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Etre en phase




J'aime l'idée ou le concept de "phase". C'est d'abord un concept de physique qui est une fonction du temps dans un phénomène périodique comme la variation de la hauteur d'un pendule selon ses oscillations, qui suit une courbe sinusoïdale.

Pour le sens commun, ce concept renvoie à la notion d’étape, d’état transitoire.

Mais autant le concept d'étape renvoie à une vision linéaire du monde autant celui de phase renvoie à une conception cyclique périodique. Sans pour autant être identique à elle-même, la phase correspond à un état temporaire d'un système qui est destiné à se reproduire selon la même structure mais avec des variations, un peu comme le thème dans une mélodie.

Il existe cependant des exceptions puisque dans les systèmes chaotiques les phases peuvent être uniques.

Dans un système, on identifie plusieurs phases qui ont leur propre identité et que l'on peut reconnaître à travers des variations mais elles ont leur propre évolution. Ainsi les phases sont-elles à la fois identiques dans leur structure, elles vont revenir, mais différentes dans leur forme singulière ce qui implique une évolution, une différenciation, une adaptation à des contraintes externes et donc une forme d'altérité et d'ouverture tout en ayant une cohérence interne, caractéristiques en général des êtres vivants qui interagissent avec l’extérieur. 

Dans la vie il y a des phases comme l'enfance, l'adolescence et ses crises, la construction du couple, la naissance des enfants, leur éducation etc. Ces phases sont globalement reconnaissables chez tout individu, on sait que l'individu passera par elles, on sait reconnaitre les changements de phase, et on sait qu'elles vont se suivre dans un certain ordre. Connaître les phases de développement d'un individu c'est connaître cet individu à travers sa dynamique interne.

Mais on ne sait pas exactement quelle forme ces phases peuvent prendre car cela dépend du caractère de la personne, de ses apprentissages, de ses rencontres, bref des alea de la vie. Les phases sont une forme de nécessité au sein du hasard plus global que constitue la vie d'un individu.


Être “en phase” avec quelqu'un cela signifie être d'accord globalement avec lui, avoir des buts et des valeurs similaires même s'il peut y avoir des moyens d'y conduire très différents. La notion de “phase” fait appel à celle d'harmonie, de variations cycliques, comme dans la fonction sinusoïdale de la propagation d'une onde. Lorsque deux ondes sont en phase elles entrent “en résonnance” et leurs énergies s’additionnent. Au contraire lorsqu’elles sont en opposition de phase leurs énergie se neutralisent mutuellement.


Deux objets en phase relative n'exclut pas les divergences ponctuelles mais suppose qu'il y aura toujours une coïncidence périodique qui reviendra nécessairement, peut être espacée par des éloignements qui iront jusqu'à une grande distance mais finiront par se rejoindre. La phase implique donc une forme de stabilité au sein d'un système qui diverge et converge de manière périodique donc régulière. Les rigoristes de la physique me contrediront sûrement mais je ne suis pas là pour faire un cours de physique.


Dialoguer en phase


la question est un arrêt du système qui a pour fonction de recaler les phases entre elles

On peut voir un dialogue à travers le paradigme de la “phase” : il y a des phases de coïncidences parfaites où les deux sujets sont “sur la même longueur d'onde”, ils coïncident, parlent à l'unisson, d'une même voix. Heidegger parlait de “tonalité existentielle” pour exprimer le fait que deux êtres se comprenaient dans l’existence.


A d'autres moments les Sujets s'éloignent l'un de l'autre, la compréhension s'amoindrit, la confusion s'installe, les malentendus naissent. C'est le moment où l'un des interlocuteurs, s'il veut que le dialogue garde une forme d'unité, s’il recherche le sens, la clarté, la compréhension mutuelle (ce que nous pourrions poser comme présupposé dans toute discussion rationnelle) pose une question afin de lever les ambiguïtés : la question est un arrêt du système qui a pour fonction de recaler les phases entre elles.


Ceci est évidemment une métaphore et le phénomène d'un dialogue est plus complexe que l'étude de la variation de deux fonctions sinusoïdales de phénomènes de propagation d'ondes, mais c'est une métaphore intéressante pour comprendre comment des recalages de phases périodiques sont nécessaires pour que l’entropie du système ne croisse pas vers le chaos qui mènerait à la rupture complète du dialogue.


Dans une consultation philosophique chaque question est ciselée pour que le Sujet puisse dérouler sa propre "phase" naturelle si je puis dire, qu'il déploie le sens de ce qu'il dit, alors qu'il ne le voit peut-être pas lui-même, donc afin qu'il "rentre en phase avec lui-même". Assez curieusement les êtres humains arrivent à se déphaser tout seuls et ils ont besoin d'autrui pour se rephaser. C'est ce que fait le philosophe praticien lors de la consultation. Parfois le Sujet est au contraire "trop en phase” avec lui-même : en coïncidant tellement avec lui-même, il n'a pas conscience de lui-même puisque on peut considérer que la conscience est une forme de “dé-coïncidence” avec soi-même, ce que l'on appelle couramment "avoir de la distance avec soi". La praticien l'aidera à le “dé-coïncider” par ses questions qui le feront se rencontrer avec une nouvelle conscience. Il doit le déphaser afin qu'il se “rephase” avec lui-même et avec le monde : non pour coïncider avec lui mais pour être dans la même tonalité voire en harmonie avec le monde.

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