Notre faiblesse en miroir

25 septembre 2017 par jerome lecoq

"Leur propre faiblesse les hante. Ils sentent son haleine sur leur nuque. Son odeur les insupporte. Autrui en devient détestable." (O. Brenifier)

Personne n'aime être mis face à ses faiblesses, surtout lorsqu'il essaie de les masquer ou de s'en débarrasser. Surtout lorsqu'il ne les connaît qu'à moitié, en a une vague intuition, mais s'est développé un système de défense propre à les masquer à tout moment. Or autrui les pointe sans même s'en apercevoir, sans le vouloir, lui qui n'a pas de raison particulière de ménager son interlocuteur, lui qui n'a pas d'enjeu dans la relation puisqu'il n'est ni un ami complaisant ni un membre de la famille qui ne veut pas risquer la crise qui provoquerait la rupture peut-être durable.

Mais celui qui connaît bien sa faiblesse, qui la guette à tout moment sans pouvoir vraiment la travailler, celui-là redoute le prochain moment où elle se donnera à voir , où elle sera l'occasion d'un jugement négatif sur sa personne qui l'obligera à se voir tel qu'il est et non tel qu'il s'imagine.

Alors le prochain qui la lui rappellera, il le détestera pour être la cause de cette déception sur lui-même, il haïra le miroir qui lui renverra l'image de sa laideur. Ce dernier en sera tout étonné lui qui ne pensait pas à mal et ne faisait que dire ce qui tombait sous le sens, ce que n'importe qui aurait pu voir aussi bien que lui-même. Comment pouvait-il se douter que le mot qu'il a prononcé était justement celui que l'autre avait banni de son vocabulaire, le concept fantôme qui le hante continuellement et qui le réveille la nuit ?

Cette faiblesse le hante parce qu’il ne l’a pas affrontée, ne l’a pas travaillée de l’intérieur, ne l’a pas explorée : il n’en n’a même pas vu les aspects positifs. Car si nous pratiquons quotidiennement nos faiblesses, c’est parce qu’elles nous arrangent qu’elles nous définissent, qu’elles font partie de notre être-au-monde, qu’elles sont un mode d’existence. Dès lors les ignorer c’est nous condamner à ce qu’elles nous suivent en permanence comme une mauvaise odeur.