Les psys découvrent le monde dans l'homme

25 octobre 2014 par jerome lecoq

Un récent article du Figaro (les psys s'interrogent sur leur rôle) faisait état de la difficulté croissante des psys à traiter l’intrusion dans la sphère intime des duretés de la vie.

« Avec l'accélération des processus de communication et de changement, les patients n'ont plus le temps de reconstituer leurs ressources intérieures. C'est à une véritable fragmentation du psychisme comme des liens sociaux que nous assistons. Tout praticien doit alors, selon sa méthode, tenter d'y répondre.» nous dit une praticienne.

Or cette fragmentation du psychisme c’est avant tout les psys qui la créent en la divisant entre moi/ca/surmoi pour reprendre la trinité freudienne. Les psys sont aussi déroutés que tous les être humains par les grandes angoisses de l’homme : mourir, souffrir, être responsable de sa vie, être seul, être perdu, être confus et perdre le sens (ce qu’on appelle aujourd’hui ses « repères »). Ce qui est étonnant c’est que c’est seulement aujourd’hui qu’ils commencent à se poser la question : « après tout est-ce que souffrir ne ferait-il pas partie de la condition humaine ? » Dès lors souffrir ne serait plus une injustice contre laquelle le psy nous aiderait à lutter ou à nous défendre et le psy ne devrait pas prendre comme posture idéologique cette « empathie » qui le conduit à nous materner ou paterner selon les cas.

Citons à nouveau l’article : « Alain Valterio, lui, estime que la culture de l'empathie que cela suppose ne suffit pas, voire même qu'elle engendrerait encore plus de confusion: «Mon point de vue est que le mal-être généralisé vient de l'illusion que nourrit “la psyrose”, qu'une vie sans souffrir est possible. Pire que cela: tout le monde devrait être aussi important qu'il l'a été aux yeux de la mère dont le fauteuil du psy avec ses bras grands ouverts en est la métaphore!»

Je trouve que c’est bien qu’un homme de la profession dénonce les dérives de l’empathisme (celui-là est de moi) et de la « psyrose » comme il la nomme avec talent comme étant contre productifs : le monde n’est pas à l’image du cabinet du psy et le monde devrait y faire un peu plus irruption avec ses violences, ses injustices, et…sa liberté. Car si le but du psy est de faire retrouver sa liberté au patient, cela implique par conséquent que sa souffrance l’aliène et le rend incapable d’être responsable, puisque la responsabilité est indissociable de la liberté.

Or cette idée est très discutable voire scandaleuse vous dirait un Sartre. L’homme qui souffre n’en reste pas moins homme responsable et notamment responsable de donner sens à sa souffrance. Or ce n’est pas en le maternant qu’on y arrivera mais en le questionnant et en faisant appel à ses ressources internes, dont la principale s’appelle la raison. Chose que les psys ont un peu tendance selon moi à négliger.

Pour continuer à citer ce décidément pertinent Alain Valterio « Il y a du “non-moi” dans l'être humain. Ça vaut la peine d'aller y voir de plus près. C'est à ça que devrait servir un psy.» Ce «non-moi», c'est aussi ce qui sonne à nos portes, nous imposant d'être conscients de ce qui se passe aussi autour de nous. »

Changez le moi en être et vous obtenez la dialectique de l’être et du néant de Sartre : il y a du non-être dans l’être  et c’est justement cette dialectique qui symbolise le schéma de la conscience. La conscience n’est pas scindée en plusieurs instances séparées comme l’est le psychisme selon les psys : elle est ce qui sous-tend le psychisme. Il est toujours temps de faire appel à elle pour ramener tous les moutons dans la bergerie. Mais il faut y faire appel sans concessions et pour cela le philosophe semble être mieux armé et que le psychologue.

Il est quand même effarant d’attendre qu’un psy dise qu’il y a un monde qui frappe à nos portes et que les psys l’ont ignoré jusque là sous prétexte de ne s’occuper que de l’intime. Ne voient-ils pas que l’altérité se niche au sein de la conscience et que le monde est toujours déjà-là dès que nous pensons. Ils auraient pris conscience, un peu tard, de ce que Platon il y a2500 maintenant et plus près de nous Heidegger et Sartre ne cessent de marteler. La conscience contient de l’autre mais c’est toute sa force de pouvoir se penser, c'est-à-dire à la fois être et ne pas être, être sujet et objet, une tout en étant deux.

Messieurs les psys il est temps de sortit du cabinet et d’aller voir le monde : vous verrez qu’il n’est pas que laid.