Dialogue : vivons-nous pour être heureux ?

30 juin 2014 par jerome lecoq

Ce diaogue entre un philosophe et un élève tente de répondre à la question récemment posée au bac : "Vivons-nous pour être heureux ?"

 

- Penses-tu que nous vivons pour être heureux?

- je ne sais pas…c’est quoi être heureux ?

- euh…

- ta réponse me fait dire que tu ne dois pas être très heureux en ce moment !

- et bien c’est difficile à dire. Vois-tu ce matin j’ai appris que j’étais reçu au bac. Cela aurait du me rendre heureux et pourtant je me sens dans un état comme neutre

- je vois. Mais cependant tu ne réponds pas complètement à ma question car tu me parles de te sentir heureux quand je te parle d’être heureux. Vois-tu la différence ?

- oui je vois où tu veux en venir. La sensation est quelque chose de physique, c’est même une histoire de chimie et de stimulus disent certains puisqu’on peut créer des sensations artificielles avec les drogues ou les excitants. Mais pour le bonheur on dirait qu’il y a là quelque chose de plus profond, de plus stable, de plus…

- ontologique ?

- oui c’est ce mot compliqué que j’ai appris à l’école, qui signifie « qui touche à l’être » n’est-ce pas ?

- bien tu es un bon élève, je comprends que tu aies obtenu ton bac ! Mais si c’est quelque chose qui touche à l’être tu dois pouvoir savoir au-delà des tes sensations si tu es heureux ou pas.

- oui. Et bien je crois que je ne le suis pas en fait car il y a toujours quelque chose qui me préoccupe, qui me soucie ou bien je suis excité ou enthousiasmé à l’idée d’entreprendre un nouveau projet que ce soit un voyage, ou d’entamer mes études supérieures.  Mais être heureux cela me paraît être une espèce d’aboutissement où je n’aurai plus de soucis mais plus de projets non plus, en fait je ne suis pas sûr qu’avec cette définition j’aimerais être heureux

- pourquoi ?

- et bien parce qu’une fois que je serai heureux je n’aurai plus rien à vouloir or c’est vouloir qui me rend heureux moi !

- ah oui le désir,  ton conatus comme disait Spinoza

- oui c’est cela

- donc pour toi on vivrait pour vouloir ?

- oui et même vivre c’est vouloir tout simplement

- mais que fait-on du bonheur alors ?

- et bien à ce moment je change la question : voulons-nous être heureux ?

- et bien c’est contradictoire puisque cela reviendrait à dire : voulons-nous ne plus vouloir, ce serait absurde ? à moins que d’une certaine manière nous voulions mourir. Mais es-tu certain qu’être heureux signifie ne plus vouloir ?

- non c’est vrai. Tiens par exemple mon cordonnier a l’air heureux de son travail quand je le vois et je suis sûr qu’il est aussi heureux chez lui.

- et que veut-il ?

- juste continuer comme il est, enfin c’est ce qu’il m’a dit une fois

- voudrais-tu être comme lui ?

- oui et non. Souvent je l’envie c’est vrai surtout les fois où je me sens déprimé. Mais dans l’ensemble je trouve que cela manque d’ambition.

- ah. Et vois-tu un problème avec l’ambition ?

- oui c’est prétentieux et peut être est-ce idiot. C’est peut être uniquement pour que les gens me reconnaissent et me donnent une valeur que je n’ai pas déjà à mes propres yeux.

- mais pourtant tu peux aussi être conscient de tes capacités qui te poussent à entreprendre de grandes choses dans la vie et être heureux comme ton cordonnier mais dans un autre domaine qui te paraît plus ambitieux

- oui moi ce qui me rendrait heureux serait non pas de réparer des chaussures mais de guérir des gens, d’être médecin et….

- que se passe-t-il ?

- une idée vient de me traverser l’esprit

- oui ?

- si nous voulons tous quelque chose et qu’il s’avère que ce soit la même chose et que cette chose ne soit pas partageable, alors il est probable que des conflits vont naître.

- à quoi penses-tu ?

- et bien par exemple dans le concours de première année de médecine la plupart veut le réussir mais nous savons que certains ne pourront pas y accéder pour des raisons diverses d’ailleurs. Or ceux qui sont exclus seront déçus,  voire traumatisés ou aigris par la suite. Ou quand deux hommes sont amoureux d’une même femme ce qui se passe généralement est que le bonheur de l’un fait malheureusement le malheur de l’autre. Et en cela tout se passe effectivement comme si d’une certaine manière, collectivement, nous voulons aussi notre malheur

- oui tu as raison et que préconises-tu ?

- et bien de choisir avec discernement où nous voulons mettre notre énergie pour être heureux

- et pourtant dans l’exemple de la femme crois tu que tu choisis de tomber amoureux ?

- non malheureusement et c’est bien le problème. Voila quelque chose qui peut mener au bonheur intense comme à son contraire. Peut être avec le temps apprend-on à mieux vouloir, à ne vouloir que des choses qui peuvent nous convenir et que nous avons une chance raisonnable d’atteindre. Ce qui montre bien qu’il faut introduire la raison dans tout cela et ne pas suivre que son cœur car celui-ci peut nous conduire dans des voies bien sombres.

- voilà qui est bien dit mon ami

Dans: Dialogues 

Commentaire de fhy

17 juin 2015 à 08:06 PM

fh