Notre corps est-il sage ?

13 novembre 2017 par jerome lecoq

"Il y a plus de sagesse dans votre corps que dans votre philosophie la plus profonde." (Nietzsche)
"There is more wisdom in your body than in your deepest philosophy." (Nietzsche)

Si on considère la sagesse comme le fait de faire ce qui est bon pour nous, alors effectivement on peut donner du crédit à cette critique nietzschéenne de la rationalité. Le goût désagréable d'un aliment m'alerte sur sa potentielle toxicité, en général en tous cas. Ce qui m'est désagréable m'est en général néfaste : la brûlure indique une destruction de mon épiderme et nous avons tous des intuitions que quelque chose ne vas pas quand nous entrons dans une pièce où l’ambiance est tendue. Si nous écoutons notre corps il nous dit en général quoi faire pour notre bien-être et toute douleur est en général une alerte qu'il n'est pas bon d'ignorer.

Cependant notre corps nous trompe aussi lorsqu'il nous fait passer pour agréables des poisons comme l'alcool, le tabac ou les drogues en général. Ou plutôt nous pouvons facilement tromper notre corps en lui donnant des choses qu'il ne rejette pas spontanément alors qu'en toute logique, s'il était un gardien implacable de notre santé, il devrait nous refuser violemment d'emblée ces substances. De même nous pouvons être trompés par nos passions comme lorsque nous tombons amoureux d'une personne qui est manifestement nocive pour nous. Le corps est sage mais facilement aveuglé ce qui le rend vulnérable.

Pour savoir ce qui est bon pour nous, par la pensée, ce que nous pourrions appeler la "sagesse d'une philosophie", il faudrait d'abord se connaître d'une manière aussi objective que le corps se connaît d'une manière intime. En effet seule une connaissance objective de nous-mêmes pourrait nous permettre d’appliquer correctement des préceptes de vie. Or il est très difficile de se connaître de manière objective, comme je le constate chaque jour quand je vois l'expression de surprise de mes clients lorsque je leur dis comment ils sont et le leur prouve. C'est pour cela qu'un tiers de confiance est sûrement mieux placé que notre propre philosophie pour nous conduire dans la vie. Le “connais-toi toi-même” de l’oracle de Delphes n’est pas une invitation à l’introspection mais plutôt à l’extrospection : c’est en étant capable de nous voir tel qu’autrui (et un autrui qui n’a pas d’enjeu à nous voir avec les yeux de l’amour, de la haine ou de l’intérêt, un étranger donc) nous voit que nous pouvons le mieux nous observer de l’extérieur.

Le corps, par l’intermédiaire des émotions, interfère dans notre pensée et vient troubler son objectivité alors que la pensée n'a que peu de pouvoir pour interférer sur ce que nous dit notre corps : ses messages semblent s'imposer à nous.

Alors le corps est-il le plus sage des philosophes ?