Le syndrome de l'imposteur (2ème partie)

17 septembre 2021 par jerome lecoq

 (Texte de O. Brenifier, traduit de l'Anglais par J. Lecoq)

Ce texte est la deuxième partie d'un article qui en comprendra 4.

2 - Arrogance


L'arrogance est probablement l'une des manifestations les plus courantes du syndrome de l'imposteur. La personne arrogante a des manières excessivement hautaines et insolentes et manque du moindre respect et reconnaissance pour autrui. Un tel comportement révèle un sentiment exagéré de sa propre importance, de son statut ou de ses capacités.

Mais là encore, nous maintiendrons l'hypothèse qu'une telle personne ne peut pas réellement croire ce qu'elle essaie de montrer ou de prouver. Soit parce que la raison opère bon gré mal gré et accomplit son travail critique dans l'esprit du sujet à son insu même, soit parce que divers événements et phénomènes se chargent de saper ce vœux pieux.

"les personnes à faible estime de soi seront des complices inconscientes de l'arrogant"

 

Cette réalité interne sera évidente pour l'observateur externe doté d'un minimum de distance psychologique, mais la plupart des gens étant eux-mêmes affectés par un manque de confiance en eux-mêmes, ils passeront à côté lorsqu'ils seront confrontés à l'arrogant. A leur insu, ils valideront son comportement, ils le prendront pour argent comptant parce qu'ils se sentiront blessés ou insultés : cela activera et révélera en effet leurs propres insécurités, et ils accorderont malgré eux ainsi du pouvoir à l'individu arrogant, qui a besoin d'être cru par les autres puisqu'il a des doutes sur lui-même. Par conséquent, les personnes à faible estime de soi seront des complices inconscientes de l'arrogant, et le système s'auto-entretiendra de lui-même.

Si on lui dit, l'imposteur niera sa propre arrogance, car il lui est trop difficile de la reconnaître, psychologiquement et cognitivement. Mais il y a une ironie tragique : ceux qui l'entourent peuvent voir que l'arrogant masque à peine le besoin de prouver, à lui-même et aux autres, qu'il est digne de respect. Comme nous l'avons déjà dit, ce mode de combat, de survie, est bien visible pour ceux qui savent regarder. Même si, pour le sens commun, il est évident qu'un tel affichage de « confiance », témoigne du fait que la personne a des difficultés avec elle-même, ceux qui sont pris dans leurs propres peurs et préoccupations passeront facilement à côté de cette dimension.

"on agit avec arrogance pour cacher sa faiblesse et son échec, ce qui constitue une caractéristique importante du syndrome de l'imposteur"

 

De fait, l'arrogance est pour cette raison une stratégie de préemption : on agit avec arrogance pour cacher sa faiblesse et son échec, ce qui constitue une caractéristique importante du syndrome de l'imposteur. Dénigrer les autres est donc une stratégie importante pour tenter de survivre, car l'arrogant ne peut pas naturellement et avec confiance se tenir au-dessus des autres, lui-même étant méfiant à son propos. 

Confiance vs arrogance


Ici, il faut distinguer la confiance de l'arrogance, qui sont facilement confondues, à la fois par l'acteur et par l'observateur. En premier nous devons préciser que la personne confiante est à l'aise avec elle-même, elle est plutôt apaisée et joyeuse, elle peut être amicale et empathique, au moins est-elle soucieuse des autres. De plus, la personne confiante recherche des interlocuteurs de valeur qu'elle respectera. Si vous vous sentez bien dans votre peau, vous voulez un bon partenaire d'entraînement pour le dialogue, tout comme dans les arts martiaux, vous voulez être mis au défi et combattre avec un partenaire qui est de votre niveau, voire légèrement au-dessus.

Une personne peu sûre d'elle n'est pas animée par la joie ; elle ne se soucie pas de challenge intellectuel car sa principale préoccupation est de protéger son identité. Elle ne veut pas une interaction réelle avec les autres, mais gagner : et plus l'adversaire est faible, mieux assurée est la victoire. Elle doit donc intimider son interlocuteur.

Ce n'est qu'à travers les yeux d'autrui que l'arrogant peut recevoir une validation afin de croire à l'image qu'il s'est construite

 

L'arrogant a besoin d'en imposer aux autres, d'être « vu » pour se convaincre lui-même, puisqu'il a du mal à croire en sa propre valeur. L'arrogance est un sentiment de supériorité, ou un désir de supériorité, couplée à la peur, à une forte insécurité et au doute. C'est pourquoi la posture arrogante prend des formes exagérées, afin d'être d'autant plus affirmée. Ce n'est qu'à travers les yeux d'autrui que l'arrogant peut recevoir une validation afin de croire à l'image qu'il s'est construite. Mais l'image est fragile et a en permanence besoin d'être réaffirmée par l'autre pour continuer à exister dans cet état de boursouflure.

"toute supériorité qu'il revendique est en réalité minée ou anéantie par son besoin superficiel de se montrer ostensiblement, de "faire le coq"


Même si ce que prétend l'arrogant peut être objectivement vrai (qu'il est supérieur à certains égards à l'interlocuteur), le simple fait qu'il ressente le besoin de l'exprimer aux dépens de son interlocuteur, qui pourrait se sentir blessé ou humilié, révèle une profonde "faille narcissique", une crevasse douloureuse dans l'âme. Il est comme un enfant qui fanfaronne auprès de ses amis ce qui trahit une espèce de complaisance narcissique. Par conséquent, objectivement, toute supériorité qu'il revendique est en réalité minée ou anéantie par son besoin superficiel de se montrer ostensiblement, de "faire le coq".

Bien que le problème pour l'auditeur soit d'évaluer si ce qui semble être de l'arrogance est en réalité un comportement névrotique et compulsif, ou s'il s'agit plutôt de l'expression d'une véritable confiance en soi. Mais comme nous l'avons dit précédemment, s'il est lui-même « insécure », il ne pourra pas porter un tel jugement et apprécier la différence : il est trop préoccupé par ses propres insuffisances.