Les compétences de la pensée critique

Clarifier, approfondir et discerner

 
Clarifier sa pensée, l'approfondir et faire preuve de discernement consiste à travailler les compétences suivantes :
 
  • analyser : décomposer un message en ses éléments plus simples afin de le recomposer et d'en saisir plus facilement la globalité
  • synthétiser : ramasser un discours compliqué pour en tirer l'essentiel et identifier l'intention 
  • interpréter : afin de pouvoir s'approprier le sens quand il est général ou vague
  • expliquer : pour vérifier que le sens est clair auprès d'autrui
  • identifier les présupposés : pour que les ancrages apparaissent à travers le discours et que le sujet comprenne "à partir d'où il parle"
  • argumenter : afin de construire des jugements solides et d'éviter les jugements hâtifs ou les assertions gratuites
  • produire des exemples : pour éviter les envolées abstraites et revenir sur du concret

 Identifier et résoudre les problèmes

Bien penser c'est identifier tous les obstacles, tous les problèmes qui nous empêchent de bien penser.
Les obstacles principaux sont les suivants :
 
 
- peurs diverses : peur de donner la mauvaise réponse, de paraître ridicule, de froisser autrui, de juger ou d'être jugé par autrui
 
- duplicité, agenda caché, mauvaise foi, mensonge
 
- confusion, glissement de sens, perte de sens
 
- emportement émotionnel, réactivité excessive
 
- luttes de pouvoir, conflits d'egos, défense d'image de soi
 
- incohérence, erreurs de logique, biais cognitifs
 
- force de l'habitude, pensée automatique, pensée magique
 
- obsessions
 
- urgence génératrice de stress
 
Il s'agira donc, au cours du dialogue, de relever tous ces problèmes et de les traiter hic et nunc.
 

Premier outil pour pour voir le problème : le questionnement

Le questionnement est ce qui permet de mouvoir la pensée : tout problème peut-être tourné sous forme de question qui apporteront autant d'hypothèses pour le résoudre.

 
Questionner c'est aussi apprendre à se découvrir et découvrir autrui, à clarifier une situation, un problème, une attitude, une intention, un argument.
 
Pour autant questionner n'est pas chose facile car souvent nous "chargeons" nos questions avec trop de choses : nous introduisons des présupposés qui orientent fortement la réponse, nous noyons la question en la mélangeant à une affirmation ou pire une critique que nous entendons ainsi atténuer. Pourtant une question devrait rester ce qu'elle est : une invitation à l'approfondissement, à la clarification, à la précision, à l'action. Une question est ce que l'on appelle un acte de langage : en même temps que l'on formule la question on pose une exigence à autrui : celle de répondre à cette question.
Ainsi une bonne question sera celle dans laquelle ne transparaît pas l'opinion du questionneur.

 

Deuxième outil pour voir le problème : l'objection

L'objection est une forme de problématisation mais plus spécifique : elle se limite à voir un problème quant à la vérité d'une hypothèse claire et déterminée. Pour faire simple une objection consiste à dire ce qui est faux dans une hypothèse et non pas, comme on le pense généralement, à donner une opinion différente de celle proposée.
Or bien sûr afin de voir la fausseté d'une hypothèse il faut d'abord l'explorer, la comprendre, donc d'une certaine manière voir ce qui en elle est vrai ou du moins a du sens dans le "système" de celui qui la prononce. Car si nous partons du présupposé que nous mettons toujours un peu de nous-même dans nos assertions, quelles qu'elles soient, alors faire une objection à une hypothèse c'est aussi découvrir la personne qui l'a proposée. En cela nous ne sortons pas du "connais-toi toi-même" inscrit au frontispice du temple de Delphes.
 

Conceptualiser

 
Un concept est un mot qui synthétise une proposition. Il est donc le résultat d'une opération de synthèse, de résumé ou de choix parmi d'autres mots. Par exemple par rapport à la proposition "les élèves n'osent pas lever la main car ils ont peur de donner la mauvaise réponse et d'être mal vu par leurs camarades" le concept choisi par le sujet pourra être : "image de soi", "peur", "jugement", "erreur". C'est donc plus le processus de choix qui a conduit au concept que le concept lui-même qui nous intéresse. Car en faisant un choix le sujet montre ses préférences, son système de valeurs, ses ancrages peut-être non-élucidés. Il révèle son être.
 
En cela un concept n'a pas à être "philosophique". N'importe quel mot convient, pourvu qu'il soit suffisamment général pour être compris par le sens commun. Autrement dit un concept est ni plus ni moins qu'un nom commun.