Consultation : Delphine la perfectionniste

Résumé de la consultation : Delphine la perfectionniste

On s’aperçoit au fil de la discussion que Delphine est compliquée, elle se complique la vie, se pose beaucoup de questions et est plutôt « dans son esprit» que dans le monde, parce que son esprit est plus contrôlable que le monde. Or Delphine veut tout contrôler, elle ramène beaucoup de choses à elle-même. Delphine a aussi peur de faire des erreurs ; Delphine aime la perfection, surtout celle qui est dans sa tête car elle ne la trouve pas dans le monde. Ceux qui ne sont pas perfectionnistes sont négligents. Mais elle admet que la perfection puisse aussi être simple bien que cette idée soit nouvelle pour elle. Delphine se met en colère quand le monde ne correspond pas à ses envies ;

Descartes a pourtant dit « il vaut mieux changer ses propres désirs plutôt que l’ordre du monde », ce que Delphine accepte d’envisager.

Delphine veut être reconnue. Mais elle ne se reconnait pas elle-même. Le pire pour Delphine c’est d’être incapable. Or elle veut rendre le monde parfait ce qui est impossible et absurde, la rend incapable et la met en colère. Elle se pose en interne une obligation de perfection ce qui lui rend la vie très difficile.

La question initiale est lâchée : que peut-on attendre de la vie ?

Elle veut donc de la reconnaissance et concrètement veut qu’on lui donne une fonction managériale. Mais finalement elle admet qu’elle se met souvent en colère, qu’elle a du mal à garder son sang froid et que c’est peut être à cause de cela que des responsabilités ne lui sont pas données, car elle recherche la perfection. On attente frustrée provoque la colère, le ressentiment. Il lui faut donc tranquilliser sa colère, se poser moins de questions, pour que son action ne soit pas inhibée. Son métier la fatigue, elle admet qu’elle ne se sent pas épanouie.

Elle pense en fait à changer de métier pour un métier plus enrichissant mais moins bien rémunéré et elle a peur de tenter l’aventure car elle a peur de l’inconnu, elle voudrait tout maitriser, tout contrôler, car l’inconnu « on ne sait pas quoi en faire. »

Cependant elle n’a pas vu que c’est peut être dans l’inconnu que réside son bonheur ; Elle admet pourtant qu’un des avantages de l’incertitude c’est que « au moins lorsque l’on se trompe on le sait. »

Concepts : perfection - contrôle - peur de l’inconnu – colère - désirs – absurde –

Questions possibles :

- Que peut-on faire de l’inconnu ?

- Est-ce raisonnable de vouloir la perfection ?

- Peut-on changer ses désirs ?

- Peut-on vouloir ne plus vouloir ?

 

Analyse

Ce qui est compliqué est plié, replié, il fait des nœuds. Par définition le compliqué ne peut se voir lui-même puisqu’il a besoin d’être expliqué, d’être déplié. La complication va avec le sens du caché, du mystère, de l’absolu. Tout ce qui est simple, transparent est suspect à ses yeux.

Sans surprise, chez Delphine cet absolu prend la forme de la perfection, un concept que nous retrouvons très souvent au cours des consultations. Ce concept, elle l’a intériorisé comme une contrainte qui structure sa manière de penser. « Il faut que je sois parfaite et que je parfaisse le monde par la même occasion ainsi tout sera pour le mieux » pourrait être sa devise.

Or le perfectionnisme inhibe l’action puisque toute action s’ancre dans la réalité et que celle-ci n’est par définition n’est pas parfaite. Ce que le perfectionniste n’ignore pas, car il est  en même temps lucide, ce n’est pas un idéaliste ni un schizophrène, et ce qui le rend d’autant plus volontariste lorsqu’il veut agir, conscient qu’il existe un énorme hiatus entre la perfection dans son esprit et ce qu’il peut trouver dans la réalité.

Donc il se pose constamment des questions pour savoir quelle est l’option la plus proche de la perfection. En même temps sa quête de l’absolu le fait souffrir puisqu’elle lui donne le sentiment de son impuissance, de son manque de maitrise sur la réalité. Cette souffrance peut prendre la forme de la colère qui est un manque de tempérance, un excès du caractère, un sentiment en tous les cas qui a cependant le mérite de pousser à l’action. C’est peut être la colère seule envers le monde mais surtout envers elle-même qui fait agir Delphine. Malheureusement la colère est aussi mauvaise conseillère et il y a fort à parier que des décisions prises sous le coup de la colère s’avèreront bien moins que parfaites. « Qui fait l’ange fait la bête » dit le proverbe non sans raison puisqu’à fuir la réalité et ses imperfections on agit plus mal finalement que les négligents qui eux n’en sont pas moins réalistes. Cette colère il est donc nécessaire de la canaliser, de la contrôler peut-être d’ailleurs pour en faire une force d’action plus efficace.

Delphine veut se faire reconnaître mais elle ne se connaît pas, ce qui concorde avec la complication qui s’ignore elle-même. Et pour se connaître il faut accepter plus de simplicité, il faut accepter de répondre simplement et directement à des questions simples par exemple, il faut aussi accepter de recevoir les données du monde brutes, telles qu’elles sont et non telles que nous voudrions qu’elles soient. Il ne faut pas contrôler mais au contraire laisser aller pour un temps afin de « voir ce qui advient », il faut aller avec le courant et agir par petites impulsions dans son sens comme le prône, le confucianisme, plutôt que d’essayer d’appliquer des plans mûrement réfléchis et élaborés jusque dans le détail et qui se révéleront inapplicables face aux aléas de la réalité.

En agissant, même au hasard, au moins on finit par savoir si notre action réussit ou pas. Mais le perfectionniste préfère l’ignorance et la perfection au savoir accompagné de l’imperfection du résultat de l’action.