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Pourquoi expliquer empêche parfois de penser
Imaginez la scène. Quelqu'un vous parle d'un sujet qui lui tient à cœur. Vous écoutez, et à un moment, vous sentez qu'il n'a pas tout à fait saisi quelque chose d'essentiel. Alors vous intervenez, avec la meilleure intention du monde : « En fait, je t'explique... » La phrase est douce. Le geste est généreux. Et pourtant, il y a quelque chose là-dedans qui mérite qu'on s'y arrête. Jacques Rancière, dans Le Maître ignorant, pose une thèse qui dérange : l'explication n'est pas u
27 avr.5 min de lecture


Pourquoi vous prenez toute critique comme une attaque personnelle (même quand elle est juste) ?
La scène se joue des milliers de fois par jour dans les organisations du monde entier. En comité de direction, quelqu'un formule une objection technique sur un projet. L'objection est factuelle, argumentée, pertinente. Et pourtant, celui à qui elle est adressée ne la reçoit pas comme une information utile. Il la reçoit comme une agression. Le visage se ferme. Le ton change. La réponse qui suit ne porte plus sur le contenu de l'objection, mais sur la légitimité de celui qui l'
14 avr.7 min de lecture


Le syndrome de l'imposteur n'est pas votre problème : le problème c'est votre lucidité
La crainte du jugement est l'une des souffrances les plus répandues et les plus secrètes de la vie professionnelle et sociale. Elle n'a pas besoin de scène ni de public. Elle se manifeste dans une réunion, lors de la rédaction d'un email important, dans l'anticipation du simple effet de sa parole sur autrui. Parfois il suffit de sentir un silence un peu trop long après une intervention pour que la machine intérieure s'emballe : "Qu'est-ce qu'ils ont pensé ? Est-ce que c'était
11 avr.6 min de lecture


Pourquoi vos techniques de communication sonnent faux
Vous connaissez la scène. Un différend éclate, une tension s'installe. Au lieu de la confrontation brute, l'un des deux interlocuteurs inspire profondément, change de posture et déclame, avec une application quasi scolaire : "Quand tu dis cela, je ressens de la frustration, car j'ai besoin de reconnaissance." L'autre, au lieu de l'apaisement attendu, reçoit la formule comme une agression sophistiquée. Le malaise grandit. La connexion est rompue. L'intention était de créer un
10 avr.6 min de lecture


Vous vous cachez derrière votre expertise — et vous commencez à le sentir
Le savoir est un capital. Il confère du prestige, de la légitimité, une place dans le monde. Personne ne contestera qu'il est bon de maîtriser un domaine, d'y être reconnu, d'en tirer une forme de fierté. Mais il arrive un moment où ce capital se retourne. Non pas parce qu'il diminue — au contraire, il peut continuer de croître — mais parce qu'il finit par occuper tout l'espace. L'expertise cesse d'être un outil : elle devient une identité. Et c'est là que les choses se compl
8 avr.4 min de lecture


Pourquoi parle-t-on de la pluie et du beau temps ? (ou de nos vacances)
La météo cela change tout le temps, surtout en Bretagne. Quand vous parlez avec les gens du coin ou avec les autres vacanciers la météo est le sujet qui vient naturellement comme, si nous devenions tous agriculteurs ou marins. C'est le sujet rêvé pour les gens qui n'ont rien à dire ou qui se sentent obligés de parler face à une vague connaissance. Autant dire que cela concerne la plupart d'entre nous. Ce sont les deux ou trois phrases échangées qui nous permettront de meubler
12 févr.5 min de lecture


Désinvestir pour se libérer : penser contre l’épuisement intérieur
Ce qui épuise n’est pas ce que l’on croit Quand une personne dit : « Je n’ai pas l’énergie de changer », elle ne parle pas d’un manque de sommeil ou de calories. Elle dit autre chose, de plus subtil et de plus grave : « Je suis absorbée, mobilisée en permanence par quelque chose en moi qui me consume. » Mais quoi ? Et pourquoi cela persiste-t-il, même lorsqu’on tente d’y échapper ? Ce n’est pas tant l’action qui épuise, mais le vouloir. Et plus précisément : le vouloir être.
17 juin 20255 min de lecture


Ce que l’habitude fait à la pensée (et pourquoi il faut lui résister)
L’habitude, cette fausse amie Le mot "habitude" vient du latin habitus, qui signifie littéralement "manière d’être" ou "état acquis". Il est lui-même dérivé du verbe habere, "avoir", "tenir" ou "posséder". L’habitude, au départ, désigne donc une disposition stable, un état incorporé par répétition. Mais ce qui s’incorpore s’oublie : ce que nous faisons par habitude, nous ne le possédons plus vraiment, c’est lui qui nous tient. On dit souvent d’une personne qu’elle agit « par
16 juin 20256 min de lecture


Ces expressions qui tuent la pensée et le dialogue : 1 -
"Pas nécessairement", "pas forcément", "pas tout le temps", "pas toujours..." Cette expression très courante est utilisée face à une affirmation générale. Imaginons par exemple que je dise " le perfectionnisme rend les gens insatisfaits" et que mon interlocuteur me rétorque "pas nécessairement". Ce faisant, et de manière suffisamment subtile pour que ce ne soit jamais relevé, mon interlocuteur suppose que mon affirmation était "nécessaire" ou "forcée" ou "catégorique et absol
6 déc. 20242 min de lecture


Ces expressions qui tuent la pensée (et le dialogue) - 3 -
"Je voudrais compléter votre idée..." Très utilisée dans une discussion ou débat, cette expression traduit le désir d'apporter sa propre idée tout en donnant l'impression que l'idée que l'on vient compléter était intéressante. Mais si l'on y réfléchit, compléter quelque chose signifie que ce quelque chose a un manque, donc une imperfection, un problème, une faille, un défaut. Un manque n'a de sens que par rapport à un modèle, une perfection, une totalité. Et évidemment qui ju
5 déc. 20244 min de lecture


Pour bien se contrôler il faut arrêter de vouloir tout contrôler
Bien sûr c'est folie de vouloir tout contrôler. Personne ne songerait à vouloir contrôler la météo, l'avenir ou un être humain. Nous avons néanmoins besoin de contrôler un certain nombre de "paramètres" dans notre existence si nous voulons atteindre une forme raisonnable de bonheur. Ainsi nous pouvons raisonnablement vouloir contrôler nos ressources financières en nous assurant des revenus réguliers, notre comportement et notre discours vis-à-vis d'autrui si nous ne voulons
25 juin 20244 min de lecture


L'oeuvre d’art, réceptacle de nos projections
Face à une oeuvre d'art, nous sommes libres de projeter tous nos désirs, nos fantasmes, nos "filtres de perception" en interprétant cette oeuvre, en l'aimant ou en la détestant. La projection est habituellement un problème en ce qu'elle nous masque l'objectivité d'une situation, par exemple lorsque nous interprétons une situation du passé avec nos yeux du présent, ce qui nous conduit à être un juge implacable de nous-même par exemple. Ou bien lorsque nous extériorisons vers
6 juin 20242 min de lecture


Sommes-nous en train de perdre le sens de l'Autre ?
Sommes-nous en train de perdre le sens de l’Autre ? Le sens de l'Autre c'est cette attention naturelle à la personne qui est à côté de...
16 avr. 20245 min de lecture


Pourquoi est-ce difficile de s'étonner ?
S'étonner signifie suspendre son jugement, sa pensée et se laisser traverser par une forme de vide, de néant. Lorsqu'on s'étonne on est suspendu au-dessus d'un abîme, et on choisit d'y demeurer quelques instants, voire d'y danser comme dirait Nietzsche, mais il faut s’y entraîner à défaut de quoi le vertige nous guette. S'étonner vient du latin ad tonare qui veut dire "frapper de stupeur". Or celui qui est "frappé de stupeur" c'est le stupide. Pas étonnant dès lors que nous n
4 avr. 20243 min de lecture


Le savoir peut-il être une forme de corruption ?
A priori le savoir ne peut pas faire de mal : dans une économie de la connaissance et du service il est même fortement valorisé. Pourtant celui qui sait, ou qui prétend savoir, peut tomber dans deux pièges majeurs. Le premier c'est, en raison de son savoir, d'être incapable d'écouter et de mettre momentanément à distance son savoir. Son jugement est tellement sûr concernant son domaine d'expertise qu'il ne peut le suspendre, attitude préalable à un questionnement ouvert, auth
3 avr. 20242 min de lecture


Marre de m'occuper des autres !
Marre de m'occuper des autres, je vais être égoïste pour une fois ! Ce cri du cœur est étonnant tant il est difficile de faire abstraction d'un égoïsme congénital chez l'être humain. Il existe pourtant des personnes qui semblent tellement dévouées aux autres qu'elles en oublient semble-t-il même de prendre soin d'elles-mêmes, au point de s'abîmer la santé, comme ces grands enfants qui s'occupent d'un parent victime d'une maladie neurodégénérative. Pourtant s'occuper à ce poi
23 mars 20242 min de lecture


Pourquoi voulons-nous être rassuré·es ?
Se rassurer par les autres En général quand on veut être rassuré c'est que l'on a peur de quelque chose. Les enfants ont peur du noir car ils s'imaginent que quelque monstre va en surgir et ils demandent à leurs parents de les rassurer. Ceux-ci en général de manière rationnelle leur expliquent que les monstres n'existent pas et par leur attitude, tendre, bienveillante et rassurante, font taire momentanément leur peur. Il s'agit ici d'une peur irrationnelle puisque son objet e
4 mars 20244 min de lecture


Ils veulent des réponses (pour éviter de penser)
"Pour eux, les réponses répondent. Il n'y a plus rien à faire. Ils peuvent enfin se reposer. Ils ne réalisent pas que les réponses sont des pièges pour la pensée. Sables mouvants où les idées s'enlisent, pour ne plus jamais revenir." (O.B.) Nous voulons tous des réponses à nos questions. Cela nous rassure, cela nous comble, nous ôte notre angoisse. Pour un temps. Mais pour un temps seulement. Il n'y a rien de mal à donner une ou des réponses pour peu que nous n'en faisions pa
16 févr. 20244 min de lecture


Le confinement par l'imagination ou la raison
"Ce qui est donné est donné, pensent les uns. Tout est possible, pensent les autres. Nécessité fait loi. Ou bien, rien n’est exclus. Les premiers s’enferment dans leur entendement. Les seconds s’enferment dans leur imagination." (O. Brenifier) Il y a des personnes qui s'enferment dans leur imagination. Voilà une idée à rebrousse-poil. On pourrait penser au premier abord que l'imagination justement nous permet de nous évader d’une réalité trop banale ou trop maussade. Que l'
5 févr. 20246 min de lecture


Ils veulent être bluffés
Grandiose "Ils aspirent au grandiose, au miraculeux, au profond, au paradoxal. Ils veulent être impressionnés. Magie de la parole. Promesse d’absolu. La poussière du monde les indispose. (O. Brenifier) Le phénomène des conférences TED m'a toujours laissé dubitatif : certes on y apprend des choses fort intéressantes, notamment dans le domaine de la technologie ou des sciences, dans la mesure où des spécialistes vulgarisent leurs travaux et les mettent en valeur. Cependant je
2 févr. 20244 min de lecture
