Trouver son meilleur ennemi

30 décembre 2018 par jerome lecoq

 

Amis

"Les amis sont faits pour confirmer ce que vous pensez de vous-même. Penser est fait pour vous faire découvrir ce que vous ne pensez pas de vous-même. Les amis sont plus amicaux que la pensée." (O. Brenifier)

On préfèrera toujours aller discuter avec ses amis plutôt que de penser avec eux. Nos amis viennent confirmer ce que nous pensons déjà de nous-mêmes. Cela même que nous n'aimons pas de nous mais que nous savons néanmoins, ils nous le confirment aussi. Nos amis connaissent nos défauts et nous aussi. Ils choisissent de les accepter, de les mettre de côté et de se concentrer sur ce qu'ils aiment chez nous. Nous faisons exactement la même chose avec nous-mêmes et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Le pire que vous puissiez faire avec votre ami c'est de penser avec lui. Vous lui demanderez de vous dire des choses sur vous-même que vous ignorez : pour cela il aura fallu qu'il vous mette à l'épreuve parce que seule l'épreuve nous révèle à nous-mêmes. Or ce sont plutôt nos ennemis qui nous mettent à l'épreuve : avec des amis on a pas envie de se confronter, d'affronter les parties inconnues de nous-mêmes. Qui sait ce que l'on pourrait trouver sous la surface, peut-être des choses qui obligeraient notre ami à nous fuir, ou pire, qui lui donneraient la clé de notre être ? Les amis sont les dernières personnes au monde dont nous voulons qu'elles nous comprennent : la seule chose que nous leur demandons c'est de nous confirmer ce que nous pensons de nous, généralement en toute complaisance.

Si vous demandez donc à votre ami de vous dire sur vous-même quelque chose que vous ne savez pas vous le mettrez dans l'embarras parce qu'il ne vous connaît pas mieux que vous-même. Seul l'étranger ou l'ennemi peut vous connaitre mieux que vous-même lui qui n'a aucun enjeu avec vous, qui ne souhaite pas vous ménager, vous plaire ou se faire confirmer ce qu'il sait de lui (puisque vous ne le connaissez pas). C'est la raison pour laquelle ceux qui craignent les étrangers craignent avant tout de se voir en miroir, raison pour laquelle ils préfèrent s'entourer d'amis. Les amis font un bon écho à notre ego. Seul l'homme qui se connaît n'a pas d'amis et ne peut en avoir. Ou alors tous les hommes sont ses amis, sans exclusive, puisque chacun lui apprend quelque chose sur lui. Pour n'avoir que des amis il faut n'en avoir aucun.

Celui qui n'a pas d'amis en a quand même un : lui-même, et c'est la raison pour laquelle, dans un renversement dialectique, il est prêt à faire de tous les hommes ses amis. Il n'a plus rien à craindre car il ne demande pas confirmation de ce qu'il sait déjà : il ne cherche pas à se voir dans le regard d'autrui parce qu'il sait, pourquoi irait-il voir un dégradé, l'image ?

Penser vous apprend ce que vous ne saviez pas sur vous car cela vous met à l'épreuve de vous-même, cela vous fait sortir de vous-même comms si vous cessiez de vivre pour un instant.

Or naturellement, ce que nous ne savons pas de nous en général c'est ce que nous ne voulons pas savoir, ce que nous rejetons, repoussons, nions ou refoulons parce que nous le jugeons négatif d'une manière ou d'une autre, selon les critères que nous avons adoptés plus ou moins consciemment.

On peut bien s'en accommoder me direz-vous et continuer comme cela jusqu'à la fin de ses jours. Pourtant celui qui valorise la vérité et l'authenticité ne pourra faire l'économie de cette confrontation à lui-même. Qui plus est il y a fort à parier que ce que nous prenons tant de soin à rejeter dans un coin de notre conscience, autrui nous le rappellera cruellement et violemment à l'occasion d'un conflit.

D'un point de vue purement pragmatique, nous avons donc tout à gagner à prendre les devants et à découvrir ce que nous ignorons de nous-mêmes en sollicitant un questionneur non complaisant : par exemple j'ai appris pour ma part des choses désagréables sur moi que je n'ai pas acceptées de gaieté de coeur. J'en ai voulu à celui qui me les a montrées : il a été et reste mon meilleur ennemi. Je dis bien qu’il me les a montrées c’est pourquoi je n’ai pas pu les ignorer après avoir vu.

C’est bien l'inconvénient (ou l’avantage c’est selon) avec la conscience : il y a un avant et un après, on ne peut plus revenir en arrière et faire comme si on ne savait pas. La conscience marque tout ce qu'elle touche d'une pierre blanche.

Pour les courageux adeptes de la vérité il faut accepter de penser en se faisant questionner et c'est (en général) moins agréable qu'une soirée entre amis. Alors avant de vous préparer à passer le réveillon avec des amis, pourquoi n'iriez-vous pas chercher des inconnus ou des ennemis ? Vous commenceriez peut-être la nouvelle année en apprenant quelque chose sur vous-même. N’est-ce pas ce que l’on peut vous souhaiter de meilleur pour la Nouvelle Année ?