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Pourquoi nous entêtons-nous dans l'erreur ?



S'entêter signifie continuer une action alors qu'elle a déjà échoué à atteindre ses objectifs ou que de sérieux obstacles se dressent sur sa route. L'entêtement, dans sa version positive, est synonyme de persévérance, de détermination et de volonté et dans sa version négative de rigidité, de cécité et de stupidité.

Le problème de l'entêté est qu'il est fermé sur tout autre chose que son objectif qui menace de tourner à l'obsession. Certaines personnes sont têtues par nature et donc susceptibles de s'entêter dans l'erreur, uniquement par inertie intellectuelle et comportementale. Cependant, même sans être particulièrement têtus, nous sommes susceptibles de nous entêter dans l’erreur dans certaines conditions particulières.

En général, "être dans l'erreur" signifie que nous sommes en porte-à-faux avec la collectivité et le sens commun, que nous faisons "fausse route" et tomberons bientôt sur un mur. Ce mur peut prendre la forme de la faillite lorsque l'homme d'affaire s'entête à investir dans un produit qui ne se vend pas, de l'injustice lorsque la mère s'entête à justifier les bêtises et les mensonges de son fils car “au fond de lui c'est un gentil garçon", de la mise au ban ou de l'ostracisation quand un scientifique s'entête à croire à sa théorie alors que ses théories se sont révélées inefficaces, du conflit lorsque l'enfant s'entête à ne pas admettre sa faute alors qu’il est pris la main dans le sac par ses parents, de la défaite militaire et de l'annihilation lorsque les Japonais s'entêtent à poursuivre la guerre alors qu'ils n'ont plus les moyens de la gagner jusqu’à ce qu’Hiroshima les mette devant la terrible réalité.

Tous ces “murs” sont sources de souffrances non seulement pour les entêtés mais bien souvent pour leur entourage, a fortiori quand ils sont en position de pouvoir.


Alors dans quelles situations nous entêtons-nous dans l'erreur ?


Premièrement, lorsque le pouvoir est concentré dans les mains d'une seule personne. Le pouvoir en effet isole, corrompt et enivre : trois facteurs qui renforcent l'entêtement d'un individu qui pouvait avoir simplement une tendance autoritaire avant de parvenir à ses fonctions. Nous pouvons voir cela chez la plupart des autocrates : comme leur pouvoir repose sur la peur, ils ont eux-mêmes peur de leur propre peuple et en particulier de ceux qui les entourent et pourraient leur voler ce pouvoir. Par conséquent ils deviennent paranoïaques, s'isolent dans une tour d'ivoire et donnent libre cours à leurs fantasmes mortifères comme nous le voyons avec la désolante fuite en avant de Poutine qui s'entête à vouloir conquérir l'Ukraine, pourtant une défaite militaire flagrante dès le début, ce qui aurait du l'alerter sur l'impossibilité stratégique de mener une telle guerre à son terme. Il s’entête dans cette erreur historique parce que le coût du retrait et donc de l’admission de sa défaite serait trop important par rapport à ce qu’il estime être sa crédibilité devant le peuple Russe.


Deuxièmement lorsque nous sommes dogmatiques : nous savons ou pensons savoir, nous avons de grandes connaissances dans un domaine particulier et n'admettons pas de remarques d'interlocuteurs profanes ou débutants dans notre domaine car ce serait une remise en cause de notre statut d’expert sur lequel nous avons bâti notre réputation. Si jamais un tiers, a fortiori un jeune béotien, pointe notre erreur, la réaction la plus probable est l'ignorance voir le mépris car le dogmatique tient sa fierté de son savoir et n'entend pas le remettre en cause. Nous pouvons voir cela chez la plupart des experts, de nombreux professeurs, formateurs ou maîtres. Nous en avons eu la spectaculaire démonstration avec le très dogmatique Pr. Raoult, doté de surcroit d’un complexe de supériorité assez phénoménal.


Troisièmement lorsque nous sommes pris dans une situation à haute intensité émotionnelle. Par exemple nous discutons politique avec des amis qui sont du bord opposé : nous voulons défendre nos convictions et sommes prêts à nous arc-bouter sur des positions à partir du moment où une objection les menace.

Ou bien dans un moment de stress intense où nous avons la responsabilité d'une tâche importante et que nous ignorons les timides voies discordantes nous signalant que nous sommes dans l'erreur. En psychologie, il existe un phénomène identifié, la "cécité attentionnelle", ou l'”effet tunnel” : un Sujet est concentré sur une tâche prioritaire dans une situation inconfortable génératrice de stress. Si des signaux lui sont envoyés, il va avoir tendance à les ignorer, concentré sur son problème, alors même que les signaux envoyés devraient le conduire à changer rapidement ses priorités. Pour lui, le coût de la charge mentale consistant à changer son attention pour prendre en compte un signal potentiellement contradictoire est trop important, donc il l'ignore. Cette cécité à été à l'origine de quelques catastrophes aériennes lorsqu'elle a impliqué des pilotes. Cela peut être apparenté à un entêtement dans l'erreur puisque la vérité ou le comportement adéquat consiste à rester souples et vigilants tout le temps de manière à pouvoir intégrer des informations qui seraient de nature à changer l'équilibre d'une situation problématique et donc les solutions pour en sortir.

Autre situation, lorsque nous sommes pris de colère et que nous ne pouvons nous arrêter que lorsque nous nous sommes défoulés, alors même que nous savons que nous sommes dans l’erreur, comme Achille s’acharnant sur le cadavre d'Hector, aveuglé de rage par la mort de Patrocle, qui ne respecte pas les devoirs sacrés envers un mort et traine son corps derrière un char sous les remparts de Troie.


Quatrièmement lorsque nous sommes dans l'illusion de la connaissance, soit que nous soyions prétentieux comme ces jouvenceaux fraichement diplômés qui prétendent donner des leçons avec leurs "grandes théories" aux praticiens chevronnés. Nous voyons également ce phénomènes chez certains enfants particulièrement têtus qui prétendent tout savoir par eux-mêmes, n'avoir que faire du savoir des adultes et ne veulent surtout pas être aidés.


Cinquièmement, l'entêtement dans l'erreur peut aussi être alimenté par la peur du changement. Il y a des situations où nous avons tout à perdre à abandonner nos croyances ou nos comportements, car cela nécessite une remise en question de notre identité, de notre statut ou de notre confort. Par exemple, dans une relation amoureuse dite “toxique”, une personne peut s'entêter à rester malgré les signes évidents de dysfonctionnement. Imaginons une femme qui est dans une relation avec un homme qui la maltraite psychologiquement. Elle se sent malheureuse, épuisée et perdue, mais elle ne peut pas se résoudre à partir parce que quitter son partenaire signifierait admettre que son engagement est une erreur depuis le début. Elle devrait également affronter le jugement social, la solitude et l'incertitude d'un avenir sans lui. Elle choisit donc de rester, s'entêtant à croire que les choses vont s'améliorer, malgré les preuves du contraire.

C'est aussi le cas de ces employés qui restent à un poste qui ne leur convient pas, bien qu'ils aient la possibilité de changer. Chaque jour, il sont stressés, démotivé et insatisfaits. Pourtant, ils s'entêtent à rester, préférant le confort de leur routine quotidienne, quoique très pesante, à l'idée d'affronter un nouvel environnement de travail, de nouveaux défis et la possibilité d'échouer.


L'entêtement dans l'erreur est une menace permanente chez l'être humain : plus il est sincère, convaincu et donc sans distance avec lui-même et plus son erreur initiale sera dure à reconnaître. C'est la raison pour laquelle Socrate déployait tellement d'efforts pour révéler l'ignorance des pédants : se voyant pris en défaut dans le filet de ses questions, ils tentaient de s'échapper en noyant le poisson ou en faisant des attaques ad hominem. Selon l'adage, errare humanum est, perseverare diabolicum.

Dans la persistance obsessionnelle dans l'erreur, tout se passe comme si notre esprit était possédé par un démon. Le démon de celui qui finira par triompher, par avoir raison, par être heureux.

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