Vous avez dit intelligence collective ?

23 novembre 2010 par jerome lecoq

L'intelligence collective n'est pas la somme des intelligences des individus qui composent le groupe.

L’intelligence collective trouve son paradigme plutôt chez les fourmis que chez les hommes. Les fourmis n’ont pas d’opinons en effet et pensent « comme une seule fourmi » mais une fourmi qui serait beaucoup plus intelligente qu’une fourmi normale. Or en groupe au contraire les hommes peuvent souvent s’avérer beaucoup plus bêtes qu’un seul homme. C’est ce qui se passe avec les comportements dits moutonniers quand un individu par son charisme ou son autorité emporte l’adhésion de tous et/ou que la peur et le manque de confiance poussent à un conformisme exacerbé. Il faut donc que des conditions soient réunies pour que se développe l’intelligence collective : confiance mutuelle, courage de remettre en cause son opinion et celle des autres, patience d’analyser des arguments et leurs conséquences, procédures de votes permettant d’avancer sur des points en les faisant valider à la majorité etc… Ces conditions n’étant que rarement réunies naturellement, mêmes dans les entreprises les plus à la pointe en ce domaine, il devient donc nécessaire de les créer artificiellement. C’est ce cadre que nous essayons d’instituer lors des ateliers du coaching par la philo, cadre fait à la fois de rigueur, d’exigence et de bienveillance qui va contraindre ceux qui s’en tiennent à l’opinion à s’en détacher et encourager les autres à s’en forger une.

Pour un individu l’intelligence c’est la capacité de faire des rapports entre les concepts, les images, les représentations. Ainsi par intelligence collective on voudrait transposer une faculté intellectuelle à un groupe d’individus. Or un individu n’a qu’une pensée. Dans un groupe, pour aboutir à une pensée il faut d’abord organiser les liens entre les différentes pensées. Il faudra donc voir quelles sont les différentes pensées, les clarifier, les distinguer, puis les accorder entre elles ou les opposer.

Bref dans un groupe il faut gérer l’altérité et le chaos potentiel d’une pluralité de pensées là où la pensée individuelle est indivise, non contradictoire mais aussi non-dialectique et par là plus pauvre. Mais la rapidité et la facilité nous font préférer souvent la pensée unique à la pensée dialectique. Pourtant l’intelligence collective est possible mais elle suppose un niveau de maturité important de l’équipe : que les gens s’expriment en confiance et authentiquement sans avoir un « agenda caché », qu’ils s’obligent à la clarté et à la simplification, à faire le lien entre les différentes pensées qui s’expriment, qu’ils puissent s’approfondir mutuellement pour trouver des convergences et des oppositions puis qu’ils décident de la meilleure combinaison possible par rapport à une question posée. Mais on va ici donc bien au-delà de la simple pensée individuelle.

Pour atteindre même cohérence qu’une pensée individuelle la pensée collective doit donc mobiliser toutes les individualités et les faire sortir d’elles-mêmes pour qu’elles puissent « aller chez l’autre ». C’est pourquoi la pensée en commun, l’intelligence collective, est un vrai défi humain car elle suppose une mise en commun, une ouverture, une souplesse, une tolérance à l’autre et donc un oubli de soi qui va bien au-delà de ce que nous avons l’habitude de nous imposer seul. Il y a heureusement un effet de stimulation collective, d’entrainement mutuel et de plaisir qui peut aider le processus, de même qu’un sportif se dépasse plus facilement lorsqu’il a des sparing partners. L’autre nous rend plus exigeant envers nous-mêmes et envers les autres et le niveau s’élève de lui-même par un phénomène de compétition et de coopération naturel. La pensée devient challengée et elle peut sortir d’elle-même, envisager des alternatives mais aussi s’engager face à des décisions difficiles parce que l’être est mis en jeu, la parole est théâtralisée, il faut s’engager ici et maintenant devant ses pairs êtres humains. Bien souvent les équipes en entreprise n’ont simplement pas ce niveau de maturité et il faudra du temps, de l’expérience ensemble des épreuves vécues, des prises de conscience, bref une histoire…Or ce que propose notre méthode c’est d’accélérer ce processus de maturation naturelle par un procédé artificiel et très exigeant, un peu comme un engrais pour les équipes : le penser en commun.