L'impatience est la faiblesse du fort

17 novembre 2017 par jerome lecoq

 

"La patience est la force du faible, l'impatience est la faiblesse du fort" (Emmanuel Kant)

Pour moi qui suis impatient la patience est difficile et toujours bénéfique : je ne suis patient que sur un fonds d’impatience. Nous évoluons dans un monde où les gratifications immédiates favorisent la tendance à l’impatience c’est pourquoi il faut apprendre la patience à nos enfants.

J’aime bien voir la patience dans la nature également : je me souviens de ce documentaire animalier où l’on voyait une lionne essayer d’attraper une gazelle pendant des jours. A chaque fois qu’elle échouait elle revenait paisiblement et ne semblait pas perdre patience. Pour les animaux la patience est question de survie : on n’attrape pas une gazelle en se précipitant sur le troupeau, elles vous voient venir de trop loin, il faut développer des stratégies d’attaque.

A ce propos je remarque que la patience n’a de sens que par rapport à des objectifs que l’on s’est fixé à long terme. Je vois beaucoup en consultation des gens qui montrent des signes de fébrilité et d’avidité : ils veulent poser plusieurs questions à la fois, veulent une réponse immédiate, veulent être sûrs de la réponse...bref ils veulent. La patience ou l’impatience n’ont plus lieu d’être dès lors où vous cessez de vouloir. Or dans l’exercice de la pensée il faut arrêter de vouloir pour voir, écouter, comprendre, se risquer à des hypothèses, se surprendre, questionner. Ou alors c’est une forme de vouloir désintéressé, il faut vouloir connaître mais sans posséder, avoir des réponses tout en acceptant leur nécessaire finitude et imperfection, progresser tout en étant prêt à remettre son travail à l’ouvrage.

L’image de la patience c’est Pénélope attendant le retour d'Ulysse en tissant sa tapisserie pendant 20 ans, ou celle d'Edmond Dantès préparant sa vengeance depuis son cachot du château d’If dans Le Comte de Monte Cristo : ce sont des personnages forts qui endurent les épreuves grâce à leur patience. Mais vous remarquerez qu’ils sont plus ou moins forcés à la patience. Ce qui est difficile c’est de s’imposer la patience quand rien ne nous y invite : rien à part la raison qui réfléchit à l’avance aux conséquences de nos actes et nous conseille d’attendre. Mais la voix de la raison est souvent faible et facilement étouffée par mille raisons déraisonnables qui l’emporteront, ces raisons qui sont motivées par la crainte, la colère, l'ambition, l’orgueil...ce que Spinoza appelait les passions tristes.

Le fort qui est souvent impatient finira par s’affaiblir face aux échecs et donc par apprendre la patience car le monde n’est pas à la disposition de notre désir immédiat : cela c’est ce qu’on appelle le Paradis. Cependant un Paradis où l’on baignerait dans la satisfaction éternelle serait quelque peu ennuyeux et l’on finirait par se créer des problèmes ne serait-ce que pour sortir de l’ennui. Celui qui exerce sa pensée en toute occasion n’a pas de raison d’être impatient puisque tout lui vient à point : le monde et autrui sont autant d’occasions pour lui d’exercer sa pensée, de contempler ce qui se trame dans le monde, d’agir au moment propice selon les effets qu’il vise et sans se laisser bercer par “ces deux menteurs” que sont la réussite et l’échec comme l’écrivait Kipling. Celui là est un sage, il est au-delà des concepts de force ou de faiblesse, quoique nous le jugerions plutôt fort eu égard à sa capacité à faire face à tous les événements en philosophe.

Et vous qu’en pensez-vous ?

Dans: Aphorismes 

Commentaire de Michel CARRIERE

18 novembre 2017 à 01:17 PM

Je pose comme hypothèse qu’il n’existe ni fort ni faible dans l’absolu.
Il existe simplement des situations où nous avons pu adopter des comportements adaptés et d’autres où nous avons pas pu le faire.