L’autorité est-elle nécessaire au travail d’équipe ?

4 avril 2014 par jerome lecoq

L’autorité est-elle nécessaire au travail d’équipe ?

L’autorité est ce à quoi l’on se soumet. Lorsque cette autorité s’incarne dans une personne cela signifie que ses idées vont avoir tendance à s’imposer par rapport aux autres idées émises par le reste de l’équipe. Peut-on alors parler de travail d’équipe lorsque le principal du travail est effectué par une seule personne ? Quel est le rôle de l’équipe dans une telle configuration si ce n’est de servir de chambre d’enregistrement pour les idées émises par le leader de l’équipe, le leader  d’opinions ? Peut-être que l’autorité a de bonnes idées et que la décision finalement prise sera la bonne. Mais peut-être pas, peut-être que l’on se prive d’autres idées par conformisme, par soumission à cette autorité.

Se risquer à aller contre l'autorité

Proposer des idées différentes et les défendre c’est prendre le risque d’aller contre l’autorité, de mettre à défaut le chef devant ses subordonnés et par conséquent de s’exposer à un « retour de bâton » ultérieurement, qui peut prendre des formes plus ou moins sournoises. Les bons élèves ont appris depuis longtemps à devancer les désirs du maitre et à lui proposer des idées qui lui plairont. Si on considère que cet état de fait n’est pas idéal pour que les idées soient multipliées et répondent mieux à des situations de crise où « faire du même » ne marche plus alors il faut apprendre à remettre en cause l’autorité sans pour autant que la responsabilité du chef ne soit niée. Il ne s’agit pas pour l’autorité de démissionner de toutes ses prérogatives sous prétexte que son autorité ne s’applique plus sur les idées émises. Il faut que l’autorité accepte l’idée qu’elle n’est pas dépositaire des idées qui marchent. Plus encore il faut que les subordonnés se risquent à lancer des idées même si celles-ci peuvent paraître absurdes, provocantes, stupides ou contre-productives. Il est par conséquent nécessaire de suspendre temporairement son jugement pour accueillir les idées. Ce qui veut dire d’abord les comprendre, les analyser, les argumenter.

Il faut donc mettre en place un système différent. Pour que ce système marche il faut que le processus soit clair et que les rôles de chacun soient définis de manière ad hoc, pour remplir l’objectif, par exemple, de résoudre un problème après avoir passé en revue plusieurs idées que nous appellerons des hypothèses. Je ne vais pas ici parler de la mise en place de sessions de créativité dont la littérature de management regorge et qui est maintenant bien connu, quoique probablement peu appliqué dans les faits.

Un nouveau système

Ce qui est intéressant de voir c’est que quand l’on chasse l’autorité par la porte elle semble revenir par la fenêtre. Dans un système où ce n’est plus le chef qui a l’autorité sur la production des idées, si l’on laisse le dialogue complètement libre c’est généralement rapidement le chaos qui s’installe, chaos qui sera l’occasion rêvée pour le chef de reprendre le pouvoir de plus belle. La nouvelle forme d’autorité est donc représentée par le processus qui structure et régule les échanges en fonction d’un objectif. Or ce processus il faut bien une personne pour l’animer pour le faire respecter, il ne se met pas en place tout seul, naturellement, comme je l’entends dire parfois. La discipline, la limitation, la règle sont tout sauf natuels.

L'autorité du régulateur

 Il faut quelqu’un qui va recueillir les idées, qui va réguler les échanges, pousser à l’articulation des idées entre elles, constater les divergences, faire se confronter les arguments pour et contre, synthétiser les interventions, clarifier les positions communes, gérer les conflits d’egos etc. Bref c’est un vrai travail en soi qui ne peut s’improviser. C’est donc une personne compétente qui doit faire ce travail. Or le risque est que cette personne vienne cristalliser une nouvelle forme d’autorité. C’est pourquoi cette personne doit impérativement s’extraire de la production elle-même des idées car on ne peut être juge et partie. Elle doit donc s’interdire de produire elle-même des idées pour se dédier complètement à la régulation des échanges. Puis d’autres personnes devront être formées afin que les rôles puissent être alternés. Or la fait d’être le dépositaire de cette régulation des échanges confère une responsabilité à l’animateur qu’on ne soupçonne pas. Il doit être intraitable avec le respect des règles sans pour autant se muer en dictateur du processus. C’est un exercice périlleux que peu se sentiront enclins à jouer, raison pour laquelle il est souvent fait appel à des prestataires extérieurs.