Twitter et Spinoza

14 décembre 2011 par jerome lecoq

Pourquoi Spinoza aurait sûrement utilisé Twitter

Sur les réseaux sociaux on voit beaucoup de gens qui participent mais dont on ne connaît pas clairement les intentions. Si certains réseaux affichent clairement la couleur comme les réseaux professionnels (sur viadeo ou linked in on est là pour trouver des clients, pour se faire recruter, pour se faire reconnaître comme personne influente dans un réseau professionnel) pour d'autres comme facebook ou twitter les choses me paraissent plus floues.

Prenons un exemple : je vois ce matin une personne très connue du monde du web qui nous annonce qu'elle se réveille en famille à la montagne après une semaine de travail bien chargée. Si on admet le présupposé que toute communication véhicule une intention quelle pourrait être celle de ce monsieur ?

- peut-être veut-il signifier à ses relations professionnelles qu'il ne veut pas être dérangé en vacances mais alors pourquoi le dire également à des personnes qui ne travaillent pas avec lui ? (comme c'est mon cas)

- peut-être veut-il partager sa joie de se sentir en vacances après avoir accompli une tâche importante ? Or il est vrai que la joie est communicative et comme dirait Spinoza "augmente notre puissance d'exister". Donc on a envie de le dire au monde entier. C'est là que Twitter peut venir remplir une fonction de medium entre nous et le monde puisque dans ce monde se trouvent des gens qui nous sont totalement inconnus, comme je le suis aux yeux de ce monsieur. Avec Twitter c'est un peu comme si je lançais une bouteille à la mer en espérant que des inconnus vont suivre cette bouteille et voir ce qu'elle contient de mon être. Il y a là un geste philosophique puisque c'est un lâcher-prise sur ce que peuvent penser les gens dans le seul but d'augmenter ma puissance d'exister en communiquant cette joie au plus grand nombre.

A sa place, comme j'ai projeté à cette occasion mes propres peurs, je me serais dit : "mais qui diable est-ce que cela peut intéresser que je passe mes vacances au ski avec ma famille ?" D'autant plus que je risque de créer de la jalousie chez ceux qui n'ont pas les moyens ou la possibilité de passer une semaine à la montagne en cette période de ski. Mais non cette personne, dans une disposition d'esprit positive, s'est probablement plutôt dit : "je vais partager mon bonheur et je ne me soucie pas de ce que penseront les envieux." Puis je me suis demandé également si cette personne aurait également utlisé Twitter pour dire : "aujourd'hui je me lève sans avoir rien à faire, ma femme vient de me quitter et je crois que je vais me servir un verre". Autrement dit utilise-t-on Twitter également pour déballer ses états d'âme, ses coups de déprime etc, faisant de cette outil une gigantesque tribune pour nos épanchements affectifs humains, trop humains comme dirait Nietzsche ? Le peu que j'ai vu de twitter me fait plutôt répondre par la négative. Ce qui d'ailleurs nous ramène à Spinoza puisque que toutes les affections qui sont liées à la tristesse au contraire diminuent notre puissance d'exister, donc mieux vaut les surmonter, les transformer, les transvaluer plutôt que de les communiquer. Car communiquer sa tristesse, à quoi cela pourrait-il servir sinon à faire plaisir aux envieux et à provoquer la compassion de nos semblables, donc à diminuer également leur puissance d'exister ?

Donc si, en voyant ce tweet ma première réaction fut de me dire "quel vide de la pensée, qu'est-ce que cela peut bien me faire qu'il soit à la montagne !", en suspendant mon jugement comme nous le recommande ce bon vieux Descartes  je me suis fait deux nouvelles réflexions :

- c'est toi qui as voulu suivre ce monsieur donc ne projette pas tes attentes sur ses propos : donc c'est à toi de donner tes intentions quand tu suis une personne"

- finalement ce monsieur est plus philosophe que toi car il applique un principe spinoziste (peut-être sans le savoir)

Donc merci monsieur du web pour cette belle leçon !