Petite et grande Raison

28 avril 2014 par jerome lecoq

Petite et grande Raison ou la raison peut-elle être illogique ?

A l’issue d’un atelier récemment une participante m’a dit que pour comprendre quelqu’un il fallait aussi accepter son illogisme. Elle reprochait à ma pratique d’enfermer les participants dans un questionnement qui n’était que logique et qui, je le suppose, ne prenait pas en compte le coté émotionnel de la personne. En partant de cette critique je me suis alors demandé : la raison peut-elle être illogique ? Evidemment cette formule a toutes les apparences d’une contradiction puisque nous associons généralement ce qui est raisonnable à ce qui est rationnel, cohérent, logique.

 

Dans la pratique philosophique, un des aspects fondamentaux est de relever les contradictions dans le discours d’autrui, d’en faire prendre conscience le sujet et de lui demander de résoudre la contradiction. Mais il arrive fréquemment que le sujet rejette cette contradiction et se refuse même à répondre aux questions, en particulier quand celles-ci sont « fermées » et l’invitent à se positionner, à s’engager. Or la raison nécessite un engagement, pour raisonner il faut s’engager, se risquer à des hypothèses dans l’incertitude et voir où cela peut nous mener. La logique a cela de puissant et à la fois de terrifiant qu’elle nous oblige à prendre position : soit A, soit non-A. Mais le tiers est exclu. Or j’entends fréquemment des participants me dire : « ce n’est pas noir ou blanc, il faut être nuancé ». Mais la question n’est pas là, la question c’est le « monde est-il noir ou autre chose que noir ?». Ce peut être blanc ou gris mais ce peut être multicolore, pourquoi pas. Mais le monde ne peut être à la fois noir et non-noir.

Le problème n’est pas finalement que la raison soit illogique ou pas, le problème est que le sujet ne veut pas s’engager parce que fondamentalement il n’a pas confiance, il a peur de se voir dans les yeux d’autrui. Tous les êtres humains ont accès à la raison et à la logique, hors cas pathologiques. Par conséquent quand quelqu’un devient illogique c’est un bon signe qu’une émotion vient perturber son jugement. Or les émotions ont elle-même une logique pour le sujet, les émotions lui disent quelque chose sur lui-même. Ce sens peut être réintroduit au sein de la logique du sujet. Nietzche parle d’ailleurs de la Grande Raison pour parler de celle du corps par opposition à la petite raison de l’esprit. Et il se peut que la petite raison n’ait pas toujours accès à la grande.

Par conséquent en intégrant petite et grande raison on revient à une cohérence de l’être humain. Car selon le principe de raison suffisante énoncé par Leibniz « tout événement a une raison nécessaire et suffisante de se produire ». C’est cette cohérence que la pratique philosophique se fait fort de mettre au jour.

Commentaire de luc

30 avril 2014 à 02:53 AM

Très beau développement ...

Commentaire de boussaidi

14 mai 2014 à 01:20 AM

BONJOUR:
voila un sujet effectivement très complexe.Dans notre réalité humaine ,j'ai toujours ete "tetillé" par cette notion de la "chose "qu'on appelle LOGIQUE .les mathématiques m'a t-on appris jadis constitue tout ce qu'il y'a de plus logique,et pourtant je demeure sceptique?pourquoi? prenons cet exemple simple: I (au carré)=-1 (bien sur les chiffres complexes)
DITES MOI Où EST LA LOGIQUE LA DEDANS? tout en extrapolant à notre réalité encore une fois. MERCI