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La contrainte comme libération



Contraintes


Une contrainte est un élément objectif, en général extérieur à moi-même qui s’oppose à ma volonté. Donc que pour qu'il y ait contrainte il est nécessaire qu'il y ait une volonté. Mais alors dire qu'une contrainte nous empêche d'être libre est absurde puisque la volonté est une forme de liberté, même si elle ne peut pas tout.


Une contrainte est ce que je dois prendre en compte si je veux que ma volonté se réalise, c’est une condition à la réalisation d’un projet, mais pas une restriction de ma volonté, c'en est plutôt un stimulant.

Admettons que j'aie pour projet de partir en vacances au bord de la mer cet été. Je ne sais pas où aller ni combien de temps. Si je n'avais aucune contrainte, si j'avais un temps illimité, un budget illimité, alors je serais bien embarrassé car j'aurais ce qu'on appelle “l'embarras du choix”, je serais noyé par l'ampleur de tous les possibles. Heureusement je ne dispose que d'une somme limitée et de deux semaines : ces contraintes vont me guider dans mon choix. On peut même dire que si je n'avais pas ces contraintes il faudrait que je les invente afin de restreindre les possibles.


Il y a donc des contraintes objectives qui me libèrent en ce qu'elles me dispensent de faire des choix qui seraient une source d’effort et d'angoisse, dans la mesure où tout choix est une forme de renoncement et que renoncer, avides que nous sommes en général, nous répugne. C'est par un raisonnement similaire que la Boétie a pu parler de servitude volontaire pour expliquer le succès de la tyrannie du despote envers les sujets.


Il existe aussi des contraintes internes au Sujet.


Nous pouvons identifier parmi ces contraintes : la gêne et l'embarras, la crainte et l'angoisse, le devoir et la responsabilité.

Toutes ces contraintes sont internes et nous enferment au contraire à première vue.


La gêne est un sentiment proche de la honte et de la peur mais moins puissant qui nous empêche d'effectuer complètement ou partiellement une action, en général parce que nous pensons que cette action posera un problème à autrui. Cela me gêne de dire ce que je pense à cette personne par exemple parce que j'imagine qu'elle sera vexée ce qui créera peut-être un conflit entre nous.

Contrairement à une contrainte extérieure, une contrainte intérieure est souvent pénible d'un point de vue psychologique. La gêne est une légère oppression, le sentiment d'une pesanteur qui s'exerce sur la légitimité ou la moralité de notre action.

De même la crainte est clairement une contrainte, voire une souffrance qui nous emprisonne et conditionne nos actions et nos pensées. La peur nous domine, nous opprime, nous enferme. Il paraitrait très bizarre de prétendre que nous puissions être libérés par la peur.


Le sens du devoir et de la responsabilité sont la conscience que nous devons prendre en charge une action envers nous-même, autrui ou le monde au-delà de notre convenance personnelle, au-delà de notre plaisir. C'est une contrainte qui est du côté de la volonté collective, car en général on est responsable devant autrui, et qui en même temps peut provoquer un conflit interne car elle vient souvent limiter le principe de plaisir.


La spécificité des contraintes internes est que nous pouvons les amoindrir voire carrément les dissoudre, par un travail sur nos représentations. Pour reprendre mon exemple de la gêne, je peux toujours me donner du courage en me disant que faire cette critique honnête à cette personne lui permettra peut-être de s'améliorer à terme, si elle comprend que je la formule pour son propre intérêt et non pour le mien.

En ce qui concerne la crainte, je peux me raisonner, analyser l'objet de ma peur, déconstruire ses mécanismes et y trouver par là-même une forme de réconciliation. Si par exemple j'ai peur de passer un examen je peux me dire que si je n'y vais pas je le regretterai toute ma vie ce qui sera bien pire que de surmonter mon trac, ou bien me dire qu'un examen est une bonne occasion de savoir où j'en suis dans le développement de mes compétences ce qui me permettra de progresser etc.

En ce qui concerne la responsabilité et le devoir je peux me réconcilier avec le plaisir en anticipant la satisfaction que j'aurai d'avoir su me sacrifier pour un autre par exemple et que j'aurais bien aimé que l'on fasse ceci pour moi.


Temps

Le temps est toujours déjà là, autour de nous et en nous

Il est une contrainte bien particulière cependant en ce qu'elle est à la fois extérieure et intérieure : le temps. Le temps est toujours déjà là, autour de nous et en nous. On peut très bien consciemment faire comme si nous avions tout le temps du monde pour effectuer une tâche mais ce n'est qu'un subterfuge : il est préférable de toujours faire les choses dans le temps, quitte à s'inventer des échéances fictives.


Premièrement parce que comme je l'ai dit le temps nous est par nature limité, même si nous n'en avons pas conscience. Je peux très bien mourir aujourd'hui ou un événement imprévisible peut brutalement interrompre mon projet.

Deuxièmement lorsque je n'ai pas de contrainte de temps je vais avoir tendance à repousser à plus tard les efforts, les confrontations et obstacles qui jalonnent inévitablement tout projet, toute entreprise, toute action avec un objectif.

Troisièmement la contrainte du temps donne un surcroit d'intensité à la tâche que j'effectue en lui donnant une durée de vie : paradoxalement cela facilite mon immersion dans le moment présent. La contrainte du temps, artificiellement imposée me permet de me concentrer et d'être plus satisfait du résultat de mon action, tout en prenant un certain plaisir au processus lui-même. Finalement, en me contraignant par le temps, j’oublie même le temps qui passe en étant tout à ma tâche.

Quatrièmement la limite de temps me libère car elle m'empêche de procrastiner sous prétexte que ce ne serait pas "assez bien", voire pire, que cela ne serait pas "parfait". Une fois que le temps est passé, c’est fini.


Au cours d'une consultation philosophique nous utilisons également une forme de contrainte sur la liberté d'expression. Dans une consultation il ne s'agit pas de parler librement mais d'accepter la question telle qu'elle est, sans la modifier ou la refuser et de s'engager dans une réponse, aussi incertaine et hésitante soit-elle. Le praticien vous interrompt également lorsqu'il voit que quelque chose pose problème dans votre réponse et vous le porte à la conscience.

Cette forme de dirigisme, de mise à l'épreuve, même si elle peut être quelque peu frustrante dans un premier temps, est toujours une libération lorsque le Sujet "joue le jeu" sans retenir ses coups.

Alors, prêt à essayer une consultation ?



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