Plutôt le malheur que l'ennui

28 septembre 2017 par jerome lecoq

"Le malheur leur est nécessaire. Ils ne connaissent meilleur remède contre l’ennui. Ils ignorent cependant que le remède au malheur est l’ennui." (O.B.)

Pourquoi certains considèrent-ils que le malheur est un remède contre l'ennui ? Comment arrivent-ils à plus valoriser le malheur que l'ennui ? Pourquoi l'ennui est-il la chose la pire au monde ?

Probablement parce que l'ennui c'est le vide, le néant et que la nature ayant horreur du vide, ils cherchent à le combler par tous les moyens, y compris le pire.

Dans le malheur il y a souffrance. Mais cette souffrance ne saurait rester silencieuse, privée et intime : il leur faut en faire la publicité, elle se doit d'avoir un côté dramatique voire dramaturgique. Le malheur se scénarise, se met en scène : or quel meilleur remède contre l'ennui que le théâtre avec ses intrigues, ses “coups de théâtre”, ses quiproqui, ses explosions émotionnelles ses scènes d'anthologie ? Qu'il soit comédie ou tragédie, le spectacle de leur malheur les distrait aisément de leur vide.

Mais nous dira-t-on, pourquoi ne recherchent-ils pas le bonheur ? Mais parce que comme disait Rousseau : "Rien ne m'ennuie plus que le bonheur". Le bonheur ne dure jamais parce qu'il est calme, volupté, flux, douceur, torpeur...tout ceci est lisse, sans histoires, sans aspérités, sans dramaturgie...quel ennui que ce bonheur finalement.

Avez-vous jamais vu une bonne pièce ou un bon film dans lequel les personnages sont heureux du début à la fin ? Pourquoi les journalistes s'intéressent aux choses qui vont mal dans ce monde et pas à celles qui vont bien ? J'entends toujours ces gens qui s'en plaignent : mais ils sont les premiers à lire des polars, à rechercher le sensationnel.

Le malheur leur est nécessaire pour ne pas s'ennuyer. Il leur faut dire du mal, faire du mal, vivre le mal plutôt que d'affronter le mal des maux, le grand Mal : l'Ennui.

Mais arrêtons-nous y un peu ? Qu'y a-t-il de si terrible dans l'ennui que nous n'acceptions d'y séjourner même un instant ? Est-ce l'ennui qui nous ennuie ou bien ce qu'il laisse survenir ?

S'ennuyer signifie n'avoir rien à faire, n'être intéressé à rien, avoir une diminution de la "puissance d'exister" comme le dirait Spinoza. De ce point de vue il serait une forme de tristesse, de dépression, de rabougrissement de l’âme. Quand on s’ennuie on n’est pas dans les choses, on n’est pas dans le monde, on n’est nulle part. A ce moment, quand l’intellect n’a plus rien à quoi appliquer ses catégories, quand aucun problème ne vient attirer son attention, aucune résistance sur laquelle la pensée pourrait s’appuyer pour se construire et se développer, à ce moment l’imagination prend le relais et nous commençons à rêvasser, à rêver éveillé.

C'est l'élève en classe pour qui le soliloque du maître commence à se perdre dans un arrière fonds sonore indifférencié qui le berce. Certains s'endorment ce qui est un remède certes radical mais efficace contre l'ennui. D'autres laissent leur imagination vagabonder et se font des films dans leur tête, ils regardent par la fenêtre et s'amusent à regarder les pigeons avec leur drôle de démarche et voient des formes d'animaux dans les nuages.

D'autres encore cherchent à attirer l'attention sur eux en embêtant leurs voisins, en lui jetant une boulette dans le cou ou en faisant tomber son stylo exprès ou encore en poussant son coude pour qu'il fasse des ratures, jusqu'à ce qu'une mini-crise l'oblige à se calmer et à s'ennuyer à nouveau.

S'ils acceptaient de s'ennuyer, de passer outre l'inconfort de se retrouver face à eux-même sans avoir rien à faire ni rien à penser ni rien à expérimenter ni rien à consommer alors ils commenceraient à se poser des questions, à commencer par la plus essentielle : "pourquoi est-ce que je m'ennuie ?" Puis ils commenceraient à regarder le monde d'une manière différente, en observant le relief des choses et en se demandant leur raison d'être. Ils se demanderaient : “pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?”. Et comme ils verraient qu'il y a quelque chose et qu’ils sont bien là pour le percevoir, ils se demanderaient encore : ‘quel sens puis-je donner à tout cela ? Qu'est-ce que je pourrais bien faire de toute cette existence que l'on m'a donnée sans mode d'emploi ?" Ils ne seraient pas plus malheureux mais il seraient curieux, pas tristes ou déprimés mais intellectuellement éveillés et esthétiquement attentifs à la beauté du monde. Ils convertiraient leur regard de l'utilitarisme à l'esthétique.

 

Dans le malheur il y a souffrance. Mais cette souffrance ne saurait rester silencieuse, privée et intime : il leur faut en faire la publicité, elle se doit d'avoir un côté dramatique voire dramaturgique. Le malheur se scénarise, se met en scène : or quel meilleur remède contre l'ennui que le théâtre avec ses intrigues, ses “coups de théâtre”, ses quiproqui, ses explosions émotionnelles ses scènes d'anthologie ? Qu'il soit comédie ou tragédie, le spectacle de leur malheur les distrait aisément de leur vide.

Mais nous dira-t-on, pourquoi ne recherchent-ils pas le bonheur ? Mais parce que comme disait Rousseau : "Rien ne m'ennuie plus que le bonheur". Le bonheur ne dure jamais parce qu'il est calme, volupté, flux, douceur, torpeur...tout ceci est lisse, sans histoires, sans aspérités, sans dramaturgie...quel ennui que ce bonheur finalement.

Avez-vous jamais vu une bonne pièce ou un bon film dans lequel les personnages sont heureux du début à la fin ? Pourquoi les journalistes s'intéressent aux choses qui vont mal dans ce monde et pas à celles qui vont bien ? J'entends toujours ces gens qui s'en plaignent : mais ils sont les premiers à lire des polars, à rechercher le sensationnel.

Le malheur leur est nécessaire pour ne pas s'ennuyer. Il leur faut dire du mal, faire du mal, vivre le mal plutôt que d'affronter le mal des maux, le grand Mal : l'Ennui.

Mais arrêtons-nous y un peu ? Qu'y a-t-il de si terrible dans l'ennui que nous n'acceptions d'y séjourner même un instant ? Est-ce l'ennui qui nous ennuie ou bien ce qu'il laisse survenir ?

S'ennuyer signifie n'avoir rien à faire, n'être intéressé à rien, avoir une diminution de la "puissance d'exister" comme le dirait Spinoza. De ce point de vue il serait une forme de tristesse, de dépression, de rabougrissement de l’âme. Quand on s’ennuie on n’est pas dans les choses, on n’est pas dans le monde, on n’est nulle part. A ce moment, quand l’intellect n’a plus rien à quoi appliquer ses catégories, quand aucun problème ne vient attirer son attention, aucune résistance sur laquelle la pensée pourrait s’appuyer pour se construire et se développer, à ce moment l’imagination prend le relais et nous commençons à rêvasser, à rêver éveillé.

C'est l'élève en classe pour qui le soliloque du maître commence à se perdre dans un arrière fonds sonore indifférencié qui le berce. Certains s'endorment ce qui est un remède certes radical mais efficace contre l'ennui. D'autres laissent leur imagination vagabonder et se font des films dans leur tête, ils regardent par la fenêtre et s'amusent à regarder les pigeons avec leur drôle de démarche et voient des formes d'animaux dans les nuages.

D'autres encore cherchent à attirer l'attention sur eux en embêtant leurs voisins, en lui jetant une boulette dans le cou ou en faisant tomber son stylo exprès ou encore en poussant son coude pour qu'il fasse des ratures, jusqu'à ce qu'une mini-crise l'oblige à se calmer et à s'ennuyer à nouveau.

S'ils acceptaient de s'ennuyer, de passer outre l'inconfort de se retrouver face à eux-même sans avoir rien à faire ni rien à penser ni rien à expérimenter ni rien à consommer alors ils commenceraient à se poser des questions, à commencer par la plus essentielle : "pourquoi est-ce que je m'ennuie ?" Puis ils commenceraient à regarder le monde d'une manière différente, en observant le relief des choses et en se demandant leur raison d'être. Ils se demanderaient : “pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?”. Et comme ils verraient qu'il y a quelque chose et qu’ils sont bien là pour le percevoir, ils se demanderaient encore : ‘quel sens puis-je donner à tout cela ? Qu'est-ce que je pourrais bien faire de toute cette existence que l'on m'a donnée sans mode d'emploi ?" Ils ne seraient pas plus malheureux mais il seraient curieux, pas tristes ou déprimés mais intellectuellement éveillés et esthétiquement attentifs à la beauté du monde. Ils convertiraient leur regard de l'utilitarisme à l'esthétique.

Dans: Aphorismes