Sommes-nous obsédés par les résultats ?

19 décembre 2020 par jerome lecoq

 

OUI

1 - Oui parce que nous faisons en général les choses pour qu'elles soient utiles. Par exemple je lis un livre parce que je veux des conseils pour mieux organiser mon temps. Si je ne trouve rien d'utile je vais commencer à craindre de perdre mon temps à lire ce livre et la crainte va m’obséder sur le fait de trouver quelque chose d’utile.

Concept : crainte, utilité.

 

2 - De manière générale plus j’investis dans une activité (temps, énergie, argent, espoir…) et plus je suis intéressé à son résultat, à ce qu’elle peut produire, jusqu’à l’obsession lorsque j’investis mon existence dans une recherche, une entreprise, un processus de production.

Concept : enjeu.


3 - En entreprise on est obsédé par le résultat car c'est sur le résultat qu'est évalué la performance et donc les rentrées d'argent et donc la survie de l'entreprise. Cela nous ferme à beaucoup d’autres aspects du travail.

Concept : survie


4 - Les étudiants sont obsédés par le résultat, les sportifs, tous les protagonistes d'un système compétitif qui évalue les acteurs à partir de notes, de classements, de chronomètres, de barèmes. Un sportif professionnel n’existe qu’en fonction de ses résultats, son existence dépend de ses résultats, ce qui en fait une obsession.

Dans ce domaine l’obsession n’est pas un problème, c’est plutôt une bonne chose car elle garantit le plein engagement de l’athlète dans sa mission et sa détermination sans faille à poursuivre ses objectifs. L’obsession des résultats est consubstantielle à la pratique du sport de haut niveau, comme à la direction d’une entreprise dont les actionnaires attendent un retour sur investissement.

Concept : performance.


5 - Oui les homme politiques sont obsédés par les résultats des élections qui déterminent leur accès ou leur exclusion de l'exercice du pouvoir, qui est leur raison d'être.

Concept : démocratie.


NON


1 - Non les artistes ne sont pas obsédés par le résultat mais prennent beaucoup de plaisir au processus même de création ce qui en général concourt à un meilleur résultat. Ils peuvent être déçus du résultat mais cela n'enlève pas l'expérience acquise par le geste artistique.

Concept : art.


2 - Non, en art martial il faut se concentrer sur le geste plus que sur le résultat. On apprend à se détacher du résultat en se concentrant sur la pureté du geste et contribue mieux au résultat, paradoxalement, comme dans l'art du tireur à l'arc Zen.

Concept : mouvement, geste, vide.


3 - Un enfant qui joue n'est pas obsédé par le résultat mais plus par le fait de jouer, de se mettre dans la peau d'un personnage, de jouer au cowboy par exemple et d'interagir avec ses camarades.

Concept : jeu.


4 - Dans la pensée non plus il ne faut pas être obsédé par le résultat car celui-ci vient en même temps que les liens logiques se font. Le résultat de la pensée ne vient pas avant la pensée car c'est contradictoire. Penser est un processus qui produit des idées, des arguments, des hypothèses mais on ne peut pas penser au résultat de la pensée puisque cela court-circuiterait la pensée elle-même, la figerait.

Concept : pensée.

Synthèse


Il est important, lorsque l'on fait un travail, surtout en équipe, de se donner un objectif si possible mesurable et réaliste, afin de se motiver sur un niveau de performance souhaitable. Cela permet de fixer un cap à l'action et de mobiliser les énergies. Cependant le résultat ne devrait pas devenir une obsession car une obsession est mortifère : elle fige la pensée et le comportement, empêche toute adaptation aux circonstances changeantes, conduit le Sujet à la rigidité cognitive et émotionnelle (on devient insensible à tout ce qui ne contribue pas directement au résultat).


Or, et dans la pensée, notamment, l’obsession est un aveuglement qui nous ferme à ce qui survient dans l’événement, à autrui et même à nous-même.
Toute atteinte d'un résultat est conditionnée par des coûts : il y a des couts financiers, matériels mais aussi des couts humains comme la fatigue, la perte de motivation, le gaspillage d’énergie, l'harmonie du groupe etc. Nous comprenons bien que dans des environnements contraints et concurrentiels comme l'entreprise, les résultats soient une valeur fondamentale car condition de survie de l'entreprise, de la confiance des actionnaires, de la qualité des employés, des produits et services etc. Cependant toute obsession a ses nombreux angles morts et peut aussi amener à rater des opportunités.


Dans le domaine de l'éducation par exemple on ne peut pas se contenter de mesurer des notes à un examen, ou alors il faut élargir la notion de résultat à des choses beaucoup plus qualitatives comme l'attention à autrui, la capacité logique.


Même si l’obsession du résultat peut être une bonne ligne de conduite pour un entraineur, un athlète de haut niveau, un manager ou un chef d’entreprise car elle garantit sa détermination sans faille et permet d’engager la confiance de ses partenaires, l’obsession pour les résultats comme toute obsession est un appauvrissement de l’existence puisqu’elle nie tout ce qui n’est pas résultat : harmonie, découvertes hasardeuses (sérendipité), création artistique, innovations, apprentissage, pensée, ouverture.

Lorsqu’on veut trop atteindre un but, on finit par le rater parce qu’on se fige, on se met trop de pression ce qui nous rend anxieux, rigides et nous fatigue.


Le résultat est ce qui est extérieurement mesurable et permet d’objectiver notre production dans un système concurrentiel où plusieurs producteurs sont en concurrence. Il permet ainsi de hiérarchiser les acteurs en performants et non-performants, entre bons et mauvais, entre gagnants et perdants. Cela permet de procéder à un classement qui organise un système prétendument au mérite, individuel ou collectif d’ailleurs. Le résultat est ainsi meilleur pour le système ainsi que pour les acteurs qui le composent qui peuvent s’évaluer en comparaison aux autres.


Le problème avec le résultat c'est qu'il ne faut pas le confondre avec la fin ou l'intention. On peut être obsédé par notre intention de bien faire une action en faisant tout ce qu'il faut pour bien l'appliquer, y compris de lâcher la volonté d'atteindre un résultat pour se concentrer uniquement sur les fins, sur l'intention. Mais si on s'obsède sur le résultat alors on veut contrôler quelque chose dont une part nous échappe nécessairement.

Si je fais le geste parfait pour envoyer ma flèche avec mon arc mais qu'un coup de vent l'emporte au-delà de la cible alors je n'aurai rien à me reprocher. S'obséder sur le résultat reviendrait à vouloir que rien ne vienne, à l'extérieur, perturber mon projet ou mon intention. Or vouloir cela est une forme de folie, de démesure, d’hybris, de toute-puissance ou encore de pensée magique. Et cela est en général puni par les Dieux et par la réalité si nous ne sommes pas croyants. Nous risquons d’en former une culpabilité illégitime alors que nous devrions juste accepter de ne pas tout maitriser