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Apprend-on toujours de ses échecs ?



 

Un échec est le fait de ne pas atteindre un objectif, de ne pas aller au bout d'un projet, c'est donc une négation, c'est un "ne pas", un manque (de réussite). Or cela peut paraître étonnant d'apprendre quoi que ce soit d'une négation, d'un “rien”. Ce que je voulais qu'il arrive n'est pas arrivé.

Il voulait séduire cette femme et il a été éconduit, il voulait se faire désirer d'elle et elle ne le désire pas, il a échoué à la séduire. A-t-il appris quelque chose ? 

Pour apprendre quelque chose il faut que cette chose puisse être généralisable afin qu'elle modifie notre vision, notre comportement futur. Or qu'est-ce cet homme apprend d'un échec de séduction à part que cette femme en particulier ne le désire pas ? Cela ne dit rien sur ce que pourraient penser d'autres femmes sur lui. Cela ne lui dit rien non plus sur lui-même ou son attitude puisqu'en général on ne sait jamais pourquoi on n’a pas plu à une personne.

 

En creux, cette expérience banale nous montre une chose : pour apprendre d'un échec encore faut-il que cet échec soit constitutif d'un projet qui dépendait principalement de moi : de ma volonté, de mes compétences, de mon expérience, de ma lucidité. Or ce n'est pas le cas d'un projet de séduction.


En matière d'amour on voit également qu'il peut y avoir comme une malédiction de l'échec : telle personne attire systématiquement tel type de personne parce qu'elle met en œuvre un schéma récurrent, comme ces femmes qui ont la vocation de “mère Teresa”, veulent sauver des hommes (mais le schéma inverse existe également), et s'éprennent d'hommes immatures et irresponsables qui trouvent dans ces femmes des alliées inespérées pour se complaire dans leur marasme et la victimisation. Ce type de relation est en général voué à l'échec et se finit souvent mal voire très mal. 

La femme pourra comprendre intellectuellement pourquoi c'est son schéma qui pose problème et lui attirera toujours le même type d'hommes, ce n'est pas pour cela qu'elle apprendra à se comporter différemment puisque c'est le seul schéma de fonctionnement qu'elle connait et elle “ne sait pas” faire autrement ou du moins elle pense ne pas le savoir.

On peut néanmoins espérer que cette femme, ayant souffert à plusieurs reprises des situations dans lesquelles elle s'est retrouvée, entreprenne un travail sur elle pour mettre à jour son schéma de fonctionnement et tenter d'y mettre fin en prenant conscience par exemple que c'est sa propre faille narcissique qu'elle espère combler en aimant des "cas désespérés". Dans ce sens, c'est sur soi que l'on apprend dans un échec amoureux plus que sur les autres. 

 

D'autres fois, l'apprentissage est par nature très limité : j'ai échoué à un examen. Qu'est-ce que j'apprends ? J'apprends que je n'ai pas encore le niveau, qu'il faut que je continue à travailler mes compétences et mes connaissances. Mais si je ne bénéficie pas d'une correction détaillée qui m'explique les erreurs que j'ai commises, les manques de connaissance ou de savoir-faire qu'il me reste à acquérir, je ne pourrai pas apprendre grand-chose de cet échec. 


Pour apprendre d'un échec, encore faut-il aussi avoir identifié la cause principale de cet échec et connaître les responsabilités dans la survenue de cette cause. Les échecs dont on apprend le plus sont ceux où on a eu l'occasion d'avoir une prise de conscience de notre rôle dans l'échec. Par exemple, le sportif fait une contre-performance parce qu'il se rend compte qu'il "se met trop la pression" sur ses résultats, sur l'enjeu de la compétition, ce qui le paralyse au lieu de la galvaniser, transformant le bon stress en mauvais stress.

 

Lorsque c'est un échec collectif c'est souvent difficile de savoir pourquoi l'échec est survenu : pourquoi tel film qui avait tout pour faire un carton au box-office est un four et tel autre petit film sans ambition fait un succès retentissant ? Les recettes des succès commerciaux sont une alchimie mystérieuse qui n'est pas reproductible à volonté, sinon cela se saurait. Lorsqu'on ne sait pas pourquoi on réussit, il est aussi difficile de savoir pourquoi on échoue. 

 

Cependant dans un sens plus large, l'échec, par la rupture dans la normalité, la déception voire les souffrances ou les conséquences dramatiques qu'il entraîne, est propice à la réflexion, au retour sur l'expérience qui a conduit à l'échec, plus que le succès. Lorsque nous avons un succès nous le célébrons, essayons de capitaliser dessus et de le reproduire mais il est rare que nous nous demandions pourquoi nous avons réussi. Il est ainsi probable que la simple chance y soit pour beaucoup dans nombre de nos succès même si elle n'est pas le seul facteur. 

 

Il y a un domaine en particulier où les échecs sont systématiquement analysés et décortiqués afin d'éviter qu'ils ne se reproduisent et où on ne veut laisser aucune place à la chance (ou à la malchance donc). Dans le transport aérien, tout accident fait l'objet d'une enquête approfondie par des experts de l'aviation, souvent internationaux et aboutit à un rapport avec des recommandations qui sont ensuite transmises aux compagnies aériennes via un organisme centralisateur (la FAA aux E.U. et la DGAC en France) et aux constructeurs afin d'opérer des changements dans les procédures de pilotage, dans les équipements, dans la formation des pilotes. Le succès dans ce cas précis est un idéal régulateur du “zéro accident”. Cette systématisation des analyses des incidents et des accidents fait du transport aérien le moyen de transport de loin le plus sûr au monde, à tel point qu'il devient difficile de faire mieux, à moins de changer de paradigme et de passer aux avions sans pilotes ce qui n'est pas pour demain, plus pour des raisons psychologiques qu’industrielles ou techniques.

 

Cette pratique systématique et scientifique de l'analyse de l'échec est facilitée par le fait que tout dans un avion de ligne est enregistré en temps réel : les paramètres de vol aussi bien que les conversations de l'équipage entre eux et avec les contrôleurs aériens. Cette traçabilité globale et fine permet aux enquêteurs de faire des hypothèses très probables sur les causes des accidents sans même avoir besoin du témoignage des pilotes, lorsqu'ils sont encore vivants. Par ailleurs les enjeux humains et financiers sont tels que des moyens très importants sont mis à disposition pour reconstituer les circonstances de l'accident jusque dans ses moindres détails. Pour la plupart des échecs nous ne disposons pas de cette débauche de moyens et d'efforts pour comprendre l'échec et devons compter sur notre volonté, notre courage d'affronter la vérité en face et de mettre en place les changements souvent désagréables qui nous mettront sur la piste de futurs succès.

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