Les consolations de l'existence : 4 - L'excitation amoureuse - Madame Bovary

10 octobre 2017 par jerome lecoq

L’être humain souffre. De ses limites, de sa finitude, de la distance entre son être et ses aspirations, de la fracture de son être, éclaté entre diverses aspirations ou pulsions, de la tension entre son individualité et son entourage. Pour compenser, pour traiter sa douleur à défaut de la guérir, nous nous inventons des consolations, diverses manières d’exister qui nous permettent de survivre existentiellement. Certes, on peut aussi nommer cela « projet de vie » ou « manière d’être ». Nous le nommons consolation. Et nous relisons divers auteurs dans cette perspective, afin de comprendre comment chacun de nous se console, chacun à sa façon.

Lorsque l’on est amoureux, on peut avoir des attentes, on peut apprécier ou rechercher certaines valeurs, récompenses, dévouements ou un certain sens. Mais l’une des principales caractéristiques de cette passion est l'excitation, une forme d'intoxication ou d'ivresse, à la fois de l'esprit et du cœur. Gustave Flaubert, dans Madame Bovary, nous propose une description classique de ce phénomène. Le comportement de son héroïne est tellement classique qu'il a même donné naissance à un concept: le bovarysme. Cela décrit une certaine tendance à s’échapper de la réalité en s'imaginant comme le héros ou l’héroïne d'une romance, plutôt farfelue et déconnectée de la factualité d'une situation objective.

La dynamique d'un tel schéma existentiel est plutôt simple: la vie est terne au point que sa monotonie nous fait horreur. Mais cela peut être aussi que la vie est dure et pénible, et que pour soulager sa douleur, on préfère s’inventer un monde.

Ainsi on cherche l'extase de l'amour, et le sentiment de ravissement qu'il peut entraîner. Pour Emma "L'amour doit arriver tout à coup, avec de grands éclairs et des fulgurances - un ouragan de cieux qui tombe sur la vie, la bouleverse, déchire la volonté comme des feuilles et porte à l'abîme tout le cœur. ». Ceci est exactement le contraire de sa vie, bourgeoise, provinciale et ennuyeuse, sans événements ou activités particulièrement intéressantes. L'ennui est une composante nécessaire, image miroir de l'excitation romantique. L'un ne va pas sans l'autre et on ne sait pas celui qui génère l'autre, comme dans le paradoxe de l'oeuf et de la poule.

L'ennui la pousse dans les bras de différents hommes et l'ennui revient quand le rêve s'évanouit. Elle fuit la routine déprimante de son existence, jette son dévolu sur un personnage quelconque, qui l'aime d'abord, puis finit par se lasser de sa présence. L’ennui et les rêves, le marasme et le fantasme, la dépression et la manie marchent main dans la main. Elle rêve de quelqu’un de beau, raffiné et intelligent, dévoué à elle mais bien sûr, elle ne rencontre jamais cette construction mentale parfaite. Elle ne peut rencontrer que déception et désespoir. Bien sûr, après la tristesse vient la colère, avec ces hommes qui non seulement la trahissent mais de surcroît ne la comprennent pas. A moins qu’en réalité ils finissent par la comprendre, ce qui pourrait s'avérer encore pire.

Dans: Consolations