Que le dialogue est difficile

9 janvier 2015 par jerome lecoq

Le dialogue est difficile. Ceux qui n’apprécient pas la rationalité ont raison, sans raisons aucunes. Ceux qui se targuent de rationalité trouvent toujours d’excellentes raisons d’avoir raison. (Oscar Brenifier)

 

Nous aimons souvent avoir raison. Pourtant la raison se soucie bien peu de l’amour et c’est là où le bat blesse. Celui qui veut avoir raison est prêt à tout, y compris les pires forfaitures avec la raison, les pires procédés rhétoriques et la pire mauvaise foi. Et plus ils veulent avoir raison et moins ils entendent raison. La crainte de perdre la face, de perdre le suffrage d’autrui, de voir leurs arguments démontés leur donnera une énergie débordante pour rallier les autres à leur point de vue, quitte à user de stratagèmes de séduction, pour accumuler les pseudo-arguments comme le font les avocats ou les hommes politiques, avec brio d’ailleurs. La rapidité, l’accumulation et la déstabilisation est leur stratégie d’attaque, l’enfumage leur défense. Et si vous leur montrez leur stratégie ils vous prendront par les sentiments en vous injuriant.

La rationalité dont ils se targuent n’est qu’une rationalisation, une justification a posteriori de l’opinion qu’ils se sont déjà forgée.

Peut-être alors faut-il mieux faire confiance à ceux qui n’avancent aucune raison et s’en tiennent à leur ressenti, à ce que leur dicte leur cœur ou leur intime conviction. Mais comment argumenter avec des gens pareils ? Comment partager un sens qui n’est valable que pour eux puisque « le cœur a ses raisons que la raison ne connait pas » ? Et pourtant eux aussi estiment avoir raison. Encore n’ont-ils pas la prétention de convaincre les autres : ils veulent juste que nous soyons touchés par leurs sentiments et que nous les croyions sincères. Car pour eux la sincérité et la vérité sont une seule et même chose.

Pourtant les deux ont un point commun : chacun se recroqueville dans son intériorité, dans sa subjectivité. Difficile de dialoguer en effet quand chacun reste dans son coin, dans sa bulle. 

Dans: Aphorismes 

Commentaire de Louis Pascal

2 novembre 2015 à 03:14 PM

Sans raison ou avec la meilleure du monde, le dialogue est difficile.

De mon expérience, l'efficacité d'un aphorisme comme sa pertinence découlent de la capacité à formuler un constat de portée générale, en peu de mots (c'est à dire le moins possible) et autant que faire se peut avec un soupçon d'esprit.
Il semble en aller des aphorismes comme de la dynamique de groupe, au delà d'une quinzaine de mots, certains sont exclus et ne participent plus au sens partagé.

C'est pourquoi je vous propose une synthèse condensée dont je suis prêt à débattre.

Louis Pascal