Le problème avec le problème

17 septembre 2010 par jerome lecoq

Pourquoi le mot "problème" est-il souvent gommé en entreprise ?

Le problème n’a pas bonne presse dans le monde de l’entreprise. J’ai souvent entendu dire que pour convaincre quelqu’un il valait mieux éviter le mot de problème et lui préférer celui de dysfonctionnement, de solution. Au pire il faut dire petit ou léger problème. De même vous aurez souvent remarqué à quel point quand on demande quelque chose on minimise notre exigence par un "juste" et a fortiori lorsque l’on veut faire une critique, on la met à la fin, après avoir exprimé le côté positif de la chose. On n’ose pas choquer la personne, on ne veut pas provoquer une réaction négative, une résistance.

Pourtant le problème est un appel à notre intelligence, c’est ce sur quoi on va pouvoir se pencher et contre quoi on va pouvoir exercer notre discernement. C’est ce autour de quoi on va pouvoir mobiliser les énergies afin de trouver une solution. Il faudra tout d’abord l’examiner, le définir et pour cela pas de meilleur moyen qu’un croisement des perceptions des différentes parties prenantes puisque souvent le problème est un système avec ses acteurs, ses objets, ses règles et ses exceptions. Et en s’attaquant collectivement à un problème et en découvrant la richesse des différentes perceptions on y trouve d’autres problèmes liés que l’on n’avait pas soupçonnés au départ. Par ailleurs notre perception du problème révèle notre vision du monde, nos intentions et nos présupposés : une baisse des ventes par exemples sera perçue comme un problème de positionnement produit par le directeur des ventes, comme une mauvaise communication des avantages auprès des cibles par la communication, comme un signe d’une tendance plus profonde de la modification des besoins des clients par le marketing, comme un manque de fournisseurs de qualité par le responsables des achats…bref comme le dit l’adage populaire : "chacun voit midi à sa porte". Ainsi le croisement des perceptions nous donnera une compréhension plus grande de la complexité du problème.

Pour le philosophe le problème c’est le début de la pensée parce que c’est l’obstacle qui va faire naître l’étonnement et conduire la pensée à retourner sur elle-même au lieu de filer sur les pentes de l’habitude. Le problème nous surprend, nous arrête, nous interroge. Le philosophe tendra à dire : tiens qu’avons-nous là ? Voilà qui est intéressant…Le manager lui se dira plutôt : est-ce important, est-ce urgent, qui peut le résoudre, à qui pourrais-je confier cette tâche ? Par manque de temps il pourra passer sur le problème sans voir ce qu’il révèle. Le problème peut ainsi renvoyer à autre chose qu’à lui-même, il peut être signe…Le philosophe va "dérouler le fil de la pelote" pour voir où le mène ce problème sans essayer de le résoudre d’emblée, il va en examiner les conséquences. Parfois, souvent même, plusieurs problèmes sont les symptômes d’un même problème sous-jacent. L’ensemble des problèmes se présente alors comme les pelures d’un oignon qu’il faudra éplucher méticuleusement pour en arriver au "cœur "du problème : là on touche à l’essentiel, à la structure du problème.

Commentaire de INARD Denis

22 janvier 2017 à 02:05 PM

Problème, nous précise l'étymologie, serait issu de "Problèma" : terme maritime désignant une "presqu'il ile qu'il conviendrait d'éviter", puis par extension un "chemin semé d'embûches". "Proballein", verbe dont notre "Probèma" est issu, à le sens de "lancer devant" qui se traduirait en latin par "Projicere" lequel dans ses différentes déclinaisons à produit notre "Projet".

Peut-on vivre sans projet ? Peut-on refuser de voir et questionner chemin faisant les "embûches" ? Vivre sans embûches est-ce vivre ?