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Entre émancipation et aliénation : la compétition




Exigence et élévation


La compétition peut être définie comme un système dans lequel des individus luttent les uns contre les autres en se mesurant sur des critères objectifs (ou faisant l'objet d'un consensus relatif, celui du domaine de la compétition) ou subjectifs

Dans notre système éducatif, l’élève, comme son nom l'indique, s'élève vers un niveau de compétences, de performance, d'excellence qu'il ne possédait pas avant de commencer son entrainement : il apprend, se perfectionne, progresse, avance, s'améliore.

Mais s'améliorer n'est pas encore s'émanciper : il faut encore considérer que celui qui augmente ses compétences, ses connaissances et sa maîtrise, se libère. Il se libère effectivement de son ignorance, de sa faiblesse, de sa dépendance.


Même un élève avec de bonnes dispositions en mathématiques ou un sportif doué pour la natation ne pourra pas être naturellement performant. Pour cela un travail acharné est nécessaire : or le travail est traditionnellement un puissant facteur d'émancipation pour l'être humain depuis qu'il a été déchu du Jardin d'Eden où tout lui tombait naturellement dans les mains.





Motivation extrinsèque


Cela nous permet de voir la différence entre deux types de motivations : la motivation intrinsèque et la motivation extrinsèque.

Dans la compétition, la motivation est extrinsèque : on est avant tout motivé par l'atteinte d'un objectif qui est en général celui d'un classement. L'objectif du compétiteur est toujours d'être le meilleur par rapport aux autres, à la limite peu importe la discipline. En matière de compétition, comparaison est raison.

Cela peut être une motivation très forte pour s'extraire de sa condition (comme le fils d'ouvrier qui faut intégrer Polytechnique ou l'ENA, ce qui reste l'exception), pour le prestige, pour susciter la fierté de ses proches.


La compétition est donc le moyen par lequel des jeunes gens peuvent s'émanciper de leur condition sociale par les études en se retrouvant en théorie sur un pied d'égalité avec les jeunes gens issus de milieux sociaux plus favorisés, "bourgeois".


Lorsque l'on rentre en concurrence avec les autres on se confronte nécessairement aussi à soi-même, à ses propres faiblesses qu'il s'agit de travailler ou de contourner, à sa capacité à faire des sacrifices de moments de plaisir au profit de son travail. La compétition offre aussi des moments assez violents de doutes sur soi-même : on se voit par exemple loin derrière les autres, on se dit qu'il y aura tellement de travail à fournir pour arriver au niveau requis qu'on se demande si c'est même la peine de s'aligner au départ de la course. La compétition nous oblige à faire le bilan de nos compétences afin de déterminer l'ampleur du travail à fournir, les priorités sur lesquelles se concentrer, les premières étapes à franchir. Elle nous met cruellement en miroir nos manquements, nos lacunes, nos faiblesses, notre ignorance voire notre stupidité.





Mais même s'il est vrai que la compétition nous livre à nous-même et nous permet de découvrir nos forces et nos faiblesses, elle n'est pas non plus un travail de connaissance de soi dans la mesure où les faiblesses ne sont pas réfléchies en tant que telles mais simplement gérées afin d'obtenir le meilleur résultat au concours. Ce type de compétition est une compétition essentiellement utilitaire où les objectifs entièrement subordonnés à l'épreuve qui permettra de délivrer le sésame, le classement qui permettra d'intégrer l'école, la performance qui permettra de gagner la compétition.


En sortant d'eux-mêmes, les individualistes s'ouvrent à une nouvelle réalité et peuvent déployer de nouvelles aptitudes, adopter de nouveaux comportements qui enrichissent leur personnalité et en font des individus plus ouverts, plus généreux et attentifs aux autres.

En ce qui concerne le sport d'équipes, la compétition avec les autres équipes renforce la coopération et l'entraide au sein des membres d'une même équipe. Comme chaque équipe doit être la plus performante face aux autres équipes, les équipiers doivent trouver l'organisation la plus efficace, en mettant chacun aux bons postes ce qui implique de connaitre les forces et faiblesses de chacun afin que les postes soient en adéquation avec les compétences.

De plus, afin d'être performante, l'équipe doit savoir avancer de concert, se coordonner rapidement ce qui implique une communication fluide et authentique, sans enjeux de pouvoir venant paralyser les relations par des conflits larvés ou ouverts. Ainsi le travail en équipe dans un environnement compétitif permet-il d'intégrer des personnalités solitaires et individualistes et de les ouvrir à la coopération, au souci d'autrui voire au sacrifice, ce qui n'est pas un comportement naturel pour ces personnalités. Dans le sport individuel il y a aussi des relais par équipes : pour ma part (j'était nageur) je me souviens que j'étais beaucoup plus joyeux et léger (et performant) lorsque je nageais en relais pour mon équipe que lorsque je faisais des épreuves individuelles.

En sortant d'eux-mêmes, les individualistes s'ouvrent à une nouvelle réalité et peuvent déployer de nouvelles aptitudes, adopter de nouveaux comportements qui enrichissent leur personnalité et en font des individus plus ouverts, plus généreux et attentifs aux autres. Nous pouvons appeler cela une forme d'émancipation par la dynamique de groupe.





Exclusion et indivdualisme


Par nature, toute compétition produit beaucoup plus d'exclus que d'inclus

Il nous faut maintenant aborder le revers de la médaille (c'est le cas de le dire) et voir quels peuvent être les effets délétères de la compétition sur un esprit qui naturellement est autant porté à l'individualisme et à l'égoïsme qu'à la coopération et à l'entraide sociale.


Tout d'abord, et par nature, toute compétition produit beaucoup plus d'exclus que d'inclus. Il n'y a que les trois premiers qui sont mis en valeur dans le sport individuel (le podium).

Ceux qui "échouent au pied du podium", qui ne sont pas "admissibles" ou pas "admis", qui ratent, qui sont recalés. Rater n'est pas un problème, quand ce "ratage" n'est pas internalisé comme un échec existentiel et qu'il ne vous marque pas à vie. Or dans une société très marquée par la compétition scolaire comme c'est le cas en France, celui qui constamment voit autour de lui des personnes qui sont estampillées ENA, HEC ou X et n'en fait pas partie, est ramené insidieusement à son échec, même si ce qu'il a par ailleurs réussi est tout à fait méritoire.


Le danger n'est également pas absent non plus pour les gagnants. Pour eux aussi, le risque est qu'ils essentialisent leur titre, qu'ils se croient ontologiquement supérieurs parce qu'ils ont réussi à vingt ans tel ou tel concours ,et considèrent finalement que le reste sera facile et qu'ils peuvent se reposer.

Cela conduit à une forme d'arrogance, de suffisance et de sur-confiance qui touche ces élites qui se croient tout permis dans leurs comportements privés, notamment lorsqu'il s'agit d'hommes à l'égard des femmes, ce qui ne fait qu'amplifier les phénomènes de machisme.





Par ailleurs ce type de compétition standardisée, formatée, normée et ritualisés favorise un comportement conformiste : tout le monde passe le même concours parce que c'est la "Voie Royale" puis tout le monde se retrouve à l'école pour vivre les mêmes évènements et enfin tout le monde se retrouve dans des postes prestigieux dans des grosses entreprises ou des administrations ou cabinets ministériels également prestigieux. Au passage, les couples se seront formés au sein de l'Ecole et auront tendance à reproduire ce schema avec leurs enfants.


Au niveau sociétal, la compétition amplifie un égoïsme atavique chez l'être humain. Or dans la vie, et en particulier dans la vie des organisations, la coopération est un enjeu crucial. Les jeunes Français sont semble-t-il moins préparés à l'exercice collectif que leurs homologues européens pour lesquels la compétition impitoyable est moins prononcée. Cela m'avait frappé notamment lorsque j'avais fait une partir de mes études au Danemark


Le compétiteur-né, quoi qu’il fasse, fait les choses pour gagner, pour remporter la mise. Il lui faut un enjeu de taille sans quoi il s'étiole, s'ennuie. Il ne fait pas les choses par plaisir, par amusement. Pour lui l'important n'est pas de participer mais de gagner. L'obsession de la comparaison est une forme de cécité, comme toute obsession d'ailleurs, et ferme à la nouveauté, à l'étonnement de ce qui surgit au détour du chemin. Le compétiteur ne s'arrête pas en chemin, il est trop tendu vers son objectif, trop pressé de gagner des points et de franchir la ligne d'arrivée en premier.


Le JEU : une alternative viable ?


La question que nous pourrions donc désormais poser serait : comment créer les conditions d'une "compétition joyeuse" ?


L'idée serait de transformer toute compétition à enjeu, en jeu.

Le concept qui émerge spontanément de cette association d'idées serait celui du jeu. L'idée serait de transformer toute compétition à enjeu, en jeu, donc de trouver une forme de plaisir, de légèreté. Ce contre quoi il faudrait lutter, donc (ce qui en ferait une forme de compétition avec soi-même) serait notre propre esprit de sérieux et de lourdeur, celui-là même qui fait que nous transformons un jeu de société en lutte pour la survie, en d'autres termes c'est notre propension à dramatiser les choses et les enjeux.

La notion de plaisir est ici très importante : toute compétition doit apporter une forme de plaisir, autrement elle risque de rapidement se transformer en chemin de croix. L'idée est que la compétition soit non une obsession pour « la gagne » mais une activité ludique au cours de laquelle de nouvelles connaissances sont introduites, de nouvelles compétences travaillées et approfondies ainsi que des choses créées.

Le jeu permet d'avoir une attitude souple par rapport aux obstacles et aux contraintes : se demander comment on pourrait mettre à profit telle ou telle contrainte, contourner un problème ou le résoudre de manière créative.





En attendant, si vous voulez développer votre pensée non pour être le(a) plus intelligent·e ou le(a) meilleur·e, mais simplement pour prendre plaisir à développer la puissance de votre existence, je vous propose de tester une Consultation Philosophique avec moi.

Ce serait dommage de passer à côté de cette expérience rare, ce rendez-vous authentique avec vous même qui pourra aussi faire office de diagnostic de vos compétences de pensée.




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