Pourquoi ne veut-on pas être compris ?

19 juillet 2016 par jerome lecoq

Connaissez-vous beaucoup de gens qui vous disent : "moi je suis facile à comprendre, je ne suis pas compliqué" ? Moi j'en connais très peu.

J'en rencontre beaucoup en revanche qui se font une fierté de n'être compris par personne et peut-être même pas par eux-mêmes.

Pourquoi ?

 

La première hypothèse que je propose est qu'ils ont peur de découvrir qui ils sont. Ils ont nécessairement une intuition de leur manière d'être, de leurs qualités et de leurs défauts. Mais cette intuition ne leur plait guère car ils ont pour modèle autre chose, ils voudraient être très intelligents, surdoués, ou bien ouverts, tolérants, bienveillants, charismatiques, généreux, gentils. Alors dès que quelqu'un leur dit qu'il les a compris cela leur parait suspect car ils ont peur que l’image qu’ils se sont forgée ne vole en éclats. Leur phrase favorite est "tu ne m'as pas compris », « ce n'est pas ce que je veux dire », « pas nécessairement ». Ils ne s'engagent que lorsqu'ils y sont obligés car leur engagement trahirait leurs croyances. Et ces croyances les montrent tels qu'ils sont et pas tels qu'ils voudraient être. Ils chipotent sur le moindre mot lorsque vous leur parlez d'eux-même car "ils sont plus profonds que cela". Le mystère leur sert de paravent pour cacher ce qu'ils ne veulent pas voir. Dans cette catégorie on trouve souvent les timides qui cachent souvent un ego très fort : ils ont peur de parler en public car cela permettrait à autrui éventuellement de les critiquer et ils ne pourraient pas supporter cela, ils n'ont pas assez de distance avec eux-mêmes, ils sont « pleins d’eux-mêmes ».

ils s’estiment eux-mêmes à travers autrui qui n’est qu’un faire-valoir pour leur amour-propre

La deuxième hypothèse est qu'ils ne se comprennent effectivement pas eux-mêmes. Mais dans ce cas pourquoi ne prennent-ils pas comme un cadeau les jugements que peuvent leur faire autrui sur eux ? Si on refuse un jugement sur soi c'est nécessairement que cela vient contredire notre propre jugement et par conséquent que l'on pense se connaitre. Cette hypothèse ne tient donc pas la route. A moins qu'ils ne fassent pas confiance à autrui pour produire un jugement sur eux car autrui n'a pas l'expertise ni la reconnaissance suffisante pour se permettre de tels jugements. Ils n'acceptent les jugements sur eux-mêmes que de la part de ceux qu'ils estiment déjà. Mais s'ils les estiment c'est peut-être justement parce qu'ils les jugent favorablement, c’est donc une estime complaisante : ils s’estiment eux-mêmes à travers autrui qui n’est qu’un faire-valoir pour leur amour-propre.

Ils pensent au contraire très bien se connaitre et ils défendront becs et ongles tous les jugements qui confortent cette opinion et refuseront celles qui s'y opposent. Bizarrement ils peuvent aussi défendre une image d'eux-meme qui soit plutôt connotée négativement en société. Ils peuvent se voir comme égoïstes, comme méchants par exemple. Et ils ne voudront pas qu'on leur montre le contraire non plus. Derrière toute construction mentale que nous nous faisons il y a une raison, il est nécessaire que nous y trouvions notre compte. Soit c'est par peur du vide ou pour masquer ce que nous ne connaissons que trop bien.

Tout se passe comme si en les comprenant on emprisonnait ces personnes, ou on les tuait symboliquement. D'ailleurs peut-être que ces gens ont déjà passé beaucoup de temps à réfléchir sur eux-mêmes, non pour la connaissance elle-même mais plutôt pour réduire une souffrance. Quel serait le rapport entre la souffrance et le refus qu'autrui vous comprenne ? Peut-être qu'ils ont honte de ce qu'ils sont, qu'ils pensent être l'objet d'une malédiction quelconque, qu'ils ont des pensées inavouables et qu'ils essaient de les réprimer, de les refouler et que quiconque les questionne sur eux risque de mettre au grand jour leur terrible secret.

il est fréquent que nous revendiquions une part de mystère dans notre être, une part d’insondable

Peut-être qu'ils pensent que personne ne peut les soulager de cette souffrance et que par conséquent ils ne voient pas l'intérêt de laisser quiconque s'en approcher.

Peut-être enfin ont-ils fini par apprivoiser voire par aimer cette souffrance et penser qu'elle fait partie de leur identité.

Quoiqu’il en soit il est fréquent que nous revendiquions une part de mystère dans notre être, une part d’insondable. Le croyant n’a pas cette prétention puisqu’il sait qu’au moins une entité voit clair en lui, Dieu. Dieu connait tout et on ne peut rien lui cacher, même au plus profond de ses pensées les plus inavouables. La confession a surement dû jouer un rôle éminemment cathartique pour les consciences individuelles. La confession moderne et laïque c’est le divan du psy. Mais le psy peut-il mieux nous connaitre que Dieu ? Le psy prétend-il mieux nous connaitre en théorisant le moi divisé en plusieurs instances impliquées dans une lutte incessante ?

Il parait clair en tous cas que cette volonté de préserver un mystère de notre âme peut cacher soit un vide existentiel et conceptuel, un manque d’intérêt pour les choses de l’esprit en général, ou une fuite de soi par peur de voir ce qui nous déplaît.

Il n’est pas étonnant que l’homme moderne recherche à remplacer la perte de la transcendance par une autre forme d’absolu : une intensité des expériences du plaisir, une multiplicité d’activités à en donner le tournis ou au contraire un retrait momentané du tourbillon du monde pour méditer et « se retrouver » pour mieux se perdre dans leur puits sans fond.

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