Le négatif peut-il être positif ?

20 décembre 2020 par jerome lecoq

 

On peut définir le négatif selon plusieurs registres.


Premièrement, dans le registre cognitif, le négatif prendra les formes suivantes : ignorance, contradiction, fausseté, confusion ou inadéquation.

Deuxièmement dans le registre psychologique on trouvera touts les émotions dites "négatives" car désagréables. Nous y trouverons donc : la peur, le dégout, la colère et la tristesse, sous toutes leurs formes nuancées.

Troisièmement dans le registre moral nous aurons d'une part les défauts de caractère (ou les vices) : la méchanceté, l’avarice, la cupidité, l’envie, la perversion, la mauvaise foi.... D'autre part les actions immorales : le vol, la violence gratuite verbale et physique, la tromperie.


Nous voudrions nous poser la question de savoir si le négatif peut être positif, c'est-à-dire si ce que nous appelons sans trop y réfléchir les choses négatives peuvent se transformer si ce n'est en leur contraire, du moins en quelque chose que l'on puisse relier à du positif. Et il nous faut voir comment cette transformation est possible.

Le négatif peut-il être positif ?

1 - Approfondissement.

Oui parce que le faux par exemple, chez Hegel notamment, est un moment du vrai. Avant de constater la véracité d'une proposition, il me faut l'éprouver par ce que nous appellerons une objection ou une critique interne. Si je dis que la terre est ronde il faut que je rende fausse cette affirmation. Non la terre n'est pas ronde car lorsqu'on la voit en photo elle est légèrement aplatie aux pôles. Elle est plutôt plate lorsqu'on se rapproche des pôles. Donc la terre est globalement ronde et légèrement ovoïde aux pôles. Voici l'affirmation corrigée par une objection qui nous a permis d'affiner, d'épurer une affirmation grossièrement vraie, de la nuancer, de la préciser.

2 – Lucidité.

Oui parce que lorsque je suis triste j'ai en général la lucidité qui me permettra de voir plus clairement mes défauts, mes erreurs ainsi que ceux de mes proches. J’entamerai une réflexion sur le sens de mon existence et les priorités qui devraient être les miennes.


3 – Déconstruction.

Si j'ai peur d'avoir une discussion dont je sais qu'elle sera conflictuelle, je peux analyser l'objet de ma peur. Ici je me demanderai si ce qui me fait peur c'est le conflit ou si c'est le fait de m'emporter et de regretter ma violence par la suite qui peut inutilement braquer l'autre. Ou encore si c'est la peur d'avoir tort et de devoir me plier à la volonté de l'autre et de perdre la face ce que je trouverais humiliant parce que je suis fier, ce qui en soi est un problème.
Donc dans un cas il y a la peur de blesser et dans l'autre d'être humilié, donc d'être blessé, c’est une peur de la souffrance. Penser cela procure instantanément un dégonflement de la peur et produit de la sérénité ainsi que des arguments pour affronter la discussion difficile.

3 – Apprentissage.

Oui parce que par exemple si je vole quelqu'un et que je me fais attraper et punir d'une peine de prison alors j'apprendrai ce que signifie le droit de propriété et la force de la loi pour le faire appliquer.
De la même manière si je me fais voler j'apprendrai que la police est nécessaire dans un état de droit pour faire respecter la propriété. D'un côté le voleur prend conscience de la réalité effective d'une conséquence du droit de propriété et de l'autre le volé prend conscience de la nécessité de se doter d'une police pour faire respecter le droit qui ne l'est pas par simple respect pour certains citoyens.

4 - Ouverture.

Quand je suis malade je prends conscience de la fragilité complexe de mon corps et du fait que mon esprit en dépend, mais aussi de sa résilience. Je me relie aux autres également qui sont vulnérables et comprend la souffrance de la maladie ce qui me permet de mieux comprendre les autres, de développer mon ouverture à autrui. J'apprends la valeur de la vie lorsque celle-ci est en jeu.

5 – Adaptation.

Un obstacle, un problème est une incitation à réfléchir afin de le résoudre en une solution. La contrainte oblige l'esprit à composer avec les limites de la matérialité des choses et à imaginer du nouveau afin de s'adapter pour résoudre le problème.


6 – Signal.

La douleur constitue un système d'alarme pour signaler que quelque chose n'est pas normal dans notre corps, qu'il y a un dysfonctionnement et que nous devons nous en occuper.


7 - Puissance.

Si je suis en colère par exemple je suis en colère contre une décision administrative me concernant, ma colère n'a aucun effet pour arranger la situation, au contraire elle ne ferait qu'empirer les choses. Je vais me calmer et réfléchir à comment me rendre puissant à nouveau en allant défendre mon dossier avec des arguments et en cherchant des alliés ce qui va m'obliger à être positif pour rendre les autres sensibles à ma cause.


8 - Sollicitude.
Quand je suis confus, je me sens perdu, je ne comprends plus rien. Si je l'admets en disant je suis confus, je ne comprends pas alors se trouvera toujours une bonne âme pour nous aider dans notre chaos, je donnerai l'occasion à autrui d'exprimer sa sollicitude envers moi.

9 –Résistance.

Si je suis témoin d'une violence gratuite sur une tierce personne, une expression de pure sauvagerie ou de cruauté je peux alors dénoncer cette cruauté, et chercher à faire réfléchir et punir celui qui a commis cet acte. Je m'oppose activement au mal, à une injustice, et montre aux autres qui manqueraient de courage ce qu'il faut faire par l'exemple de mon comportement.

Synthèse


En philosophie les choses ont toujours deux facettes. Ce que nous appelons "négatif" n'est qu'un jugement sur un événement, un acte, une situation, une personne, une parole. Comme tout jugement il doit être argumenté, motivé, afin d'être tenu pour vrai. Quand je dis : « être triste est négatif » ne suffit pas. Il faut dire par exemple que c'est négatif car c'est une sensation désagréable qui "diminue ma puissance d'exister et me pousse à me renfermer en moi-même et en mes souvenirs".

A cet argument on peut toujours y trouver du positif comme : tu pourras ainsi méditer sur la notion d'attachement et te demander pourquoi tu es si triste alors qu'il ne s'agit même pas d'un être humain".


En fait dire c'est "négatif" est un concept extrêmement vague qui vient de l'électricité. Le négatif est un excès d'électrons et le positif un défaut d'électrons dans un corps. Positif et négatif sont des quantitatifs relatifs et on les hypostasie ce qui en fait des absolus, ce sont des pôles.


Si on suit Hegel on peut dire que le négatif, le processus par lequel l'esprit néantise ou nie, est ce qui permet à la pensée de se déployer car seul le néant permet à la pensée de se retourner sur elle-même car il faut être deux pour se « retourner vers » et pour être deux il faut que l'un se médie donc qu'il se nie, ou se coupe en deux. Le négatif est le miracle du développement de l’esprit qui prend conscience de lui-même.

Commentaire de Patrícia Barcellos

20 décembre 2020 à 10:54 PM

La connotation "négative" n'implique pas qu'il s'agit d'une émotion que nous ne devrions pas avoir ou qui nous est nuisible - toutes les émotions, qu'elles soient positives ou négatives, aident à notre développement et contribuent à notre formation en tant que personnes.

Outre le fait qu'elle favorise ou nuit à la santé et à la qualité de vie, la manière dont nous traitons les sentiments est cruciale pour définir le sens de la réalité et façonner notre personnalité et nos relations.

Connaître l'essence de l'anxiété, de la tristesse, de la colère est fondamental pour gérer les sentiments considérés comme mauvais d'une bonne manière. Nous devons savoir comment gérer le négatif, ne pas le laisser nous paralyser.