Julia : le passe-muraille

Résumé de la consultation

Elle souffre d’une précédente consultation qui montré qu’elle mentait à ses amis. Mais en fait nous découvrons que ce qui l’embête est qu’une tierce personne l’ai découvert, qu’elle ait été démasquée, prise sur le fait, que son secret ait été découvert. Or elle souhaitait dissimuler sa personnalité. Elle s’ennuie souvent et veut le cacher, elle s’ennuie même avec elle-même et trouve qu’elle est ennuyeuse et a peur que les autres la trouvent aussi ennuyeuse. En fait elle rend le monde et elle-même ennuyeuse. Le monde est ennuyeux selon elle parce qu’il ne contient pas de miracles, pas d’extraordinaire. Si elle devait avoir un vœu exaucé cela serait de passer à travers les murs, tel un fantôme et pourtant elle n’aime pas ce mot. Elle ne l’aime pas parce que c’est la réalité. Elle est comme un zombie. Elle est l’esprit incarné d’un mort. Mais cette idée ne lui plaît pas et elle préfère autant être ennuyeuse. Ce qu’elle souhaite avant tout c’est donc être elle-même. Mais la contrepartie c’est d’accepter son ennui. Elle doit se réconcilier avec l’ennui.

L’avantage de l’ennui c’est que l’on se repose car quand elle ne s’ennuie pas elle travaille. Pourtant elle ne valorise pas le repos car elle ne veut pas montrer à ses amis qu’elle est fatiguée, et elle veut être parmi ses amis. Elle a donc un problème avec son image ; Pourtant elle imite ces femmes qui marchent avec des talons aiguille dans la rue pour se rendre belles et qu’elle trouve stupides de s’infliger cette torture. Elle a donc une mauvaise image et elle est ennuyeuse. Elle voudrait aller au-delà de sa finitude pour faire des miracles, elle voudrait être Dieu pour dépasser sa nature. Elle voudrait être un esprit pour être dans une dimension différente car elle se sent exclue de ce monde. Elle n’aime pas la politique car les politiciens lui mentent mais elle ment aussi. Donc c’est quelque chose qu’elle partage avec le monde par conséquent elle ne devrait pas se sentir exclue de ce point de vue. Ce qu’elle n’aime pas en fait en ce monde c’est qu’il lui ressemble : comme les adolescents qui se rebellent contre leur famille car elle leur rappelle trop ce qu’ils sont eux-mêmes.

Elle n’aime pas les murs qui symbolisent la difficulté et voudrait passer au travers car elle n’aime pas les difficultés. Pourtant dans certains cas elle aime les difficultés car elles l’empêchent de s’ennuyer. Sa vie est donc terrible car soit elle n’aime pas les difficultés soit elle s’ennuie quand il n’y en a pas. D’ailleurs adolescente elle a déjà tenté de se suicider. Alors pourquoi continuer de vivre ainsi ?

Pourtant ce qu’elle aime dans la vie c’est la philosophie parce qu’elle la fait réfléchir et que c’est difficile et que ça ne l’engage pas dans le monde, c’est uniquement dans son esprit. Donc elle voudrait vraiment être un esprit. Le monde lui paraît irréel. C’est une vision platonicienne du monde avec la réalité qui est du côté des idées. Ses amis n’aiment pas la philosophie c’est pourquoi elle a un problème avec eux. En fait elle se rend compte qu’elle n’a pas d’amis dans un sens. Mais elle préfère la philosophie à ses amis même si la philosophie crée de la solitude. Pourtant elle avait cru que la philosophie était compatible avec ses amis c’est pourquoi elle mentait. D’ailleurs Platon disait aussi que l’amitié et la vérité n’allaient pas bien ensemble. Elle est désormais prête à assumer la solitude que peut lui apporter la philosophie et à arrêter de mentir et de se mentir à elle-même.

 

Concepts : ennui - fantôme - être soi - image de soi - finitude - infini - mensonge -philosophie - monde des idées - amitié – vérité

 

Questions possibles :

- L’amitié et le vérité sont elles compatibles ?

- l’ennui a-t-in un sens ?

Analyse :

Julia souffre de mentir à ses amis. Il y a donc un conflit interne entre son amour de la vérité et de ses amis. Car si l’on aime la vérité en philosophe il faut la dire en toutes circonstances même lorsqu’elle risquerait de faire du tort à cette amitié. Manifestement Julia a dû mentir à ses amis pour maintenir la communauté d’amitié, ce qui vient heurter sa conception philosophique de la vérité. Elle aurait bien continué ce petit arrangement avec sa conscience si une tierce personne, en l’occurrence le praticien, ne l’avait démasquée. Elle ne peut désormais ignorer cette contradiction, ce problème, elle doit en faire quelque chose. Le secret de Julia est terrible : elle s’ennuie elle-même, ses amis et le monde l’ennuient. L’ennui, cette perte d’intérêt pour le monde qui nous entoure ainsi que pour nous même, sentiment que nous essayons de noyer par toutes sortes d’activités. S’ennuyer ce n’est pas convenable ce n’est pas avouable. Celui qui s’ennuie souffre d’une sorte d’apathie de la pensée car il ne se pose même pas la question du pourquoi de son ennui, ce qui pourrait peut-être l’intéresser justement. L’ennui tourne sur lui-même, il dévore tout sur son passage. Plus on s’ennuie et plus on cherche des stimulations qui vous nous en distraire, jusqu’à ce que l’ennui revienne et que nous trouvions un nouvel échappatoire. Pourtant il n’est pas encore tristesse, on ne peut pas dire que l’on souffre lorsque l’on s’ennuie même si l’on parle bien d’un « ennui mortel ». L’ennui précède le sommeil voire la mort, puisque c’est par un désintérêt progressif du monde qui nous entoure que l’on finit par s’endormir. C’est pourquoi l’ennui tend au repos, à la relaxation.

Pourtant Julia doit affronter cet ennui qu’elle redoute parce qu’elle le préfère encore à l’alternative qui s’offre à elle : celle de renoncer à elle-même et d’incarner l’esprit d’un mort.

Julia veut se retrouver mais elle doit s’affronter, surmonter cet ennui qui la terrasse souvent. Mais Julia ne veut pas non plus ennuyer autrui car elle se soucie grandement de son image.

Or cette image est négative aujourd’hui : c’est l’image d’une femme ennuyeuse, sans attrait. Julia veut faire des miracles, elle veut créer quelque chose d’extra-ordinaire. Mais elle n’est que très ordinaire comme ce monde terne qui lui ressemble et qu’elle abhorre par conséquent, comme ce monde dans lequel les politiciens mentent, comme elle ment à elle-même et ses amis. Julia se découvre elle-même politicienne et cela ne lui convient guère. Ce monde fait de difficultés, ces murs qu’elle aimerait traverser mais ces difficultés qui peuvent aussi l’empêcher de s’ennuyer car s’atteler à une difficulté c’est s’intéresser à un problème. Tel est le dilemme de Julia : s’ennuyer ou avoir des difficultés. Entre ces deux pôles point de salut, c’est l’enfer de Julia. Enfer qu’elle a déjà essayer de quitter plus jeune par une tentative de suicide.

Le salut pourrait venir de la philosophie comme manière de vivre la difficulté en la problématisant, en en faisant un problème intellectuel, une énigme pour l’esprit, sans avoir à s’occuper des affaires de ce monde. C’est que Julia a une vision intellectualisante de la philosophie, elle n’y voit qu’une réflexion abstraite et sans prise sur le monde : en cela Julia partage la vision commune, académique, de la philosophie. Mais elle n’aperçoit pas les enjeux pratiques de la philosophie comme épreuve de vérité, comme moyen de découvrir sa vérité et de reprendre le contrôle de sa vie, comme outil de transformation de soi. Sa vision platonicienne de la réalité la condamne à ne voir dans celle-ci que des simulacres des essences éternelles, exemples imparfaits de modèles idéaux. Ce n’est que par l’élévation spirituelle qu’elle pourra s’approcher de ces vérités intangibles. Ce n’est pas étonnant que le monde l’ennuie puisqu’il n’est qu’un pis-aller ; mais Julia veut voir les vérités éternelles. Mais Julia a-t-elle déjà pensé à l’idée que ces vérités éternelle pourraient être encore plus ennuyeuses que celles qui nous sont proposées ici bas, que comme le disait Shakespeare « there are more things in heaven than are dreamt in your philosophy » : "il y a plus de choses en ce monde que n’en sont rêvées dans votre imagination". Qu’elle pourrait découvrir, à travers ses amis-mêmes, des vérités universelles, ainsi que le faisait Socrate. Oh certes elle perdra sûrement certains de ses amis car la vérité fait souvent des ravages dans les relations sociales mais peut être pourra-t-elle se reconstituer une communauté amicale autant soucieuse de vérité que d’amitié ? Ainsi Aristote ne disait il pas « j’aime mon ami Platon mais j’aime encore plus la vérité ».