent uni à la fois dans l'intention et dans l'ignorance de ses utilisateurs.
ce qui reste vrai c'est que le travail sur soi a comme objectif,non pas la performance mais l'efficience. c'est à dire le plus de résultat possible avec le moins d'énergie investi. il faut sans doute beaucoup de travail pour user son égo sur l'établi de la conscience et pour arriver à la perfection. la perfection ce n'est pas quand on ne peut plus rien rajouter mais quand on ne peut plus rien enlever.