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Jouer avec soi-même




Ce que j'admire dans la pratique philosophique c'est le fait de pouvoir jouer avec les idées, avec les concepts, y compris et peut-être surtout lorsqu'ils s'appliquent à nous, et qu'ils ne sont pas forcément "positifs". Cela nous sort d’un rapport fébrile et stérile, anxieux et réactif face au jugement d’autrui.


Par exemple le concept de "contrôle" : certaines personnes veulent tout contrôler, elles ne font pas confiance, elles veulent des garanties, des plans, des sécurités, des certitudes. En consultation pourtant on arrive à les faire jouer avec ce concept de contrôle en le radicalisant, en le caricaturant, en le dramatisant jusqu'au ridicule. Il redevient alors un simple concept : certes le Sujet n'en reste pas moins avide de contrôle et il ne changera pas son “être-au-monde” du jour au lendemain. Mais il prendra conscience des excès de son attitude et s'exercera à des "prises de risque" où il acceptera de rentrer dans un jeu sans avoir la maîtrise, juste pour voir "comment cela fait" lorsqu'on n'a pas le contrôle. Et c'est très apaisant pour lui.


Jouer à ne plus être soi c'est aussi ce qui nous libère de nous-même et de cette tyrannie de l'authenticité à tout prix.

J'admire donc cette capacité que nous donne la pratique philosophique de sortir momentanément du "rôle du soi", du fait d'être soi-même, d'être trop soi-même, pour justement ne plus être soi-même. On ne se rend pas compte à quel point le fait de vouloir "être soi-même" est en fait un piège qui nous enferme dans un "soi" qui devient un "en-soi", prévisible, sans liberté, livré à lui-même et prisonnier de lui-même. Jouer à ne plus être soi c'est aussi ce qui nous libère de nous-même et de cette tyrannie de l'authenticité à tout prix.


Évidemment nous retournerons à ce que nous sommes au quotidien, à nos automatismes, nos routines, nos manières d'être. Mais avec en plus cette petite conscience toujours prête à s'éveiller qui nous susurre à l'oreille "attention tu es en train de devenir la caricature de toi-même, prends de la distance, joue avec toi-même, sors de toi et regarde toi, ne te trouves-tu pas drôle ?". Si on sait jouer avec les concepts on apprend aussi à jouer avec soi-même, avec ce que nous représentons.


On acquiert une souplesse intellectuelle et comportementale : on sort de la mauvaise foi de celui qui prétend n'être qu'un seul rôle et on accepte d'autres rôles. On devient beaucoup moins susceptible face au jugement d'autrui : le jugement devient simplement une occasion de jouer avec autrui pour voir si lui aussi ne s’attache pas trop à ses concepts.

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