La tristesse peut s'occuper d'elle-même

18 juillet 2016 par jerome lecoq

Est-ce qu'une joie non partagée serait amoindrie par rapport à une joie partagée ? Le partage d'une joie ajoute-t-il à cette joie ou au contraire la joie se savoure-t-elle de préférence dans notre for intérieur ?

Pourquoi apprécie-t-on les gens qui gardent leur tristesse pour eux-mêmes et montrent de la pudeur quant à l'expression de leur tristesse et pourquoi recherche-t-on la compagnie des personnes qui savent exprimer leur joie et la communiquer à autrui ?

Si on suit Spinoza alors on peut comprendre ce phénomène puisque la joie et la tristesse sont respectivement une augmentation et une diminution de notre puissance d'être. Et il est dans la nature de l’être humain de désirer persévérer dans son être (c’est ce que le philosophe hollandais appelle le “conatus”).

La diminution de notre puissance d'être c'est la perte de nos facultés, de notre vitalité, de notre force vitale : le triste se réduit, se rabougrit, il réduit son horizon, ressasse toujours les mêmes pensées, nourrit le ressentiment, devient envieux et aigri, devient méchant et nuisible à lui-même et autrui.

La joie va tout simplement, si l'on suit Spinoza, dans le sens de la vie car elle engendre d'autres esprits joyeux, elle se perpétue à travers autrui comme les être vivants se reproduisent. A contrario la tristesse tend vers la mort, la restriction, l'anéantissement

Le joyeux cherche au contraire à partager sa joie car il sait que sa puissance sera redoublée s'il peut la partager avec autrui qui sera lui aussi rendu plus puissant. La joie est communicative et permet d'élargir son horizon, d'avoir de nouvelles idées, de prendre des risques en s'ouvrant à l'inconnu, de s'étonner avant de se braquer, d'envisager les chose sous leur angle positif et dynamique. La joie va tout simplement, si l'on suit Spinoza, dans le sens de la vie car elle engendre d'autres esprits joyeux, elle se perpétue à travers autrui comme les être vivants se reproduisent. A contrario la tristesse tend vers la mort, la restriction, l'anéantissement, le règne du même et de l'indifférencié, le morne, le monotone. Elle passera si elle est contenue, si elle ne trouve pas d'écho en autrui.

Ainsi pour faire passer la tristesse il faudrait juste attendre que cela passe sans essayer de lutter et pour augmenter notre joie il suffirait de la partager. Mais que faire si vous voulez partager votre joie avec quelqu'un qui est triste ? La compassion pour la souffrance d'autrui n'exige-t-elle pas de notre part de la retenue, de la pudeur par égard à la personne triste ? Autrui pourrait nous jalouser, nous envier notre joie.  Ne faudrait-il pas dans ce cas garder sa joie pour soi dans une jouissance égoïste ? Par exemple si je suis reçu à un examen difficile et que mon ami est recalé est-ce utile et bon (pour utiliser le tamis socratique) de lui faire part de ma joie afin qu'il la partage ou est-ce cruel parce qu'il ne pourra s'empêcher de comparer sa situation à la mienne ce qui redoublera sa tristesse d'un sentiment d'infériorité ?

Au travail, si partager sa tristesse semble tout à fait déplacé, partager sa joie peut l'être tout autant : faire partager la joie d’être promu est-il opportun quand un licenciement menace mes collaborateurs ?

Il semblerait que l'homme ait besoin de témoins pour officialiser sa joie alors que sa tristesse le ramène à lui seul.

Ce dont le triste a besoin ce n’est pas de compassion ni de consolation mais d’objectivité

Il a besoin de montrer sa joie au grand jour, de crier son bonheur pour que tous y participent. Le triste lui ne pense qu'à rentrer chez lui et à aller se coucher en attendant que "cela aille mieux" et il sent bien que partager sa tristesse ne permettra pas de l'alléger. Pourtant en se refermant sur lui il risque de ruminer et d’entretenir sa tristesse par des jugements culpabilisants.

Ce dont le triste a besoin ce n’est pas de compassion ni de consolation mais d’objectivité : il ne doit pas rajouter à sa peine des jugements réprobateurs injustes ni se laisser aller à des pensées d’autoflagellation mais doit se voir au monde comme un être triste parmi d’autres. Qu’il essaie d’infléchir cette passion triste en s’adonnant à une activité joyeuse, en se faisant plaisir sans chercher à rationaliser sa tristesse outre mesure. Attendre que cela passe et remettre les jugements à plus tard, voilà qui serait un conseil de sagesse populaire.

Le joyeux, lui, a plutôt besoin de prudence car la joie peut aussi conduire à prendre des décisions inconsidérées, à faire des promesses trop ambitieuses qui seront difficiles à tenir quand la joie se sera envolée.

Parce que tout finit par passer, joie comme tristesse : c’est la joyeuse et triste nouvelle à la fois.

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