Les consolations de l'existence : 19 - La passion - Premier de cordée (Frison-Roche)

22 mai 2018 par jerome lecoq

 

L’être humain souffre. De ses limites, de sa finitude, de la distance entre son être et ses aspirations, de la fracture de son être, éclaté entre diverses aspirations ou pulsions, de la tension entre son individualité et son entourage. Pour compenser, pour traiter sa douleur à défaut de la guérir, nous nous inventons des consolations, diverses manières d’exister qui nous permettent de survivre existentiellement. Certes, on peut aussi nommer cela « projet de vie » ou « manière d’être ». Nous le nommons consolation. Et nous relisons divers auteurs dans cette perspective, afin de comprendre comment chacun de nous se console, chacun à sa façon.

L'alpinisme comme passion est longuement décrit par Roger Frison-Roche, dans des livres comme « Premier de cordée ». Dans la famille Servettaz, les hommes sont guides de montagne de père en fils depuis de nombreuses générations. Jean aime son métier, mais il sait à quel point la montagne est dangereuse et rêve donc d'un avenir différent pour son fils Pierre : hôtelier. «Ça paye plus et c'est moins risqué.» Ainsi, Pierre est occupé à développer un pensionnat qui promet de se développer et de prospérer. Mais "il pensait sans enthousiasme à sa vie future, il enviait les garçons du coin qui, toute l'année, menaient la vie libre et périlleuse de guide." Il sentait confusément qu'il y avait dans cette profession quelque chose de noble, d'indéfini, qui échappait à la compréhension logique des montagnards, mais qui en faisait des hommes différents, appartenant à un monde mystérieux dont ils connaissaient seuls les secrets.

 

Pierre, respectueux de son père, accepte sa décision. Mais par une ironie du sort, la mort soudaine et tragique de son père lors d'une expédition, exhorte Peter à devenir un guide. Bien qu'après un grave accident au cours d'une ascension périlleuse, son médecin lui annonce qu'il est sujet au vertige et qu'il ne devrait pas être impliqué dans l'escalade. Au début, il est horrifié et le nie. Lorsque le verdict est confirmé, submergé par la nouvelle, il sombre dans l'alcoolisme et s'isole totalement. Mais avec l'aide de Georges, un ami grièvement blessé décidé à devenir guide malgré son handicap, Pierre va passer par le lent processus de surmonter son traumatisme.

Être guide de montagne est un engagement passionnant. Non seulement parce que l’on risque sa propre vie, mais aussi parce que l’on tient celle des autres dans nos mains. Un mélange d’angoisse, de force, de confiance en soi et de fierté. Être premier de cordée signifie arrêter de suivre aveuglément, placidement, et devenir le leader, un battant qui comprend des responsabilités et dont les autres dépendent. Pierre se sentait sculpté pour remplir ce rôle, et la perspective des luttes à venir à mener le remplissait de joie. La perspective d'être privé d'une existence aussi passionnée rendait sa vie sans valeur. Mais la conscience de son aberration demeure, comme le révèle le paradoxe de désirer fortement cette vie pour soi, tout en l'interdisant aux êtres aimés.