Ne pas ignorer la force de la nature en nous

31 octobre 2018 par jerome lecoq

 

"Il ne s'avouait rien à lui-même, ni sa jalousie, ni son ressentiment, ni sa frustration. Il niait la nature. Il ignorait le sens, de ces courtes et violentes éruptions, que malgré lui il s'autorisait. Rares éclairs d'une passion maladive et bien cadenassée." (O.B.)

 

Y a-t-il une nature des passions qui sourd en nous ? Devons-nous ignorer, faire taire nos sentiments, nos émotions, nos passions, tristes le plus souvent ou bien faut-il se les avouer à soi-même et aux autres ?

Pour celui qui se veut fort, fier et puissant, avouer ses frustrations et ses ressentiments est une épreuve de se voir faible, petit, mesquin, corruptible, dépendant. Or comme on le sait bien, "chassez le naturel et il revient au galop" : nier cette nature c'est se prétendre surnaturel, divin, au-dessus des hommes, race supérieure. Les Dieux grecs punissaient cette faute du nom d’hybris. Les Dieux non plus d’ailleurs n’étaient pas exempts de passion ce qui les rendait proche des hommes.

Mais s'autoriser ces moments de violence, ces éruptions c'est aussi accepter qu'elles déteignent sur notre environnement, qu'elles fassent du mal aux autres et que ceux-ci en pâtissent. C'est une attitude profondément égocentrique au fond, assez irresponsable. Parler de ses sentiments n'est certes pas facile pour celui qui se veut fort : c'est admettre son impuissance à dompter les forces de la nature. Alors Il préserve son image au prix d’un fort refoulement de ses émotions. S’il acceptait sa faiblesse, il se montrerait certes vulnérable mais plus proche des autres, plus humain et plus généreux. Cela serait le vrai courage.

Mais il est complaisant avec lui-même, il est peureux et prèfère nier la réalité en guise de consolation : le vrai courage consisterait à dire ce qui le traverse, à admettre ses faiblesses à accepter de se connaître même à travers ses éruptions émotives qu'il prend pour des accidents de son âme. Elles ne sont pas accidentelles mais font partie de son système, de son schéma, de son être. Quand il est impuissant il se sent coupable et s'enferme dans sa tour d'ivoire, ignorant les appels des autres, ignorant leurs demandes, se retranchant derrière ses affaires, son travail, prétendant qu'elles seules ont de l'importance. Il se drape derrière sa fierté mais cette fierté n'est que de façade car il a au fond une piètre opinion de lui-même. Il se sent comme un petit enfant qui boude et qui n’arrive pas à ravaler sa fierté pour dire qu’il a peur, est triste ou autre passion triste.

S'il nie ces irruptions c'est qu'il en a honte, elles montrent sa faiblesse, il a l'intuition qu'elles en disent beaucoup sur lui et qu'il ne serait pas prêt à affronter leur message. Il les fuit mais ne peut pas non plus les fuir complètement, il doit les laisser s'exprimer par moments. Pourtant elles sont là en permanence et creusent leur lit dans son être comme un fleuve sur le sol : la faille finira par être tellement grande qu'il ne pourra plus la masquer : ce sera alors soit le grand vide à ciel ouvert soit l’effondrement sur soi en cachette.

Etre jaloux signifie que l'on veut posséder quelque chose que l'autre possède et donc c'est penser que l'autre nous est supérieur, qu'il est mieux loti, plus méritant ou simplement meilleur. La jalousie est une maladie de la comparaison.

Avoir du ressentiment c'est être impuissants à digérer un échec, c’est vouloir le mal pour autrui, c'est une forme de mesquinerie et de petitesse, de bassesse et de rigidité existentielle.

Etre frustré c'est souffrir de ne pas obtenir ce que nous voulons c’est donc montrer notre incapacité à supporter la contrariété par le réel qui se met en travers de notre route.

Admettre ces phénomènes passionnels c’est montrer notre dépendance, notre impuissance, notre faiblesse, notre pauvreté, notre petitesse.

Dans une société qui valorise la force, la puissance, la richesse et la grandeur et la générosité, cela fait beaucoup à admettre pour un seul homme.

Pourtant ces phénomènes émotionnels sont relativement naturels et peuvent survenir tout en étant dépassés. Ils pourraient disparaître rapidement s'ils étaient acceptés puis pensés pour être déconstruits, pour être critiqués puis banalisés et enfin oubliés. Ainsi la prochaine fois qu’ils surviendraient ils prendraient moins de place et libèreraient de leur emprise le Sujet.

Mais ils restent là en travers de la gorge et sont prêt à ressurgir sous forme violente à la première contrariété, au premier obstacle qui viendrait se mettre sur sa route. Malheur à celui qui en fait les frais car cette violence n'épargne personne.

Il ne voulait pas croire que ces éruptions avaient un sens : il ne croit pas à la sismologie, à la tectonique des plaques. Un tremblement de terre survient quand deux plaques souterraines se rencontrent, une éruption volcanique lorsque la pression des gaz est trop forte dans la chambre magmatique. Alors cela explose et libère des quantités colossales d’énergie et de débris dans l’atmosphère. Les projections vont très haut jusque dans la stratosphère et peuvent modifier durablement le climat tout en détruisant toute vie sur leur passage. Pure destruction stérile.

Il ne fait pas très bon vivre aux côtés de ce type d’homme qui à tout moment peut exploser.

ll pourrait pourtant s’il prenait un peu de temps facilement comprendre pourquoi il explose, en quoi ces explosions sont le symptôme d’une maladie puis nommer la maladie et la déconstruire en cherchant les causes et le fonctionnement interne.