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S'inquiéter de ses croyances

11 décembre 2019 par jerome lecoq

 

"Ils se soucient de leur ignorance et de leurs incertitudes. Leurs savoirs et leurs croyances devraient les inquiéter." (O.B.) 

 

Débusquer ses croyances infondées

Effectivement ce que nous tenons pour vrai à tort est plus dangereux que ce que nous ignorons, que cette ignorance soit partielle ou totale (ce dernier cas étant le pire car nous ignorons même le fait que nous ignorons).

Si en effet nous pensons savoir quelque chose, si donc nous la croyons à tort, nous agirons comme si cette chose était un fait, nous lui ferons confiance et notre action ne sera un succès que de manière accidentelle mais plus certainement un échec, voire une catastrophe. Le commandant du Titanic croyait qu'il ne rencontrerait pas d'icebergs dans la zone de l'Atlantique qu'il choisit de pénétrer pour accélérer son trajet : sa croyance eut des conséquences fatales.

Je sais que je mourrai un jour et je crois que cela ne changera pas la face du monde. Je me soucie de l'incertitude de mon avenir matériel prochain. Est-ce que je devrais plutôt m’inquiéter de mon “savoir” à propos de ma mort ? Après tout peut-être que je ne mourrai jamais ? D'ailleurs les mots que j'écris je vais les publier, ils seront archivés, ils seront peut être retrouvés dans 10 000 ans par un archéologue qui pourra témoigner que des philosophes-praticiens ont existé à Paris en 2019 et écrivaient. D'une certaine manière je ne mourrai jamais puisque d'autres gens pourront reparcourir ma pensée, c'est en tous cas possible donc ma mort n'est pas une certitude dans tous les sens du terme même si elle l'est au sens physique. 

En me posant ces questions que d'aucuns jugeront vaines ou présomptueuses je me suis interrogé sur la trace d'une pensée et sa survivance dans l'esprit collectif, ce que je n'avais pas l'intention de faire au moment de commencer cet article.

Mon écriture, mon attention vers quelque chose que je trouvais sans intérêt car banal et certain, toujours vrai, m'a permis de penser quelque chose de nouveau, une nouveauté relative mais une nouveauté quand même. Si je m'étais plutôt inquiété de ce que je ne savais pas, par exemple si j'avais recherché des informations sur Internet concernant la circulation des trains ce dimanche où j'organise un séminaire, j'aurais pu faire de nouvelles conjectures, évaluer les risques que des participants annulent leur venue, me demander comment les gens allaient venir en cas de persistance de la grève mais je n'aurais pas découvert de nouvelle idée intéressantes.

Dans: Croyances et Préjugés Inquiétude Aphorismes 

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Mieux qu'un bilan de carrière, la synthèse de votre être

5 décembre 2019 par jerome lecoq




 

Miettes

Ils analysent, ils déconstruisent. Ils se précipitent sur les miettes et en font leur habitacle. (O.B.)

 

Si vous vous retournez aujourd'hui en milieu de parcours ou de “carrière”, comme j'imagine nombre d'entre vous le sont, voyez-vous une cohérence, une synthèse, une idée, derrière votre carrière ? Y a-t-il une ligne directrice ou bien vous êtes vous contenté.e de “rebondir” comme on dit aujourd'hui, de poste en poste, d'entreprises en entreprise, au gré des opportunitées qui s'offraient à vous ?

Si vous avez analysé vos expériences, les avez-vous synthétisées ?

Si c’est le dernier cas votre parcours n’a pas plus de cohérence que celui d’une balle rebondissante. Elle ne rebondit pas au hasard car si on connaissait sa texture, son angle, sa vitesse et la configuration du sol ou pourrait prédire exactement l’endroit où elle rebondirait. Ainsi sont les gens qui agissent de manière spontanée : ils sont entièrement conditionnés pas leurs désirs, leurs croyance, leur sensibilité. C’est ce contre quoi Spinoza nous met en garde.

Si vous avez analysé vos expériences, les avez-vous synthétisées ? Les avez-vous reconstituées en un tout cohérent ou vous êtes vous contenté d’être ballotté(e) au gré des vagues du monde économique et des affaires, des rencontres qui vous ont permis de passer d’une “boîte” à une autre, d’un projet à un autre ?

Faire la synthèse, et non le bilan comme on dit habituellement dans une vision finalement très comptable de la vie (qui est “une affaire qui ne couvre jamais ses frais” comme le disait Schopenhauer) me paraît tout à fait important et salutaire.

Dans: Synthèse Aphorismes 

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Neutralité

29 novembre 2019 par jerome lecoq

 

"Trous

Phantasmes du plat, illusion de la neutralité. Tout est inflexions, tout est asymétrie. Ils fabriquent des lignes droites, ils finissent par y croire. Rien n’est, qui ne soit rupture. Rien n’est, qui ne soit troué. Même les trous ne savent pas où ils vont." (O. Brenifier)

 

Illusoire neutralité du jugement

La neutralité, voici une position qui nous arrange dans bien des situations : il s'agit de s'abstenir, de ne pas prendre parti et par conséquent de ne pas s'exposer aux conflits, aux reproches ou au contraire aux sollicitations pour rejoindre un “camp”. Pour rester neutre il faut souvent résister aux appels de ceux qui voudraient bien vous enrôler dans leur parti, leur club, leur association. Pour un pays la neutralité est une question de fierté nationale comme c'est le cas pour la Suisse : cette position n'est pas sans avantages notamment en ce qui concerne le commerce. En cas de conflit le pays neutre peut commercer des deux côtés de la ligne de fracture.

Dans: Neutralité Aphorismes 

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Etre utile ou être une fin en soi ?

27 novembre 2019 par jerome lecoq

 

Utile

Contrôler et rendre service. Se sentir utile et nécessaire. Indispensable. Dessein d'une vie. Elle en paie le prix. Frustration et culpabilité. (O. Brenifier)

Quand on aime être utile on veut contrôler la gratitude de ceux à qui nous rendons service, on veut sa dose quotidienne de reconnaissance. Et quelle prétention de vouloir contrôler le sentiment que peuvent avoir les autres à votre égard, quelle prétention et quel danger pour soi-même ! Dans quelle dépendance affective à l'égard d’autrui ne se met-on pas !

Pourtant qui ne se demande jamais s'il est utile ? 

Peut-être le créateur, l'artiste, le philosophe, le manager, celui qui travaille la pâte humaine comme dirait Schopenhauer. Leur souci commun : non être utiles mais faire prendre conscience, éduquer, enseigner, alerter, interpeller, vivifier. Est-ce utile ? Sûrement mais ils n’attendent pas de reconnaissance pour cela car ils savent que le premier réflexe de l'élève, du lecteur ou du spectateur sera au contraire plutôt du rejet voire de la colère. 

Admettons que nous prétendons tous à une quelconque utilité, que cela nous fait plaisir en général de savoir que nous avons été utiles. La démesure provient du fait de s’imaginer que nous puissions être indispensables et pas seulement utiles. Se rendre indispensable, si c'est seulement possible, c'est organiser la dépendance d'autrui à votre égard c'est donc organiser, planifier son aliénation, le priver de la liberté de se prendre en main, c'est une forme d’infantilisation d’autrui. 

Dans: Utilité Culpabilité Aphorismes 

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Gagner sa vie en corrompant son esprit

22 novembre 2019 par jerome lecoq

 

Incongru 

Ils gagnent leur vie. Ils accumulent des biens. Ils parent à l'immédiat. Leur esprit se fourvoie. Ils se perdent eux-mêmes. (O. Brenifier)

 

N'est-il pas confortable d'avoir des obligations, des devoirs, des urgences, des pseudo-nécessités ? Qu'il est doux de ne pas avoir à penser, de savoir exactement ce que nous devons faire pour survivre, surnager, nous distinguer dans ce bocal, faire son trou. Il suffit d'accumuler : projets, biens, postes, responsabilités, titres, diplômes, décorations, nominations, magistratures, promotions. Tout cela en gagnant sa vie.

Mais quoi ? Y gagne-t-on la vie ? La vie a-t-elle besoin qu'on la gagne ? Est-ce une compétition, une espèce de course ? Mais contre qui ? Qui en fixe les règles, le prix, la récompense ? Peut-on sortir du jeu quand nous sommes lassés du jeu ? Et si on ne le peut pas alors est-ce une vie ou une prison ?

En partant du principe que nous ne coïncidons pas avec nous-mêmes et nous cherchons, accumuler des biens permet-il de se trouver ? L'accumulation de biens peut-elle donner un sens à notre vie ? Admettons-le à titre d’hypothèse.

Le problème se pose alors de la limite : à partir de quelle quantité de biens serons-nous satisfaits ? Première question. En général nous ne nous fixons pas de limites et c’est bien là que les choses se gâtent, que l’ubris des Grecs nous guette, cette maladie de la démesure que les tragédies ont si bien su mettre en vie.

Dans: Accumulation Avidité Aphorismes 

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Banalité

20 novembre 2019 par jerome lecoq

 

Banalité

"Il ne voulait pas être banal. Il voulait être original. Il était avide, pressé et ambitieux. Comment peut-on être plus banal ?" (O. Brenifier)

 

Celui qui veut être original veut se distinguer au regard d'autrui, il a donc un souci d'image, de reconnaissance. Il n'est donc pas assuré de ce qu'il est, autrement pourquoi voudrait-il exister dans les yeux d'autrui. Il ne se reconnaît pas lui-même, ne se donne pas ou peu de valeur. Sa valeur il l'attend de la reconnaissance d'autrui. Il fera tout pour être original : ce faisant il ne fait que se conformer à ce qu'il imagine que les autres voudraient qu'il soit. 

Dans: Banalité Avidité Compétition Aphorismes 

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Peut-on échapper à la rigidité intellectuelle ?

19 novembre 2019 par jerome lecoq

 

Dogmatique

La rigidité intellectuelle consiste principalement en un dogmatisme, une appétence pour les certitudes que viennent en général nourrir une certaine culture générale ou technique. Le rigide a ses idées bien arrêtées, ses principes fermement ancrés et il se raidira à l'approche de la moindre idée susceptible de saper le fondement de ses croyances. Toute idée extérieure est vue comme un agent pathogène qui mettra en branle les anticorps de son esprit pour détruire l’intrus.

Au fond c'est un grand peureux de la vie. La vie en effet n'est qu'un tissu d'incertitudes, rien n'est nécessaire ou certain (à part la mort et les impôts comme disent les Anglais) : se réfugier et se complaire dans ses certitudes revient donc à se protéger du flux de la vie et de ses alea. 

La rigidité intellectuelle est une catastrophe pour la pensée parce qu'elle nous empêche de nous ouvrir à l'altérité, au questionnement, à la remise en cause. Le rigide n'apprend plus, il sait déjà, il n’est pas généreux, ne donne pas mais impose ou critique pour détruire. 

Tout au plus essaie-t-il de convaincre ceux qui n'ont pas comme lui vu la Lumière. Il va vers ceux qui confortent les opinions qu'il a déjà. Dès lors son esprit s'étiole parce qu'il ne s'entraîne plus à la pensée, dans la mesure où penser consiste avant tout à dialoguer. Or on ne dialogue pas avec un dogmatique : soit on l'écoute poliment, soit on essaie de le combattre, soit encore on l'évite. 

Le rigide s'enferme tout droit vers la mort de sa pensée en même temps qu'il fait le vide autour de lui, ce qui amplifie encore sa rigidité puisque la contradiction se raréfie encore davantage et le conforte dans ses certitudes. Le rigide s’enferme vite dans un cercle vicieux.

Dans: Rigidité Obstacles à la pensée 

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Le Temps des Magiciens

13 novembre 2019 par jerome lecoq

 

Une fois n'est pas coutume, je voudrais faire la recension d'un ouvrage que je recommande chaleureusement. Il s'agit de Le Temps des Magiciens paru tout récemment chez Albin Michel, par Wolfram Eilenberger.

Cet ouvrage nous déroule l'activité intellectuelle et la vie de quatre philosophes majeurs pour le XXème siècle, à une période à la fois d'intense bouillonnement culturel et scientifique, les années 20 mais aussi ferment des catastrophes humaines à venir, le fascisme, le nazisme, le stalinisme et la deuxième guerre mondiale.

Les 4 figures tutélaires de la philosophie de cette époque se croisent sans se rejoindre : Martin Heidegger l'exalté, Ernst Cassirer l'érudit optimiste, Walter Benjamin le velléitaire ésotérique et Wittgenstein le génie torturé.

Dans: Recensions 

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Peut-on prendre du plaisir à penser ?

4 novembre 2019 par jerome lecoq

 

Lutter

Je ne parle pas du plaisir que l'on peut avoir à lire un livre ou à écouter un discours d'un brillant professeur. Je parle du plaisir pris à exercer sa réflexion de manière active et qui inclut le fait de penser sur soi-même également, dans le cadre d’un dialogue ou en écrivant.

Cette question pose problème car au premier abord penser est un effort : penser c'est en effet lutter.

Lutter contre sa propre paresse intellectuelle d’abord, qui nous pousse à passer rapidement sur ce que nous ne comprenons pas ou nous pose problème, à chercher des réponses toutes faites à travers des figures d'autorité telles que les grands auteurs, les leaders d'opinion, les intellectuels en tous genre, à nous déclarer inaptes à la pensée et à laisser ce travail à des professionnels comme les philosophes. La pensée est chose trop sérieuse pour être laissée aux seuls philosophes.

Dans: Penser et plaisir 

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Le genre conditionne-t-il la pensée ?

25 octobre 2019 par jerome lecoq

 

Le genre est un performatif

Définissons tout d'abord le genre comme la construction sociale qui vient se greffer sur la division sexuelle biologique. Le genre féminin et le genre masculin signifient que l'on devient homme autant que l'on devient femme. Le concept de genre est un schéma mental a priori, issu de notre histoire collective, qui détermine l'ensemble des qualités, attitudes, compétences que nous attendons d'un genre “homme” et d'un genre “femmes”. 

Nous remarquons que le genre est un performatif : dire d'une chose qu'elle est un attribut masculin ou féminin, c'est non seulement la décrire mais attendre qu'elle se conforme à cette description, c'est un jugement normatif. En disant “c’est ainsi” on dit également : “cela doit être ainsi”.

Dire que les petites filles jouent à la poupée et les petits garçons aux voitures (ou au pistolet), c'est aussi attendre qu'ils continuent à le faire, qu’il est “normal” qu’ils le fassent. 

Or on ne voit pas bien pourquoi objectivement jouer aux voitures serait plus “naturel” pour un garçon que pour une fille ou jouer aux poupées pour une fille que pour un garçon. Je parierais plutôt pour une explication culturelle, même si le conditionnement social semble jouer dès les premiers mois de l’enfance.

Dans: Penser et genre 

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Ce qui nous rend stupides (6) - La précipitation

14 octobre 2019 par jerome lecoq

 

Je partirai d'une présupposition : nous avons tous la possibilité d'être intelligents, profonds, rationnels, astucieux à divers moments de notre vie. Certains ont supprimé la plupart des obstacles qui se trouvaient sur la voie de l'intelligence et ils sont la plupart du temps "intelligents", d'autres ne l'ont pas fait et sont la plupart du temps dans le brouillard de la stupidité, cette forme d’inertie de la pensée, quoique celui-ci puisse se dissiper en quelques rares moments. Entre les deux se situe la majorité d’entre nous, qui oscille entre intelligence et stupidité.

En partant de ce postulat il m'a semblé intéressant d'identifier tous les obstacles qui se mettent sur notre route pour accéder à une raison puissante et efficace, souple, ouverte, dialectique.

Chuter dans le vide

Se précipiter vient du latin praecipito qui signifie littéralement : "tomber la tête en avant", chuter dans le vide. Le terme “précipice” en dérive qui donne bien l’idée d’un gouffre, d’un abîme dans lequel nous risquons de disparaître et au fond duquel la mort nous attend.

Celui qui se précipite réagit, ne réfléchit pas, fonce tête baissée, s'impose une forme d'urgence. Il y a dans l'idée de précipitation, comme dans la notion de précipité en chimie, l'idée de quelque chose en trop qui ne se mélange pas et subsiste en tant que résidu. Celui qui se précipite n'est pas dans le moment opportun, il force le cours des choses, il rajoute de l’agitation inutile, il est fébrile, ce qui encore pointe vers un dérèglement de l'action et de la pensée. Celui qui se précipite n'a aucune maîtrise de lui ni de son environnement, il veut se débarrasser de ce qu'il a à faire ou bien il est en compétition de vitesse avec autrui.

Dans: Obstacles à la pensée 

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Ce qui nous rend stupides (5) - L'habitude

14 octobre 2019 par jerome lecoq

 

Je partirai d'une présupposition : nous avons tous la possibilité d'être intelligents, profonds, rationnels, astucieux à divers moments de notre vie. Certains ont supprimé la plupart des obstacles qui se trouvaient sur la voie de l'intelligence et ils sont la plupart du temps "intelligents", d'autres ne l'ont pas fait et sont la plupart du temps dans le brouillard de la stupidité, cette forme d’inertie de la pensée, quoique celui-ci puisse se dissiper en quelques rares moments. Entre les deux se situe la majorité d’entre nous, qui oscille entre intelligence et stupidité.

En partant de ce postulat il m'a semblé intéressant d'identifier tous les obstacles qui se mettent sur notre route pour accéder à une raison puissante et efficace, souple, ouverte, dialectique.

Une seconde nature

L'habitude est un comportement acquis qui devient comme une seconde nature. Nous acquérons en général un comportement par sa répétition, forcée ou non. En général ce comportement est adapté à l'objectif que nous cherchons à atteindre ou au besoin que nous cherchons à satisfaire. Par exemple étant enfants nous apprenons les habitudes d'hygiène pour plusieurs raisons évidentes (santé, vie sociale, confort).

Nous avons par exemple pris l'habitude de nous laver les dents tous les matins ou pour les hommes de nous raser ou de nous tailler la barbe le cas échéant. Beaucoup de nos habitudes sont ainsi liées à des nécessités corporelles puisque les besoins du corps nous les imposent. Rien de problématique à cela, ce sont ce que nous appellerions de bonnes habitudes, jusqu'à ce que la science nous apprenne peut-être un jour qu'il est néfaste de se laver les dents le matin. Il nous faudra alors changer nos habitudes ce qui est bien plus compliqué qu'en acquérir de nouvelles.

En général il est bon de faire les deux en même temps : par exemple pour perdre l'habitude de fumer je vais commencer une nouvelle habitude de mâcher du chewing gum ou de faire quelques pompes ou de courir dès que l'envie de fumer me prend. Il s'agit de remplacer une mauvaise habitude par une moins mauvaise, voire par une bonne (mais en général les bonnes habitudes sont difficiles à acquérir car elles nécessitent un effort sur nous-mêmes). Mais nous ne voyons toujours pas de lien avec la stupidité. 

Le problème de l'habitude est exactement le même que son avantage. Par habitude nous accomplissons des gestes, des tâches, nous suivons un programme qui justement nous dispense de penser. Penser en effet est difficile, long, risqué car cela inquiète et nous met dans le doute, cela doit être structuré, articulé, profond, argumenté…

Dans: Obstacles à la pensée 

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Ce qui nous rend stupides (4) - L'avidité

9 octobre 2019 par jerome lecoq

 

Je partirai d'une présupposition : nous avons tous la possibilité d'être intelligents, profonds, rationnels, astucieux à divers moments de notre vie. Certains ont supprimé la plupart des obstacles qui se trouvaient sur la voie de l'intelligence et ils sont la plupart du temps "intelligents", d'autres ne l'ont pas fait et sont la plupart du temps dans le brouillard de la stupidité, cette forme d’inertie de la pensée, quoique celui-ci puisse se dissiper en quelques rares moments. Entre les deux se situe la majorité d’entre nous, qui oscille entre intelligence et stupidité.

En partant de ce postulat il m'a semblé intéressant d'identifier tous les obstacles qui se mettent sur notre route pour accéder à une raison puissante et efficace, souple, ouverte, dialectique.

 

L'avidité est un désir constant d'acquérir toujours plus : toujours plus de savoir, de richesse, de pouvoir, de reconnaissance, de pouvoir, d'amour, de sens. L'avidité s'applique à de nombreux "objets" qui sont autant de manques existentiels. En étant avides nous voulons être plus, nous ne nous satisfaisons pas de ce que nous sommes.

Pourquoi l'avidité nous rendrait-elle stupides ? A chaque type d'avidité son type de stupidité.

Savoir

L'avide de connaissances excite et stimule son intelligence par l'accumulation de savoirs souvent inutiles. Cette avidité le dispense de penser par lui-même et de réfléchir avec ce qu'il a : il préfère aller chercher ce qui a déjà été pensé par d'autres, il se noie dans les références et les autorités savantes. Il a le complexe de l'académique dont les notes de bas de pages sont plus importantes que son propre texte. Il veut constamment “se nourrir” de nouvelles sources d’informations de manière compulsive, il a un avis sur tout mais a du mal à penser et faire des hypothèses à partir de peu. Il ne sait plus créer sa propre pensée.

Ce type de stupidité par le savoir a déjà été développé dans un précédent articles (cf Ce qui rend stupide : le savoir)

L'avidité pour la richesse et les signes extérieurs qui l'accompagnent (souvent) témoignent d'un désir mimétique : on désire le désir de l'autre, on désire que l'autre désire ce que nous avons, qu'il nous envie. Ce désir est par nature superficiel et vide puisqu'il pointe vers un autre désir, en ce sens il est vain donc stupide.

Dans: Obstacles à la pensée Avidité 

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Ce qui nous rend stupides (3) - La bureaucratie

4 octobre 2019 par jerome lecoq

 

 

Qu'est-ce qui nous rend stupides ?

Je partirai d'une présupposition : nous avons tous la possibilité d'être intelligents, profonds, rationnels, astucieux à divers moments de notre vie. Certains ont supprimé la plupart des obstacles qui se trouvaient sur la voie de l'intelligence et ils sont la plupart du temps "intelligents", d'autres ne l'ont pas fait et sont la plupart du temps dans le brouillard de la stupidité, cette forme d’inertie de la pensée, quoique celui-ci puisse se dissiper en quelques rares moments. Entre les deux se situe la majorité d’entre nous, qui oscille entre intelligence et stupidité.

En partant de ce postulat il m'a semblé intéressant d'identifier tous les obstacles qui se mettent sur notre route pour accéder à une raison puissante et efficace, souple, ouverte, dialectique.

Je n’avais pas imaginé insérer cet article dans la série sur ce qui nous rend stupide mais en remplissant dernièrement ma demande de rachat d’un véhicule, je me suis rappelé que j’avais déjà écrit quelque chose que j’avais abandonné dans un coin et que cela pouvait finalement faire un cas intéressant de cause (extérieure pour le coup) de stupidité.

 

Phobie administrative

Avez-vous déjà eu des sueurs froides à l'idée de devoir remplir un formulaire, qu'il soit destiné aux impôts, à l'école de vos enfants ou pour les Ressources Humaines quand vous êtes recruté ? Moi si, j'ai toujours appréhendé le fait de devoir remplir une feuille ou des catégories étaient préremplies et où il fallait en plus fournir des documents annexes pour que le dossier soit complet. D'autant que souvent on n'est pas obligé de tout remplir et il y a toujours un moyen de déborder des cases. Mais cela on ne peut pas le savoir a priori. Le dernier exemple en date : le rachat d'une voiture à un particulier.

J'ai toujours eu l'impression d'être un cas particulier pour les formulaires. Quel bonheur quand j'arrivais à tout remplir d'un coup, quand j'arrivais facilement à me mettre dans une case. Rien ne m'a tant fait sentir que j'étais stupide inadapté et rien ne m'a plus agacé que les formulaires et les relations avec l'administration. Si vous saviez ce que j’ai dû faire pour ne serait-ce qu’être accepté à soutenir ma thèse de philosophie...

Quand j'étais ado c'est ma mère qui faisait tout cela pour moi mais maintenant...c'est vrai que les déclarations se sont simplifiées, le numérique est passé par là et je lui en suis reconnaissant d'ailleurs. Je ne sais pas s'il s'agit d'une maladie reconnue mais de toutes façons je n'envoie jamais mes feuilles de maladie. 

Dans: Obstacles à la pensée 

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Ce qui nous rend stupides (2) - Le savoir

29 septembre 2019 par jerome lecoq

Qu'est-ce qui nous rend stupides ?

Je partirai d'une présupposition : nous avons tous la possibilité d'être intelligents, profonds, rationnels, astucieux à divers moments de notre vie. Certains ont supprimé la plupart des obstacles qui se trouvaient sur la voie de l'intelligence et ils sont la plupart du temps "intelligents", d'autres ne l'ont pas fait et sont la plupart du temps dans le brouillard de la stupidité, cette forme d’inertie de la pensée, quoique celui-ci puisse se dissiper en quelques rares moments. Entre les deux se situe la majorité d’entre nous, qui oscille entre intelligence et stupidité.

En partant de ce postulat il m'a semblé intéressant d'identifier tous les obstacles qui se mettent sur notre route pour accéder à une raison puissante et efficace, souple, ouverte, dialectique.

 

Coupable n°2 : le savoir

Notre coupable n°2 est le savoir, qui inclut la connaissance et l'opinion. Il peut paraître contre-intuitif d'associer le savoir à la stupidité puisque le sens commun associe plutôt la connaissance avec l'intelligence. En quoi le savoir nous rendrait-il stupide ?

Je sais donc je veux (que les autres le sachent). Si je veux je n'observe pas.

La première raison c'est que quand nous savons des choses nous avons en général envie de faire savoir que nous savons, nous voulons exposer ce savoir puisque ce dernier est valorisé dans la société de la connaissance (soit-disant). Or ce désir d'exposition nous empêche bien souvent de voir : voir ce qui se dit, ce qui se passe, ce qui est en jeu ici et maintenant. Quand on sait on "s'invite un peu trop rapidement à la table du Divin" comme nous dirait Hegel. Nous risquons fréquemment de déverser notre savoir en le plaquant de manière artificielle sur le phénomène que nous vivons (mettons une discussion passionnée par exemple), nous masquant quelque peu sa réalité, sa vérité. En résumé, le savoir et l’expertise rendent paradoxalement aveugles et sourds.

Dans: Obstacles à la pensée 

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Ce qui nous rend stupides (1) - Les émotions

26 septembre 2019 par jerome lecoq

 

Qu'est-ce qui nous rend stupides ?

Je partirai d'une présupposition : nous avons tous la possibilité d'être intelligents, profonds, rationnels, astucieux à divers moments de notre vie. Certains ont supprimé la plupart des obstacles qui se trouvaient sur la voie de l'intelligence et ils sont la plupart du temps "intelligents", d'autres ne l'ont pas fait et sont la plupart du temps dans le brouillard de la stupidité, cette forme d’inertie de la pensée, quoique celui-ci puisse se dissiper en quelques rares moments. Entre les deux se situe la majorité d’entre nous, qui oscille entre intelligence et stupidité.

En partant de ce postulat il m'a semblé intéressant d'identifier tous les obstacles qui se mettent sur notre route pour accéder à une raison puissante et efficace, souple, ouverte, dialectique.

Le premier de ces obstacles identifiés sont les émotions. Dans les prochains posts, je parlerai des autres obstacles : le savoir, l’avidité, l’habitude, l’orgueil, la paresse, le désir, le pouvoir, l’obsession, l’amour.

Evidemment tous ces phénomènes sont liés et peuvent donner lieu à des combinaisons : si vous mélangez la colère et la peur vous obtenez la jalousie par exemple. C’est une invitation à la réflexion plutôt qu’un recensement exhaustif de tous les phénomènes qui nous rendent stupides

Coupable n°1 : les émotions

Que ce soient la peur, la tristesse, la colère ou même la joie, les émotions ont toutes un grand pouvoir de nous rendre stupides. Lorsque nous avons peur par exemple, nous pensons vite, beaucoup trop vite, et souvent mal. Nous réagissons plus que nous ne pensons.

Dans: Obstacles à la pensée 

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Ne vous indignez pas !

20 septembre 2019 par jerome lecoq

 

L’injustice par procuration

L'indignation. Pourquoi s'indigne-t-on ? De quoi s'indigne-t-on ? S'indigner c'est être touché d'une certaine manière, négative, lorsqu'une personne tierce est lésée, n'obtient pas ce qu'elle mérite ou au contraire obtient ce qu'elle ne mérite pas. L’indigné est en colère mais pas comme si on s'en prenait à lui directement : l'indignation est une émotion par procuration, une révolte face au constat d’une injustice.

L’indignation est moins forte que l’horreur, la sidération ou le dégoût. Dans l’indignation on est encore dans un cadre de justice, dans un schéma de règles morales : l’indignation est encore mêlée de l’espoir de rétablir la balance en réparant les torts de celui qui a été lésé, en réparant l'injustice. On n’est pas indigné de la découverte des camps de la mort ou quand on apprend le massacre du Bataclan : on est sidéré, glacé, tétanisé, on ne peut pas y croire, cela va au-delà de ce que nous pouvions imaginer. Il n’y plus rien à réparer après cela, juste tenter de reconstruire sur de nouvelles bases.

La dignité : une qualité de seigneur

Il y a une forme de surprise et de déception dans l’indignation : quand on s’attend à quelque chose, peut-on encore s’en indigner ?

Dans: Reconnaissance Victime Indignation 

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Les consolations de l'existence : 1 - Être aimé(e) - Cendrillon

20 septembre 2019 par jerome lecoq

L’être humain souffre. De ses limites, de sa finitude, de la distance entre son être et ses aspirations, de la fracture de son être, éclaté entre diverses aspirations ou pulsions, de la tension entre son individualité et son entourage. Pour compenser, pour traiter sa douleur à défaut de la guérir, nous nous inventons des consolations, diverses manières d’exister qui nous permettent de survivre existentiellement. Certes, on peut aussi nommer cela « projet de vie » ou « manière d’être ». Nous le nommons consolation. Et nous relisons divers auteurs dans cette perspective, afin de comprendre comment chacun de nous se console, chacun à sa façon.

Dans: Consolations Amour 

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Du bonheur d'être inutile

11 septembre 2019 par jerome lecoq

 

Etre un moyen et pas une fin

Nombreuses sont les personnes qui veulent être utiles, apporter de la valeur, “faire grandir” les autres, satisfaire leurs besoins voire leurs désirs. Dans une société largement utilitariste cette notion d'utilité est largement non-questionnée. Pourtant si on y réfléchit bien, cette valeur de l'utilité est-elle aussi légitime qu'elle paraît ? Devrions-nous tous vouloir être utiles ou peut-on se satisfaire voire se réjouir, rechercher et revendiquer l'inutilité ?

Je connais personnellement peu de personnes qui brandissent avec fierté leur inutilité. A part des philosophes qui se targuent de pratiquer une activité, la philosophie, qui ne "servirait à rien" (mais en fait ils ont une très haute opinion de la philosophie qui selon eux est “au-delà du concept de l'utilité”).

Dans: Utilité 

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Qu'est-ce que l'humour ?

6 septembre 2019 par jerome lecoq

 

Rupture

C'est un langage, une forme d’esprit ou un mode d’expression qui consiste à souligner, en le transformant, un aspect de la réalité d'une manière qui déclenche le sourire ou le rire chez autrui. L’humour cherche à produire un effet comique.

En général, est comique ou drôle ce qui surprend, qui va complètement à l'opposé de ce que nous pourrions attendre du déroulement de la réalité, ce qui fait des rapprochements ou des comparaisons incongrues. 

L’humour, au même titre que la pensée, introduit une rupture dans le cours habituel des choses, il constitue un jeu de langage, ou une forme de vie, qui détonne, qui modifie la perception de la réalité, qui sort du mode de l’”insurprenance” des objets dans le monde quotidien pour reprendre le mot de Heidegger. Selon ce dernier nous vivons au milieu d’un réseau d’outils qui ont une destination attendue : l’humour détourne ces outils de cette destination et leur en assigne une nouvelle, créant ainsi un nouveau monde parallèle.

Dans: Humour 

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Pourquoi avons-nous des préjugés ?

27 août 2019 par jerome lecoq

 

Pendant la petite enfance, lorsque nous commençons à faire l'apprentissage de la vie, nous tirons des leçons de l'experience quotidienne par un jeu d'essais et d'erreurs qui nous permettent peu à peu de nous former des jugements sur le monde : le feu cela brûle, tomber du canapé cela fait mal, taper maman cela n'est pas bien etc. Puis, avec l'acquisition du langage, nous pouvons acquérir des croyances qui nous sont transmises par nos parents : nous n'avons aucune raison de les mettre en doute et les prenons pour acquises. Ce sont des préjugés.

Nous n'apprendrions pas grand-chose si nous n'avions pas des préjugés sur le monde. Par exemple nous jugeons nos parents dignes de confiance quand ils nous apprennent ce que nous prenons pour des vérités, comme l'existence du Père Noël par exemple ou le fait que pour réussir dans la vie il faut avoir de bonnes notes à l'école. La confiance en nos parents, en nos éducateurs et nos professeurs, est le premier préjugé utile afin d'apprendre à fonctionner dans l’existence.

Or parmi les apprentissages fondamentaux il y a l’esprit critique et une manière de bien conduire notre raison. Car c’est une réflexion construite et argumentée, qui nous permettra de dire si nos préjugés étaient fondés en raison et peuvent être confirmés ou si au contraire il convient de s'en débarrasser en tant qu'idée sans fondement. Cela fait partie de l'éducation de désapprendre ce que nous avions appris pour le reconstruire rationnellement.

Dans: Croyances et Préjugés 

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Pourquoi avons-nous des secrets ?

22 août 2019 par jerome lecoq

 

Un secret est la connaissance d'une action, d'une pensée ou d'une parole, prononcée ou faite pour nous-mêmes ou autrui, que nous voulons cacher à autrui. Le secret a toujours une fonction de protection : par le secret, nous nous protégeons nous-même ou autrui du jugement moral ou des conséquences concrètes et néfastes que la révélation du secret aura.

Protéger son image ou celle d’autrui

Nous pouvons vouloir garder le secret pour quatre raisons principales :

La première est par culpabilité ou honte de la pensée ou de l'action secrète. C’est un secret dans la relation à moi-même et à l’image que je veux donner de moi : je garde le secret pour me protéger de la condamnation morale par mon prochain.

C'est par exemple le fait d'avoir eu des pensées envieuses pour la femme d'un ami ou d'avoir commis une action répréhensible comme de voler dans la caisse d'un magasin ou dans le portefeuille de ses parents. Parfois le secret est lourd à porter et la culpabilité nous ronge tellement que nous nous sentons obligés, afin de nous libérer du poids du secret, de le confier à un tiers de confiance, ou encore mieux à un étranger dont nous savons qu'il n'a aucun enjeu personnel avec nous. C'est dans la religion catholique d'ailleurs la fonction de la confession de faire en sorte que le confessé soulage sa conscience auprès du confesseur, généralement un prêtre. D’aucuns prétendent d’ailleurs que la psychothérapie présente la version séculière moderne de la confession religieuse.

Porter un secret est lourd et cela mobilise nos forces mentales tant la tentation est grande d'en partager le fardeau : livrer un secret c'est effectivement prendre le risque de se faire condamner mais aussi celui de se faire comprendre et donc aussi accepter et excuser d’une certaine manière. Comprendre quelqu’un serait ainsi l’excuser pour son humanité.[1]

Dans: Culpabilité Peur Secret Honte Fragilité 

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S'excuser d'exister

17 août 2019 par jerome lecoq

 

Quelles sont les excuses que nous nous donnons au quotidien pour éviter d’assumer nos désirs, nos croyances ou tout simplement notre existence ?

Le temps

Il y a le temps tout d'abord. Prétendre “Ne pas avoir le temps”, n'est-ce pas le signe de la plus grande aliénation ? Celui qui prétend qu'il n'a pas le temps, prétend que ce n'est pas lui qui décide de l'occupation de son temps, qu'il est donc impuissant et aliéné. Ce faisant il est évidemment de mauvaise foi : il faut entendre qu'il ne veut pas prendre le temps.

Or pourquoi ne veut-on pas “prendre le temps” de faire quelque chose ? Parce que cette chose ne nous intéresse pas ou nous embête carrément. Ou alors si cette chose nous attire il faudrait dire que "cette activité, malgré tout le plaisir qu'elle me procure ou pourrait me procurer ne fait pas partie de mes priorités parce que j'ai choisi de privilégier telle autre activité pour telle raison.” Voici une réponse bien plus authentique qui a le mérite de montrer vos objectifs à vous-même et aux autres, au cas où vous ne les auriez pas formulés consciemment, (par manque de temps encore ?). Peut-être vos priorités sont elles mal hiérarchisées, incohérentes ou illégitimes mais au moins ce sont vos priorités, volontairement et délibérément choisies. Et changer ses priorités cela demande du temps, temps qu'il ne faut pas éviter sous peine d’agir par ignorance, comme un fou ou une machine.

 

Dans: Culpabilité 

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Peut-on aimer sa tristesse ?

8 juillet 2019 par jerome lecoq

 

Drôle d'association a priori puisque la tristesse s'oppose à la joie qui est associée à l'amour, “joie qu'accompagne l'idée de sa cause extérieure” comme nous le dit Spinoza. Si la tristesse, encore selon Spinoza, est une "diminution de notre puissance d'exister" alors on ne voit pas bien comment on pourrait aimer ce rabougrissement de l'âme, ce repli en soi. Pourtant on peut y voir une certaine forme de confort : celui ou celle qui se complait dans sa tristesse se réfugie dans son intériorité, peuple son univers mental de ses personnages tristes, se joue et se rejoue sa propre tragédie familière. Il se fait le héros tragique d’une pièce grandiose.

Dans: Tristesse 

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Cet été, je travaille ma pensée

26 juin 2019 par jerome lecoq

Profitez des vacances pour travailler votre pensée !


Les vacances arrivent à grands pas, enfin le moment de souffler, prendre du recul, se ressourcer… Le moment aussi de nous occuper de nous et de notre pensée, de notre existence, de notre esprit. Le tourbillon quotidien de la vie nous sert trop souvent d'excuse pour repousser aux calendes grecques les choses vraiment importantes : comment nous pensons et surtout comment nous pensons-nous ?
C'est pourquoi nous avons développé pour vous, un programme estival sur mesure, qui s'adresse à tous ceux et celles, adultes et ados, qui sont curieux de s’exercer au dialogue et de se prêter au jeu du questionnement afin d’améliorer leur compétences cognitives et intellectuelles, de mieux se connaître et se positionner dans l’existence. Nous vous proposons 3 formules par email ou visioconférence, pour correspondre au mieux à vos attentes, disponibilités et budgets.

A noter : Ce programme ne nécessite aucune connaissance philosophiqueparticulière, venez comme vous êtes.

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Programme d'ateliers à la carte pour l'été 2019

25 juin 2019 par jerome lecoq

Vous trouverez dans ce document le programme détaillé pour l'ensemble des ateliers de la Formule 3 du "Programme à la carte" du 12 aout au 1er septembre 2019.

 

Réfléchir avec une fable : le Lion, le Loup et le Renard

21 juin 2019 par jerome lecoq

Un Lion décrépit, goutteux, n'en pouvant plus, 

Voulait que l'on trouvât remède à la vieillesse : 

Alléguer l'impossible aux Rois, c'est un abus.(1) 

Celui-ci parmi chaque espèce 

Manda des Médecins ; il en est de tous arts : (2)

Médecins au Lion viennent de toutes parts ; 

De tous côtés lui vient des donneurs de recettes. 

Dans les visites qui sont faites, 

Le Renard se dispense, et se tient clos et coi. (3)

Le Loup en fait sa cour, daube (4) au coucher du Roi 

Son camarade absent ; le Prince tout à l'heure 

Veut qu'on aille enfumer Renard dans sa demeure, 

Qu'on le fasse venir. Il vient, est présenté ; 

Et, sachant que le Loup lui faisait cette affaire : 

Je crains, Sire, dit-il, qu'un rapport peu sincère, 

Ne m'ait à mépris (5) imputé 

D'avoir différé cet hommage ; 

Mais j'étais en pèlerinage ; 

Et m'acquittais d'un voeu fait pour votre santé. 

Même j'ai vu dans mon voyage 

Gens experts et savants ; leur ai dit la langueur 

Dont votre Majesté craint à bon droit la suite. 

Vous ne manquez que de chaleur : 

Le long âge en vous l'a détruite : 

D'un Loup écorché vif appliquez-vous la peau 

Toute chaude et toute fumante ; 

 

Dans: Morale 

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Réfléchir avec une fable : le corbeau, la gazelle, la tortue et le rat.

21 juin 2019 par jerome lecoq

La Gazelle, le Rat, le Corbeau, la Tortue,

Vivaient ensemble unis : douce société.

Le choix d'une demeure aux humains inconnue

Assurait leur félicité.

Mais quoi ! l'homme découvre enfin toutes retraites.

Soyez au milieu des déserts,

Au fond des eaux, en haut des airs,

Vous n'éviterez point ses embûches secrètes.

La Gazelle s'allait ébattre innocemment,

Quand un Chien, maudit instrument

Du plaisir barbare des hommes,

Vint sur l'herbe éventer les traces de ses pas.

Elle fuit, et le Rat, à l'heure du repas,

Dit aux amis restants : D'où vient que nous ne sommes

Aujourd'hui que trois conviés ?

La Gazelle déjà nous a-t-elle oubliés ?

A ces paroles, la Tortue

S'écrie et dit : Ah si j'étais

Comme un Corbeau, d'ailes pourvue,

Tout de ce pas je m'en irais

Apprendre au moins quelle contrée,

Quel accident tient arrêtée

Notre compagne au pied léger ;

Car, à l'égard du cœur, il en faut mieux juger.

Le Corbeau part à tire d'aile :

Il aperçoit de loin l'imprudente Gazelle

Prise au piège, et se tourmentant.

Il retourne avertir les autres à l'instant.

Car, de lui demander quand, pourquoi, ni comment

Ce malheur est tombé sur elle,

Et perdre en vains discours cet utile moment,

Comme eût fait un maître d'école

Il avait trop de jugement.

Le corbeau donc vole et revole.

Sur son rapport, les trois amis

Tiennent conseil. Deux sont d'avis

De se transporter sans remise

Aux lieux où la Gazelle est prise.

L'autre, dit le corbeau, gardera le logis :

Avec son marcher lent, quand arriverait-elle ?

Après la mort de la gazelle.

Ces mots à peine dits, ils s'en vont secourir

Leur chère et fidèle compagne,

Pauvre Chevrette de montagne.

La Tortue y voulut courir :

La voilà comme eux en campagne,

Maudissant ses pieds courts avec juste raison,

Et la nécessité de porter sa maison.

Rongemaille (le Rat eut à bon droit ce nom)

Coupe les nœuds du lacs : on peut penser la joie.

Le chasseur vient et dit : Qui m'a ravi ma proie ?

Rongemaille, à ces mots, se retire en un trou,

Le Corbeau sur un arbre, en un bois la Gazelle :

Et le Chasseur, à demi-fou

De n'en avoir nulle nouvelle,

Aperçoit la Tortue, et retient son courroux.

D'où vient, dit-il, que je m'effraie ?

Je veux qu'à mon souper celle-ci me défraie.

Il la mit dans son sac. Elle eût payé pour tous,

Si le Corbeau n'en eût averti la Chevrette.

Celle-ci, quittant sa retraite,

Contrefait la boiteuse, et vient se présenter.

L'homme de suivre, et de jeter

Tout ce qui lui pesait : si bien que Rongemaille

Autour des nœuds du sac tant opère et travaille,

Qu'il délivre encor l'autre sœur,

Sur qui s'était fondé le souper du Chasseur.

Jean de La Fontaine

 

Eloge de la coopération

Ce qui frappe d'emblée dans cette fable, c'est la force d'un collectif, sa plasticité et sa résilience. Pris individuellement chacun de ces animaux n'a rien d'exceptionnel ni de particulièrement noble au sens anthropomorphique : la tortue est lente et pesante, elle qui doit porter sa maison sur son dos. Le rat est petit et possède une réputation de chapardeur et véhicule des maladies. Le corbeau est signe de mauvais présage, pousse des cris stridents et n’est pas particulièrement gracieux. La gazelle enfin, si elle est légère et rapide, est la cible généralement des grands prédateurs et a besoin d'être en troupeau pour survivre : elle est fragile. Aucun de ces animaux de ne pourrait survivre seul dans la nature qui demande des aptitudes à la compétition féroce qu’ils ne possèdent pas, au moins dans l’imaginaire collectif.

 

Dans: Fables Morale 

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Socrate manager

3 juin 2019 par jerome lecoq

Quand on me demande quel philosophe aurait fait un bon manager, il n'y a qu'un nom qui me vienne à l'esprit : Socrate. Pourquoi ?

Premièrement parce que Socrate ne prêche pas, n'ordonne pas, n'impose pas, ne fait pas la leçon : il questionne et invite son interlocuteur, par des déductions faites à partir de ses réponses, à mettre au jour les présupposés qui le font agir. Socrate met en lumière les motivations des hommes et leur permet de s’auto-examiner et de s’orienter dans leur vie en pleine conscience.

Les interlocuteurs de Socrate finissent par mieux se connaître et par conséquent mieux choisir leurs actions en fonction d'une finalité et de valeurs qui leur paraissent adéquates : ils donnent du sens à leur action en réfléchissant dessus grâce aux questions de Socrate.

Or le rôle principal du manager est de donner du sens aux actions qu'il demande d'effectuer : ce sens repose sur une finalité, un projet clair et désirables pour des collaborateurs qui possèdent les compétences pertinentes. Le bon manager doit donc connaître ses collaborateurs ainsi que les compétences requises par le travail qu'il leur demande d'effectuer. Or pour cela le questionnement socratique est un outil formidable.

Dans: Management Socrate 

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Se réconcilier avec le jugement

3 juin 2019 par jerome lecoq

"Je ne veux pas de jugement", "il ne faut pas juger, nous allons discuter sans jugement". Que de jugements à propos du jugement !

Pourquoi a-t-on décidé si rapidement de jeter aux orties une des capacités pourtant les plus fondamentales de l'esprit humain. Poser un jugement c'est attribuer une valeur à une proposition, c'est évaluer la fausseté ou la véracité d'une assertion, c'est décider de ce que l'on pense, se prononcer à propos de quelque chose, momentanément du moins.

Un jugement sans argument est orphelin, bancal, arbitraire, tyrannique, auto-institué, catégorique (sous entendu : “parce que c'est comme ça”, “parce que je l'ai dit”). Il y a des jugement hypothétiques, apodictiques et catégoriques selon Kant. C'est la dernière catégorie que nous redoutons car elle porte avec elle un côté sentencieux, éternel donc divin et nécessairement illégitime pour nous pauvres être mortels.

Mais puisque nous nous contentons de jugements hypothétiques qui par définition sont réfutables pourquoi donc a-t-on tellement peur de poser des jugementset a fortiori de poser un jugement sur les personnes, sur les êtres, sur les individus ?

Dans: Jugement 

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La résolution comme remède à l’angoisse de la liberté (ou de son illusion)

20 mai 2019 par jerome lecoq

 

La liberté fait peur parce que, comme par exemple Sartre l’a bien décrit, elle nous livre à l'angoisse existentielle de faire un choix, de nous choisir un projet, par conséquent de renoncer à d'autres voies possibles, de nous fermer des portes et de nous engager dans une voie sans évidemment savoir où celle-ci nous mènera.

La liberté nous met face à notre responsabilité mais aussi nous met face à nous-mêmes : "ai-je les capacités, les compétences, les vertus nécessaires pour entreprendre telle ou telle chose ? Vais-je me faire confiance pour aller jusqu'au bout et les autres vont-ils me faire confiance, me suivre dans mon "aventure" ?

Que d'inconnues s'ouvrent à nous en même temps que se découvre notre liberté ! Quelles conséquences sur mon environnement aura mon choix, pourrai-je revenir en arrière ? Les choses seront-elles jamais comme avant ou est-ce que je crée une nouvelle situation en exerçant ma liberté ? Telles sont les questions qu’ouvre la liberté.

Dans: Engagement 

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L'intelligent artificiel

14 mai 2019 par jerome lecoq

 

"Il est intelligent. Il a des intuitions. Il ne pense pas. Il prononce, il profère, il éructe, ne parle pas. Bribes et miettes. Il n’entend rien, ni autrui, ni lui-même. Lambeaux d’esprit éparpillés dans le désert." (O.B.)

"L’intuition c’est comme le talent. Sans travail ce n’est qu’une sale manie." m'a dit un jour quelqu'un.

Sans travail les intuitions s'expriment. Mal, en général, sous formes d'opinions qui surgissent comme des fulgurances et que le Sujet est bien en peine d'argumenter et de justifier, en dépit de son intelligence. Il compensera cette non-pensée par un surcroît d'énergie émotionnelle et corporelle, comme l'on voit parfois ces personnes qui tentent d'évangéliser les masses en répétant un monologue et qui s’excitent au son de leur propre voix ou d’autres qui se défoulent dans une logorrhée écrite sur les réseaux sociaux.

Dans: Obstacles à la pensée Avidité Intuition Complication Stupidité Aphorismes 

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Seuls les faibles font le mal

23 avril 2019 par jerome lecoq

 

 

 

"Faibles

Seuls les faibles font du mal aux autres. Ils sont ignorants, inconscients, maladroits et peu efficaces." (O. Brenifier)

Qui sont les "forts" dans notre société ? Ceux qui ont confiance, qui font confiance, qui sont généreux, qui sont ouverts, qui sont curieux, perspicaces et aiment se confronter aux autres afin de les découvrir, qui ne se comparent pas mais se développent en apprenant, travaillent sur eux-mêmes avec les autres.

Ils ne sont pas nés forts, ils le sont devenus par un long apprentissage réfléchi de la vie à travers des expériences qui les ont mis à l’épreuve. Ceux-ci ne feront pas de mal parce qu'ils n'agissent que dans le but de comprendre, de donner, de développer, d'améliorer, de construire, d'approfondir, de transmettre et d'éduquer. Même s'ils le font dans un but égoïste et qui leur donne également richesse et puissance, ces deux "biens" ne sont que des effets secondaires de leur objectif principal. Avant d'agir donc ils questionnent, ils apprennent, ils travaillent, consultent, affinent leur pratique, formulent leurs objectifs, prennent conscience de ce qu'ils veulent et en discutent le bien-fondé. Ce type d’hommes et de femmes se retrouve dans toutes les professions mais ils ont en général un côté entreprenant et entrepreneur car ils ont besoin d’exprimer une certaine forme de liberté.

Dans: Faiblesse Mal Négatif Aphorismes 

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Décevez votre famille

18 avril 2019 par jerome lecoq

 

"Déception

Décevoir ses amis est plaisant. Expérience de liberté, expérience de puissance. Décevoir sa famille est une obligation morale." (O.B.)

Faire l'expérience de sa liberté et de sa puissance est chose plaisante que nous devrions rechercher plus souvent pour elle-même, puisque les contraintes, les obligations, le devoir, le respect des règles rythment notre vie. Or il est un moment, certes en général vécu négativement, où cette liberté et cette puissance trouvent leur place naturelle. C'est le moment où nous décevons les attentes qu'autrui a de nous, attentes qui sont souvent illégitimes.

Dans: Tristesse Famille Aphorismes 

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Abandonner les connaissances, les plans et la sagesse

17 avril 2019 par jerome lecoq

 

 

"Abandon

Les connaissances sont utiles. Les plans sont utiles. La sagesse est utile. Surtout lorsque l’on sait les abandonner.” (O. Brenifier)

 A un moment donné il faut savoir lâcher tout ce qui nous rassure : la connaissance qui nous donne l'illusion de la certitude, de la solidité de notre savoir et du fait d'être dans notre "bon droit", le plan celui de la connaissance de l'avenir, de la maîtrise de l'atteinte de notre objectif et de la prévision des risque et des alea et enfin la sagesse qui nous donne l'illusion que nous adoptons l'attitude la plus raisonnable, celle qui obtiendra l'assentiment du plus grand nombre et qui nous rendra conforme à ses attentes.

Dans: Accumulation Obstacles à la pensée Avidité Connaissance Liberté Aphorismes 

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Pourquoi aimons-nous quelqu'un ?

16 avril 2019 par jerome lecoq

 

L'amour comme consolation à deux niveaux

Voici une redoutable question pour un philosophe puisque l'amour est par définition un objet assez flou car il existe plusieurs formes d'amour et qui plus est ce concept contient beaucoup d'irrationnel.

Essayons malgré tout de dégager quelques tendances pour débroussailler le sujet.

Pour cela je partirai d'un présupposé assez fort : l'être humain souffre de manière existentielle d'un décalage entre un désir infini (ou d'infini, de transcendance, d'absolu) et la conscience qu'il est lui-même limité par sa nature humaine, biologiquement, intellectuellement, affectivement.

Pour se consoler de cette souffrance ontologique ou existentielle il a trouvé un merveilleux et puissant subterfuge, l'amour. On ne saurait décider pour l'instant si c'est une ruse intellectuelle ou physique, peut-être les deux à la fois.

L’amoureux va donc chercher à se consoler en aimant quelqu'un et si possible en se faisant aimer de lui en retour, ce qui n'est, malheureusement pas garanti. D'emblée l'amour surgit comme un pari, comme une prise de risques, accompagné comme dans tout pari d'espoirs qui seront déçus ou comblés.

Voilà pour la question de savoir pourquoi nous aimons, c’est une activité de consolation de l’âme assez puissante bien qu’elle entre en concurrence avec d’autres consolations comme la religion, le pouvoir, la philosophie, le plaisir...

La question maintenant de savoir pourquoi nous aimons telle personne et pas une autre a-t-elle une réponse ? Aimons-nous autrui parce qu'il nous est familier, proche, ressemblant ou au contraire parce qu'il nous intrigue voire nous fascine par sa différence, son étrangeté, son mystère ?

Dans: Amour 

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3 manières de refuser le dialogue

12 avril 2019 par jerome lecoq

 

"Il y a ceux qui aiment bien dire "on ne peut pas séparer les choses comme cela" il y ceux qui aiment bien dire "cela n'a strictement rien à voir" et puis il y a ceux qui refusent de dire autre chose que ce qu'ils disent." (O. B.)

 

Il y a d’abord ceux qui disent qu’il est impossible de séparer donc d'analyser les choses qui fonctionnent en système dynamique : les séparer c'est les tuer donc on ne peut pas analyser le fonctionnement d'un système, seulement décrire ses effets.

Or nous passons notre temps à séparer les choses afin d'en parler : nous séparons le contenu d'un discours de sa forme, l'objectif des moyens pour y parvenir, l'être de l'apparaître, le pouvoir de la séduction, l'émotion du comportement. Sans séparation artificielle par le langage, pas de langage donc pas de pensée. C'est pour cela que la pensée n'est jamais neutre puisqu'elle prend parti en choisissant de distinguer ce qu'elle veut distinguer au sein de monde ambiant.

Dans: Rigidité Obstacles à la pensée Dialogue Déni Aphorismes 

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Petite philosophie du nageur

8 avril 2019 par jerome lecoq

 

Chose curieuse que l'amour : son objet nous est si proche que l'on développe une mystique et l'on pense que l'on ne peut en parler parce que les autres "ne pourraient pas comprendre" ce que nous vivons avec l'être aimé.

J'ai une histoire d'amour qui dure depuis 35 ans et dont je n'ai jamais parlé en philosophe, certain que ce que je vivais ne pouvait être compris que par ceux qui pratiquaient le même amour. Il est temps de sortir de la singularité et de vous parler de mon amour au grand jour. Je vais donc vous parler non pas d'une femme ou d’un homme mais de la natation.

Pour le nageur, plonger dans l'eau c'est toujours, malgré la désagréable froideur du premier contact, retrouver un élément confortable et protecteur, celui dont nous venons tous avant d'arriver au monde : le liquide. L'élément liquide nous enveloppe totalement, nous entoure, nous porte : nous y baignons. Dans l'eau nous sommes en apesanteur, nous volerions presque si la résistance ne nous rappelait à sa matérialité.

Là tout n'est que silence et légèreté, en tous cas pendant le court moment où nous nous retrouvons en immersion totale, c’est-à-dire après la partie aérienne du plongeon et après le virage, que nous appelons "culbute" dans notre jargon. Rentrer dans l'eau est à la fois une effraction dans un élément fondamentalement étranger et un retour à quelque chose de très familier, la matrice.

Dans: Nager 

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Pourquoi voulons-nous être reconnus ?

13 mars 2019 par jerome lecoq

 

Certains sont prêts à tout pour se faire reconnaître, pour que l'on fasse attention à eux, quitte à se faire détester et à se faire attaquer. Plutôt la violence de l'attaque que l'ignorance ou le mépris. Rien n'est pire que de ne pas exister pour autrui : c'est logique car si l'on en croit Hegel, je ne peux me reconnaître qu'à travers le regard d'autrui. Seul autrui atteste de mon existence à mes propres yeux, seul autrui peut être le miroir de ce qui se joue en moi et me permet de le voir. Sans cela je pourrais sentir que j'existe mais non me reconnaître comme un être pensant ou spirituel. L'enjeu de se faire reconnaître est donc de se reconnaître tout simplement.

Certains sont prêts à aller jusqu'à se faire agresser et donc à souffrir plutôt que de risquer l'ignorance, la compassion ou la pitié qui témoignerait de leur état d'infériorité, d'aliénation et d'impuissance. La souffrance est en effet un moyen d'exister : on pourrait raconter l'histoire du monde à travers le prisme de la souffrance. Que serait Jésus sans la souffrance, sans la passion, sans l'abandon, l'humiliation ? La souffrance inspire le respect, elle donne une dimension dramatique au Sujet quand sans elle il ne serait peut-être que pauvre, chétif et mesquin. La souffrance élève parce qu'elle met le Sujet à l'épreuve et autrui ne peut ignorer celui qui souffre car par empathie il souffre lui-même. Au moins faut-il que cette souffrance soit visible aux yeux d'autrui : celui qui cherche la reconnaissance a tout intérêt à ce que sa souffrance soit visible, voire spectaculaire.

Celui qui souffre ostensiblement cherche à ce qu'autrui lui accorde une valeur pour le prix de sa souffrance, comme si cette souffrance lui ouvrait des droits à la valeur, la dignité, la reconnaissance.

 

Dans: Reconnaissance 

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La philosophie en entreprise

11 mars 2019 par jerome lecoq

Une réflexion aux implications majeures ?

Article paru dans le n°51 de la revue Office et Culture

Dans: Citations dans la presse 

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Mémoire et oubli

21 février 2019 par jerome lecoq

 

Qu'il serait doux de pouvoir oublier à volonté ce que nous savons ! Ou bien de pouvoir l'archiver et ne le retrouver qu'en cas de besoin, comme avec un ordinateur. Hélas (ou heureusement) notre mémoire ne fonctionne pas comme un ordinateur et nous ne pouvons pas oublier volontairement ce que nous savons, que ce soit un savoir théorique, empirique ou même un savoir-faire. On ne peut pas “dé-savoir” et effacer un souvenir comme on efface un fichier sur son ordinateur : ce qui est fait est fait et le savoir est une action. Pour dire “je sais” quelque chose, il faut le penser et la pensée est une action.

Dans: Obstacles à la pensée Oubli 

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La peur la rend lucide

15 février 2019 par jerome lecoq

 

 

"Lucidité

Sa peur la rend lucide. Elle leur parle. Mais la peur de la peur les empêche d’écouter." (O. Brenifier)

 

Quelqu'un qui a peur montre sa peur, il la communique à autrui, même s'il ne laisse pas sa peur prendre possession de lui. Celui qui a peur mobilise toutes ses ressources cognitives afin d'échapper au danger réel ou imaginaire. Quand nous faisons face à quelqu’un qui a peur cela influe sur notre imagination, faisant ressortir nos propres peurs enfouies. La peur, comme le rire, est communicative et très vite elle peut se muer en son extrême, la panique. La peur se sent, comme une odeur.

 

Dans: Obstacles à la pensée Faiblesse Peur Aphorismes 

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Leur âme les rançonne

13 février 2019 par jerome lecoq

 

"Dédain

Plongés dans un abîme de dédain pour leur petit être, ils sont fascinés par eux-mêmes. Plus ils se détestent, plus ils s’ignorent, plus encore leur âme se rabougrit et les rançonne durement.” (O. Brenifier)


Comment peut-on à la fois se dédaigner donc s'ignorer, se mépriser, être indifférent à soi-même et en même temps être fasciné par soi. A priori ce qui nous fascine nous attire et dédaigner c'est plutôt repousser, éloigner...

Qu'est-ce qui peut les fasciner chez eux-mêmes si ce n'est leur capacité à faire le mal, à rater, à déplaire, à blesser, à éloigner autrui ?

Dans: Dédain Aphorismes 

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La vérité est ce que l'on attend

5 février 2019 par jerome lecoq

 

Vérité

Bien souvent la vérité, c'est ce que l'on attend. On considère vrai ce qui est conforme à nos schémas établis. Ainsi, tout ce qui serait surprenant ou inattendu serait faux. Nous appelons cela incohérence. Mais ce n'est qu'un désir de confort et de protection. (O. Brenifier)

Nous sommes des êtres de désir : même quand nous prétendons écouter sans juger, nous ne faisons que vouloir que ce que nous entendons confirme ce que nous en pensons déjà. Nous sommes des être qui jugeons constamment a priori, n’en déplaise à tous les bien-pensants qui prêchent le “il ne faut pas juger”.

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Promesse

17 janvier 2019 par jerome lecoq

 

"Promesse

Il n’y a pas que ça. Il y a toujours autre chose. Ce n’est jamais assez. Ailleurs, toujours ailleurs, plus loin, plus tard, se trouvent le vrai, le beau et le bien, l’utile et le merveilleux." (O. Brenifier)

 

"Un “tiens” vaut mieux que deux "tu l'auras" “: voilà un bon conseil de sagesse, pour une fois. N'attendons pas que l'on tienne les promesses qui nous ont été faites (et ceci inclut celles que nous nous faisons à nous-mêmes) mais exigeons un commencement d’action ici et maintenant, ne serait-ce que pour avoir une preuve de bonne volonté et éventuellement de compétence.

Cela me fait penser à ces coachs ou ces formateurs que nous invitons régulièrement à nous montrer leur pratique à l'occasion de séminaires de pratique philosophique où nous montrons la nôtre en public. Ils disent toujours "ce n'est pas le moment...", "une autre fois", "je ne suis pas en forme", "je n'ai rien préparé", "il me faut un cas concret" et on ne voit rien. Cela me rappelle également une phrase de Coluche sur les hommes politiques : “ils nous vendent de l'intelligence et ils n'ont pas un échantillon sur eux". On devrait toujours avoir un échantillon sur nous pour montrer tout de suite, ici et maintenant ce que l'on sait faire. “Toujours prêt”, comme disent les scouts. Ne jamais repousser à plus tard, toujours faire avec ce que l'on a, hic et nunc.

Ils sont si nombreux ceux qui exigent "plus de moyens, plus d'argent, plus de temps, plus de reconnaissance, plus d'engagement". Pourquoi ne pas déjà voir ce que vous avez et en tirer le maximum ? Principe de frugalité, principe d'économie, principe de générosité.

En sport ce sont les entraînements où nous sommes le moins en forme et pour lesquels nous avons le moins d'envie mais que nous faisons quand même, qui sont les plus gratifiants. La liberté c'est faire ce que l'on ne veut pas et ne pas faire ce que l'on veut. Dire : je le fais tout de suite, sans délai, sans attendre plus ni plus tard, sans aller ailleurs mais en restant ici, sur place est une manière de se libérer de notre peur de la mise à l’épreuve.

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Supplément d'âme

11 janvier 2019 par jerome lecoq

 

Sagesse

Phrases profondes, prêtes à l’emploi. Sagesse à bon marché. Vérités éternelles, sans bavure. Douceurs qui fondent sous le palais. Supplément d’âme, en toute tranquillité. (O. Brenifier)

 

Peut-être va-t-on bientôt créer des instituts de sagesse comme il y a des instituts de bien-être. On nous lirait des messages de sagesse tout en nous massant dans un jacuzzi, avec une lumière tamisée et une musique d'ambiance. C'est même peut-être déjà pratiqué puisque l'on peut méditer sur des applications qui vous font répéter des phrases, comme des mantras, censées vous ouvrir à leur sens profond. Pourquoi pas..je ne pense pas que cela fasse de mal bien que je pense que cela soit inefficace et pernicieux puisque cela présuppose qu'en entendant un message et en nous concentrant dessus nous serons capables de nous l'appliquer à nous-mêmes.

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L'art peut tout

8 janvier 2019 par jerome lecoq

Art

L’art est véridique, l’art est mensonger ; il endort ou éveille. L’art pacifie, l’art enivre ; il moralise ou libère. L’art est apparence, l’art est substance ; il est traître ou loyal. Éternel et éphémère. (O. Brenifier)

L'art est un performatif : il a pour vocation de provoquer quelque chose chez le public, que ce quelque chose soit une idée, une image, une sensation, une émotion. Le pire pour une œuvre d'art est peut-être l'indifférence. L'art est donc toujours une médiation de l'artiste à lui-même et de l'artiste au public aussi bien que du public à lui-même. L'art, au même titre que la pensée, est avant tout dialogue. Le problème est de savoir ce qu'il dit : on sait ce qu'il provoque chez autrui mais on ne sait pas ce qu'il dit. Si on le savait l'art serait de la philosophie.

L'art dit la vérité parce qu'il est transparent : l'œuvre d'art ne renvoie qu'à elle-même, tout ce qu'elle montre c'est elle-même et elle ne renvoie à rien d'autre qu'à elle-même. La dernière personne à consulter pour trouver une interprétation d'une œuvre est l'artiste lui-même. Souvent celui-ci ne sait pas pourquoi il a fait son œuvre, cela répondait chez lui à une espèce de nécessité intérieure, une force qui le traversait et qu'il n'a fait que suivre sans vraiment y réfléchir.

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Voir le mal partout

4 janvier 2019 par jerome lecoq

 

Mal

Rien de ce qui existe n’est bon. Tout est mauvais. Tout est chute, tout est déperdition. Tout est séparation, tout est dissolution. Tout est illusion, tout est poison. Sans doute faux. Mais assez amusant à penser. (O. Brenifier)


Nous connaissons le principe d'entropie : tout système tend à augmenter le chaos en lui-même, aller vers le plus vers le moins organisé, le moins rationnel, le moins vivant, le plus dispersé, isolé, stérile, fixe et mort. Nous n'échappons pas à cette règle bien sûr et nous constatons avec l'âge que nous sommes moins performants physiquement et intellectuellement, que des gens meurent autour de nous, que d'autres perdent l'esprit, la mémoire ou le sens commun. D'autres naissent évidemment et le cycle recommence, ainsi va la vie. C'est la vie dit-on d'ailleurs, parce que nous n'y pouvons rien changer.

Même les grands mythes nous parlent de déchéance et de chute : Adam et Eve n'ont-ils pas été déchus du paradis avant de fonder la communauté humaine qui portera en elle le fardeau de ce péché originel ? Les grandes oeuvres du passé finissent par tomber dans l'oubli et même les étoiles meurent un jour.Tout organisme vivant possède en son principe le fait qu'il mourra un jour après avoir déchu, tout système politique également et toute civilisation même connaît une naissance, une apogée, un déclin puis une fin plus ou moins spectaculaire. De même toute qualité humaine comporte son envers négatif.

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Trouver son meilleur ennemi

30 décembre 2018 par jerome lecoq

 

Amis

"Les amis sont faits pour confirmer ce que vous pensez de vous-même. Penser est fait pour vous faire découvrir ce que vous ne pensez pas de vous-même. Les amis sont plus amicaux que la pensée." (O. Brenifier)

On préfèrera toujours aller discuter avec ses amis plutôt que de penser avec eux. Nos amis viennent confirmer ce que nous pensons déjà de nous-mêmes. Cela même que nous n'aimons pas de nous mais que nous savons néanmoins, ils nous le confirment aussi. Nos amis connaissent nos défauts et nous aussi. Ils choisissent de les accepter, de les mettre de côté et de se concentrer sur ce qu'ils aiment chez nous. Nous faisons exactement la même chose avec nous-mêmes et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Le pire que vous puissiez faire avec votre ami c'est de penser avec lui. Vous lui demanderez de vous dire des choses sur vous-même que vous ignorez : pour cela il aura fallu qu'il vous mette à l'épreuve parce que seule l'épreuve nous révèle à nous-mêmes. Or ce sont plutôt nos ennemis qui nous mettent à l'épreuve : avec des amis on a pas envie de se confronter, d'affronter les parties inconnues de nous-mêmes. Qui sait ce que l'on pourrait trouver sous la surface, peut-être des choses qui obligeraient notre ami à nous fuir, ou pire, qui lui donneraient la clé de notre être ? Les amis sont les dernières personnes au monde dont nous voulons qu'elles nous comprennent : la seule chose que nous leur demandons c'est de nous confirmer ce que nous pensons de nous, généralement en toute complaisance.

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Ils veulent être impressionnés

28 décembre 2018 par jerome lecoq

 

 

Grandiose 

Ils aspirent au grandiose, au miraculeux, au profond, au paradoxal. Ils veulent être impressionnés. Magie de la parole. Promesse d’absolu. La poussière du monde les indispose. (O. Brenifier)

 Le phénomène des conférences TED m'a toujours laissé dubitatif : certes on y apprend des choses fort intéressantes, notamment dans le domaine de la technologie ou des sciences, dans la mesure où des spécialistes vulgarisent leurs travaux et les mettent en valeur. Cependant je ne peux m'empêcher d'avoir une impression de superficialité, de faux, dans ces présentations hyper-léchées que les candidats ont maintes fois répétées comme s'ils jouaient Hamlet au Stade de France.

Cette volonté d'impressionner, de faire le show à l'américaine me laisse toujours un gout de farine dans la bouche, j'allais dire de poussière. Cela correspond à l'air du temps : nous sommes tellement sollicités de toutes parts qu'il faut en faire des tonnes pour attirer l'attention du public blasé. Il faut qu'il fasse "waouh !". Il faut que la connaissance soit scénarisée, dans ce qu'on appelle le story telling, afin que les spectateurs soient captivés par l'histoire, qu'ils voient une intrigue avec des personnages qui traversent des épreuves et peut-être en sortent "grandis".

Dans: Spectaculaire Aphorismes 

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