Peut-on aimer sa tristesse ?

8 juillet 2019 par jerome lecoq

 

Drôle d'association a priori puisque la tristesse s'oppose à la joie qui est associée à l'amour, “joie qu'accompagne l'idée de sa cause extérieure” comme nous le dit Spinoza. Si la tristesse, encore selon Spinoza, est une "diminution de notre puissance d'exister" alors on ne voit pas bien comment on pourrait aimer ce rabougrissement de l'âme, ce repli en soi. Pourtant on peut y voir une certaine forme de confort : celui ou celle qui se complait dans sa tristesse se réfugie dans son intériorité, peuple son univers mental de ses personnages tristes, se joue et se rejoue sa propre tragédie familière. Il se fait le héros tragique d’une pièce grandiose.

Ce faisant il se donne des excuses pour ne pas faire ce qu'il devrait ou pourrait faire : la tristesse nous arrange bien si elle nous permet de nous dispenser d'obligations fastidieuses ou d'actions qu nécessiteraient un certain courage. La tristesse provoque un repli sur soi qui nous enferme et finit par nous faire perdre la connexion à autrui, au monde voire à nous-mêmes, ou en tous cas à la part rationnelle et puissante de nous-mêmes..

Sombrer dans la tristesse est mortifère parce que la seule issue devient la mort, le point de fuite ultime de cette "chute horizontale" que constitue la vie. La tristesse pointe toujours une absence : de réussite, d'amour, d'intérêt. Pourtant elle est aussi occasion de réflexion sur soi, pour peu que le Sujet rassemble ses forces pour se concentrer sur ce que la tristesse dit de lui-même. Car si la tristesse est absence elle témoigne aussi de notre désir : de reconnaissance, d'amour, de réussite, de compréhension, de lien, d'accomplissements, de sens....

En comprenant notre désir nous pouvons aussi bien le problématiser : est-ce raisonnable de désirer cette chose et de la désire aussi fort, puis-je me satisfaire autrement que par l'objet ou l’être désiré  ? Puis-je remplacer ou sublimer ce désir par un autre plus accessible ou plus sain ?

La tristesse peut aussi être un signal d'alarme nous enjoignant de nous ouvrir à autrui, de nous lancer dans des activités créatrices et motrices au lieu de nous morfondre dans l’impuissance en attendant la compassion ou l’aide de quelqu’un (sans avoir eu à faire l’effort de lui demander de l’aide) : lire ou écrire, peindre, composer une musique...combien d'oeuvres d'art ne sont-elles pas nées de l'âme triste de l'artiste ? Que l'on songe à Victor Hugo qui écrit “Demain dès l’aube…” en mémoire de sa fille Léopoldine morte noyée quatre ans plus tôt, à Baudelaire avec les Fleurs du Mal, aux plus grandes chansons populaires d'amour probablement nées d'un grand chagrin d’amour, aux tableaux de Picasso en réaction au suicide de son ami Casagemas. A toute chose malheur est bon...

Dans: Tristesse 

Commentaire de JJJ777

8 août 2019 à 04:45 AM

Vraiment très intéressant comme point de vue !

Commentaire de Kishu

23 juillet 2020 à 12:47 AM

La tristesse "nous arrange bien" elle nous permet de nous dispenser d'obligations fastidieuses ou d'actions qu nécessiteraient un certain courage.

La tristesse pointe toujours une absence : de réussite, d'amour, d'intérêt.

Je me sens triste de lire ces propos ...

A vous lire elle ne peut provenir que de soit, et non des autres ...

Ne pouvons nous pas être profondément triste à sombré dans ce que nous appelons la "dépression" un simple mot mis sur un phénomène que nous ne nous permettons plus d'accepter dans un monde où nous n'avons plus de place ?

A l'heure d'aujourd'hui nous avons besoin d'un choc puissant pour entendre enfin nos sentiments profonds et plus humains que toutes les lignes que vous pourrez lire ...

La tristesse, c'est la porte parole de l'âme qui regarde notre monde déchiré, c'est celle qui vient vous confié, que plus rien n'a de sens, celle qui lève le voile de l'illusion de ce "bonheur" après lequel toutes personnes court.

C'est celle qui tendrement vous enlace en vous pardonnant ce que vous ne pouvez vous pardonnez car elle comprends mieux que quiconque pourquoi vous en arrivez là.

C'est celle qui vous regarde avec tendresse, et qui, qui que vous soyez, tentera de vous faire prendre conscience que si vous souhaitez réellement accéder au "bonheur" ,celui que vous cherché à travers vos chimères, vous montre la marche à suivre.

Qu'importe ce qu'implique cette route du bonheur, la tristesse vous y guidera tant bien que mal, elle fait de son mieux, comme vous, comme toute partie de vous.

La tristesse doit au même titre que tout vos sentiments, être écouter ...