L'art du dialogue constructif

6 septembre 2010 par jerome lecoq

L'effort du lâcher-prise pour mieux penser

Admettons que, dans le cours d’une discussion, nous arrêtions de réagir immédiatement et que l’on laisse passer ce flux d’émotions qui nous pousse à réagir à la moindre critique, qu'adviendrait-il ? Il se peut que notre interlocuteur n’en profite pour continuer à occuper l’espace. Il faut donc un arbitre qui puisse le tenir à distance le temps pour nous de réfléchir à ce qui vient d’être dit.

Cet espace de protection est nécessaire pour que le dialogueur puisse se concentrer sur les arguments de son adversaire pour voir si déjà il les a compris, si ce sont de vrais arguments puis enfin s’il est d’accord avec eux. Dans l’affirmative il devra revoir sa position et dans la négative il devra fournir un contre-argument ou une objection. Evidemment pendant ce temps-là notre interlocuteur devra patienter et laisser le temps au dialogueur de penser. Pendant toutes ces opérations le dialogueur est engagé avec la pensée de l’autre et avec sa propre réflexion : il fait œuvre de flexion et de réflexion.

Ainsi la pensée de l’autre agit comme une résistance contre laquelle notre propre pensée prend appui pour se développer. Cette résistance s’accompagne d’un sentiment d’effort double : effort pour s’extraire de sa propre pensée et effort pour intégrer la pensée de l’autre et se projeter dans son expérience pour examiner sa proposition. Ainsi penser avec l’autre et par l’autre demande autrement plus d’effort qu’échanger ses opinions qui d’ailleurs ne sont pas échangées mais juste brandies comme des étendards. L’attitude du lâcher-prise est donc associée à un double effort pour rentrer dans la pensée de l’autre, c’est donc tout sauf un laisser-aller : cela nécessite un certain entraînement comme toute activité réglée et contre-intuitive.

Nous avons donc comme conditions du dialogue constructif : le lâcher prise accompagné de l’effort pour aller chez l’autre mais aussi un médiateur bienveillant qui s’assure que les interlocuteurs ne retombent pas dans leur « quant-à-soi ».

Dans les ateliers DIALOGON c'est l'animateur-philosophe qui joue ce rôle de médiateur nécessaire pour que se construise une pensée commune et cohérente, qui puisse proposer des réponses à un problème initial.