Le plus fidèle ami de l'homme : le miroir

7 janvier 2015 par jerome lecoq

Si le miroir rend fidèlement le reflet de notre visage, c’est parce qu’il nous ignore totalement. Il n’a rien à perdre, rien à gagner. C’est sans doute aussi parce qu’il s’ignore lui-même. (Oscar Brenifier).

 

Si le miroir est fidèle, ce n’est pas pour autant le meilleur ami de l’homme : l’ami veut nous faire plaisir et pour se faire nous masquera souvent la vérité ou l’embellira. Car la vérité n’est pas là pour nous faire plaisir. Non s’il est fidèle c’est qu’il remplit parfaitement sa fonction : renvoyer l’image de l’objet. En ce sens il est fidèle à lui-même, il fait exactement ce que l’on attend de lui, ni plus ni moins. A moins d’être déformant, ce qui est encore possible, il nous renvoie à ce que nous sommes et non à ce que nous voudrions être. C’est pour cela que certains jours, quand cela ne va pas fort, nous évitons notre reflet, nous ne voulons pas nous voir. Trop dur, trop réel, trop vrai, trop humain comme dirait l’autre. Le miroir est ainsi doublement inhumain : premièrement à titre d’objet et deuxièmement à titre de renvoi à nous-même sans complaisance. Il nous reflète et nous ignore complètement. Cette ignorance est la garantie de sa vérité, de son impartialité. S’il commençait à nous respecter peut-être nous renverrait il une image édulcorée ? Nous lui en serions reconnaissant sur le moment mais les autres, eux, nous voient tels que nous sommes et le jugement qu’ils formeront sur nous (en leur for intérieur évidemment, car en bonne société, « on ne juge pas ») sera loin d’être aussi tolérant et bienveillant.

Nous savons donc que c’est son ignorance qui fait la valeur et la sûreté de son « jugement ». De la même manière les questions les plus efficaces, les plus pertinentes et les plus authentiques sont celles où le questionneur se fait ignorant sur la personne qu’il questionne. Faites-vous questionner par un étranger et surtout pas par vos amis ! Ce qui est à l’inverse de la tendance actuelle où on refusera généralement le questionnement authentique d’un « étranger ». Car évidemment le questionneur doit aussi juger à chaque instant si la réponse répond à sa question, sans complaisance, comme le miroir et en tirer des conclusions, des déductions, ce que ne fait pas le miroir et qui nous insupporte car « qui est-il cet étranger pour nous juger ? » : il ne nous connait même pas. Et pourtant c’est surement sa position d’ignorance qui en fait le meilleur juge.

Le miroir est fidèle car il n’a rien à perdre ni à gagner en renvoyant notre image : il n’a pas d’émotions. Pas de crainte de blesser ni de décevoir, pas d’espoir de plaire ou de séduire. Juste une fonction à remplir. Et il la remplit parfaitement. Il s’ignore lui-même pour laisser toute la place au reflet. Comment pourrait-on lui en vouloir à ce miroir, pure passivité. Et sept ans de malheur à qui le brise ! Il fait son travail : il réfléchit et nous réfléchit. C’est pour cela que quand nous réfléchissons, nous nous faisons le miroir de nous-mêmes : nous nous voyons comme chose et sujet à la fois, comme reflet et reflétant. Il y a de quoi s’y perdre, dans ce jeu de miroir. Le miroir n’a rien à perdre lui, mais nous, nous pouvons nous perdre dans la réflexion. C’est pour cela que nous utilisons un alter ego, un autre nous, pour nous voir, un interlocuteur : lui nous sauvera de nous-mêmes. Alors ne lui jetons pas la pierre, même si l’image qu’il nous renvoie ne nous plait guère, même s’il ignore nos désirs et nos émotions. Ce miroir est décidément froid.

Miroir dis-moi qui je suis
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Dans: Aphorismes 

Commentaire de Louis Pascal

2 novembre 2015 à 03:24 PM

Un reflet fidèle est ignorance gratuite de soi.

De mon expérience, l'efficacité d'un aphorisme comme sa pertinence découlent de la capacité à formuler un constat de portée générale, en peu de mots (c'est à dire le moins possible) et autant que faire se peut avec un soupçon d'esprit.
Il semble en aller des aphorismes comme de la dynamique de groupe, au delà d'une quinzaine de mots comme de participants, certains sont exclus et ne contribuent plus au sens partagé.

C'est pourquoi je vous propose une synthèse condensée dont je suis prêt à débattre.

Louis Pascal