Les consolations de l'existence : 15 - L'indifférence - L'étranger (Camus)

9 janvier 2018 par jerome lecoq

(Traduction de l’anglais Marie Vilain)

Par Oscar Brenifier

L’être humain souffre. De ses limites, de sa finitude, de la distance entre son être et ses aspirations, de la fracture de son être, éclaté entre diverses aspirations ou pulsions, de la tension entre son individualité et son entourage. Pour compenser, pour traiter sa douleur à défaut de la guérir, nous nous inventons des consolations, diverses manières d’exister qui nous permettent de survivre existentiellement. Certes, on peut aussi nommer cela « projet de vie » ou « manière d’être ». Nous le nommons consolation. Et nous relisons divers auteurs dans cette perspective, afin de comprendre comment chacun de nous se console, chacun à sa façon.

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. ». En présentant Meursault ainsi, dans l’Etranger, Albert Camus montre l’apathie de son héros, et nous plante au cœur de sa philosophie. Le monde n’a aucun sens, nous traversons juste la vie en automates en prétendant que les règles que nous suivons sont ancrées dans la raison, mais nous ne sommes pas dupes. Meursault ne veut pas jouer le « jeu », ou ne peut pas, petite nuance. Et il développe de l’indifférence comme consolation à sa peine.

 

Aux obsèques de sa mère, il n’affiche pas l’attitude attendue du fils éploré. Il refuse de simuler un chagrin qu’il n’éprouve pas. Il s’abstient de regarder le corps, préférant fumer et boire du café près du cercueil. Le lendemain, il va à la plage et rencontre une secrétaire, Marie, avec qui il passe la nuit après avoir regardé une comédie. Rapidement après, elle lui demande s’il veut l’épouser. Il lui répond que ça n’a pas d’importance, mais qu’il accepte.

Puis il aide un proxénète notoire à discréditer et piéger sa maîtresse, une prostituée arabe qu’il a brutalisée. Suite à une bagarre où la police intervient, Meursault accepte d’être un témoin de bonnes mœurs pour l’homme. Plus tard, le frère de la prostituée attaque Meursault qui le tue, de sang froid.

La seconde partie du livre décrit le procès de Meursault. Son détachement général rend sa vie en prison plutôt tolérable, il s’habitue lentement à être restreint et abstinent. Il passe son temps à dormir ou à se rappeler des listes d’objets inutiles. Ses remarques sincères et naïves mettent son avocat mal à l’aise. Pendant le procès, le procureur décrit son calme et sa passivité comme preuve de culpabilité et d’absence de remords. En effet, il ne montre aucun regret mais de l’ennui. Les gens rient même de ses commentaires naïfs. Mais il est condamné à mort.

En fait, Meursault est en colère comme le montre sa crise contre le prêtre qui lui rend visite. Son indifférence est superficielle, elle ne le protège pas vraiment du douloureux sentiment d’absurdité de la condition humaine. De plus il est amer et affirme que personne n’a le droit de le juger pour ses actions ou sa personnalité. Face à la mort, il regrette finalement la vie. Mais il paie le prix de son indifférence.

 

Dans: Consolations