Le savoir peut-il être une forme de corruption ?

22 mai 2018 par jerome lecoq

 

A priori le savoir ne peut pas faire de mal : dans une économie de la connaissance et du service il est même fortement valorisé. Pourtant celui qui sait, ou qui prétend savoir, peut tomber dans deux pièges majeurs. Le premier c'est, en raison de son savoir, d'être incapable d'écouter et de mettre momentanément à distance son savoir. Son jugement est tellement sûr concernant son domaine d'expertise qu'il ne peut le suspendre, attitude préalable à un questionnement ouvert, authentique et soucieux de la découverte d'autrui.

Celui qui sait, paradoxalement, fait ainsi souvent un piètre pédagogue s'il n'a pas appris à mettre son savoir de côté afin d'être en mesure de questionner autrui pour le transmettre. Plein de son savoir il a tendance à considérer qu'il doit le déverser dans les carafes vides que sont ses étudiants. Mais de nos jours le savoir est partout disponible et l’étudiant n’a que faire d’un monologue qui ne l’interpelle pas personnellement, il peut aussi bien trouver cela en ligne, sous une forme bien souvent plus didactique.

L'autre piège est ce qu'on pourrait appeler un "effet halo" du savoir. Celui qui sait, par exemple un Professeur de Médecine, est tellement auréolé de son statut d'expert qu'il devient imprudent et s'imagine qu'il sait aussi bien dans des domaines où l'expérience lui fait défaut. Trop sûr de lui, il s'aventure dans des domaines où le savoir lui manque. De plus comme il est aussi souvent imbu de lui-même et peu prompt à questionner candidement autrui, il ne sollicitera pas la connaissance de ceux qui savent et pourraient lui apprendre mais sont impressionnés par son statut et n'osent pas lui faire remarquer son ignorance.

J'imagine que chacun pourra trouver dans sa vie professionnelle des exemples de situation où le savoir corrompt les esprits.

Le savoir est un pharmakon : aussi bien remède que poison, il doit être utilisé à bon escient, à petites doses et en réponse au bon problème.

Dans: Dissertation 

Commentaire de Pierre Hotterbeex

27 mai 2018 à 02:53 PM

Les réflexions ci-dessus me paraissent empreintes de bon sens.

Le savoir ne se suffit pas à lui-même et doit être accompagné d'empathie, de pédagogie et de modestie quant à ses limites pour être efficace en dehors de soi-même.

Cependant, il n'en est pas moins vrai, me semble-t-il, que le savoir est indispensable, en particulier pour ceux qui ont une démarche philosophique.

Or cet article semble remettre en cause cette nécessité, ce qui me met plutôt mal à l'aise.