Vouloir aimer ou être aimé(e) ? Là est la question

11 octobre 2017 par jerome lecoq

"Vouloir être aimé épuise l’amour. Vouloir aimer engendre l’amour. Mais ils refusent de les distinguer. Sans doute les pauvres sont-ils épuisés." (Oscar Brenifier)

Nous voulons tous l'amour, non ? Enfin presque tous, j'excepte les philosophes qui préfèrent la vérité. Mais qu'avons-nous dit une fois que nous avons dit cela ? Car l'amour est une autoroute, il va dans les deux sens. 

Or il nous faut choisir une voie, sous peine d'être dans la confusion et de nous épuiser à vouloir l'impossible. Quand, en consultation philosophique, le Sujet-client est en recherche d'amour, ce qui est une question assez classique, le philosophe-praticien lui posera toujours la question cruciale : "Que préférez-vous : aimer ou être aimée(e) ?"

L'orientation existentielle n'est en effet pas du tout la même : celui ou celle qui cherche à être aimé(e) s'engage dans une quête dont la fin est très incertaine tant il est illusoire de prétendre maîtriser le sentiment d'autrui à notre égard. Qui ou qu'est-ce qui commande ou ordonne au sentiment ? Nul ne saurait le dire et le philtre d'amour n'a pas encore été inventé. Le désir d'amour témoigne d'un manque à être, d'un manque d'être, d'une souffrance. Aime toi et le ciel t'aimera pourrait-on dire et on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Ainsi commencera-t-on par ne pas s'épuiser en vain à plaire, à séduire, à paraître tel(le) que nous imaginons que l'autre pourrait nous aimer. Tant d'épaves jonchent le fond de la mer de l'amour.

Or comme toute souffrance appelle sa consolation, le mal-aimé cherchera des expédients plus accessibles : acquérir un statut social, faire souffrir autrui, accumuler richesses ou pouvoir, multiplier les conquêtes...

Vouloir aimer au contraire est une expansion d'un instinct vital et non mortifère, c'est avancer en confiance vers autrui et s'intéresser à ce qu'il peut avoir de beau, de grand, de joyeux, de généreux, d'aimable. C'est ne pas se préoccuper de son image et s'ouvrir à l'altérité, la différence, faire fi de ses peurs, mesquineries et répulsions pour sortir de soi, s'oublier et découvrir un nouveau monde. Celui qui veut aimer navigue aventureusement en terra incognita, celui qui veut être aimé reste sur place et espère qu'on remarquera sa valeur. Celui qui veut aimer ne sera jamais déçu pour peu que son désir n'espère pas une quelconque réciprocité. C'est pourquoi l'amour heureux est avant tout don de soi. Or à s'épuiser à vouloir être aimé on n'a malheureusement plus rien à donner à la fin.

"Donne moi la force de désirer aimer, d'ignorer mon désir d'être aimé(e) et surtout le discernement qui me permettra de les distinguer." : tel pourrait être la devise de l'amoureux-philosophe. En amour comme en politique il faut choisir son camp.

Dans: Aphorismes