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Amour et liberté sont-ils compatibles ?



 

Entre amour et liberté, la tension est rapidement palpable. L'amour est un sentiment si puissant qu'il nous emporte, nous ne nous posons pas la question de savoir s'il est bon ou bien ou même souhaitable d'aimer cette personne, nous l'aimons c'est tout. La première victime de l'amour c'est semble-t-il non pas directement la liberté, mais la raison, la réflexion et la distance critique. Car celui qui aime se prétend libre d'aimer, il a au contraire le sentiment d'exprimer pleinement sa liberté, de la même manière, pour paraphraser Spinoza, qu'une pierre pensante en train de tomber jurerait ses grands dieux que si elle tombe, c'est "parce qu'elle le veut bien", ignorante en cela du conditionnement objectif de la gravité universelle sur son être. L'amour nous conditionnerait si bien qu'il nous persuaderait aussi que nous aimons de notre plein gré.


Mais la conscience est tenace chez l'être humain, il ne peut pas tout le temps fermer les yeux, et les autres, ses amis qui l'aiment aussi d'un amour différent, plus distant, lui ouvrent les yeux et lui disent : “Regarde comme tu es possédé par cet amour, regarde à quel point tu oublies de t'aimer toi-même en aimant cette personne comme si elle était tout au monde, comme si elle était tout ton monde.”

Or son monde ne se réduit pas à elle, le monde continue d'exister quand il l’aime.

D'ailleurs cette personne, aime-t-il aussi sa liberté ? Pense-t-il aussi que sa liberté fait partie d'elle ? Si oui alors il devrait accepter qu'elle soit libre de ne pas aimer que lui, d'en aimer un ou une autre. Pourrait-il le supporter ?


S’il l’aime comme une personne et pas comme une chose, un "en-soi" comme dirait Sartre, alors il doit lui laisser sa liberté et accepter qu'elle puisse en aimer un autre. Cela l’oblige à considérer que son amour pour elle n'est pas une garantie d'exclusivité, que rien n'est acquis la concernant et que l’amour est une chose à conquérir encore et toujours. Fatigant non ?


Et bien l'avantage c'est que “lorsqu'on aime, comme dit le proverbe, on ne compte pas”. On ne compte pas le temps et les efforts consacrés à lui témoigner notre amour par des attentions, des intentions, des actes, souvent des dons, du temps de connections. Sans évidemment l'étouffer, la pauvre : juste ce qu'il faut pour que cette personne comprenne qu'elle compte beaucoup pour nous. Et si un jour elle ne nous aime plus et bien il faut s'en accommoder, l'amour est ainsi fait qu'il peut partir sans raison, comme il est arrivé.


L'amour a un côté injuste, arbitraire : tout le monde peut être aimé sans rien avoir à faire pour cela, certains s'en passeraient d'ailleurs fort bien et certains ne le méritent probablement pas. Mais l'amour n'est pas affaire de mérite ou de valeur.


En revanche, aimer n'est pas l'affaire de tout le monde puisque c'est donner sans attendre d'être payé en retour ou au moins sans espérer recevoir autant qu’on donne et cela n’a rien de facile tant l’amour cache souvent un désir d’être aimé en retour, désir qui témoigne d’une faille narcissique, d’un manque d’amour.


C'est une affaire risquée mais qui peut être « payante », uniquement pour celui qui ne compte pas et ne sait pas compter. L'amour n'est pas une affaire de comptabilité mais de compatibilité. Pour être compatibles en amour il faut aimer autrui au moins autant que la liberté.

 

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