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L'espoir fait-il vivre ?



Impuissance

L'espoir peut être défini comme l’attente qu'un événement généralement heureux que nous ne maîtrisons pas (ou partiellement) survienne dans un avenir plus ou moins lointain.

L'espoir est systématiquement utilisé dans le milieu religieux (espoir que Dieu nous réponde, que la vie nous sourie) et politique (que votre vie sera meilleure si vous votez pour le bon candidat). L'espoir est une attente dont la probabilité est indéterminée et indéterminable. Autrement on parlera d'espérance mathématique, qui fait l’objet de calculs d’espérance en probabilités.

L'espoir est toujours mêlé de crainte comme nous le disait Spinoza et vivre dans l'espoir, voire carrément vivre de l'espoir, est l'attitude de l'impuissant, de celui qui n'est pas maitre de son destin et qui est dans une situation désagréable, aliénante. Et si son espoir est déçu alors il se transforme généralement en ressentiment, et en veut au monde entier mais surtout à lui-même pour avoir tant cru en une illusion. Il y a quelque chose d'irrationnel, de fou, dans le phénomène de l’espoir même si nous pouvons toujours prétendre que c'est cette folie même qui nous maintient en vie.

Pourquoi dit-on à e propos que « l'espoir fait vivre ? » Parce que sans espoir la vie serait trop dure, trop pénible, c'est pourquoi l'espoir permet de compenser la noirceur et la souffrance du présent par une représentation, une projection qui donne un certain réconfort au sujet. "Quand j'aurai gagné au Loto je n'aurai plus aucun souci pour trouver du travail puisque je n'aurai même plus besoin de travailler". L'espoir est une forme de rêve éveillé et par conséquent une fuite de la réalité vers un monde meilleur, plus confortable, plus aimant, plus doux, plus apaisé, quoique probablement plus ennuyeux. L'espoir est donc un pharmakon, à la fois remède et poison, contre la déprime de celui que son quotidien écrase, pour qui le monde est hostile et menaçant. C’est pour cela que Spinoza en faisait une “passion triste”, au même titre que l’ambition qui est aussi une forme d’espoir.

On peut aussi voir dans l’expression "l'espoir fait vivre", une formule ironique voire cynique. Elle indique que nous avons pitié et mépris pour la crédulité de celui qui espère un événement très peu probable, comme pour celui qui espère que gagner au loto le rendra heureux. Où l'on voit le côté pernicieux de l'espoir : en se maintenant dans l'espoir, l’espérant obère ses chances d’améliorer concrètement et de manière autonome son sort.

C'est au moment où le précaire décide qu'il ne gagnera jamais au loto, et donc qu'il arrête de jouer et abandonne cet espoir, qu'il se met lucidement à évaluer sa situation, ses forces et faiblesses, et agit pour tenter de s'extraire de sa condition.

Car le plus souvent, les marchands d'espoir ont un intérêt à ce que l'espérant ne sorte pas de sa condition passive. Si le croyant catholique n'a plus l'espoir d'aller au Paradis, soit qu'il n'y croit plus soit qu'il sait qu'il ira directement en Enfer, il cessera d'être un fidèle et de remplir ses obligations de bon Chrétien. Le désespéré cessera ses obligations liturgiques et peut-être aussi son comportement moral et bienveillant qui lui promettait un accès au Paradis.


Action

L'entrepreneur, le faiseur, l'écrivain ou le philosophe, l'artiste etc. agissent et tentent de prendre du plaisir dans l'acte lui-même, au-delà des gratifications et autres bienfaits qu'ils peuvent raisonnablement espérer. Ils ne s'asseyent pas sur le perron en espérant que le succès survienne.

Cependant vous avez sûrement déjà entendu cette histoire de prisonnier de guerre américain pendant la guerre du Vietnam (il me semble qu’il s’agissait de John Mc Cain ancien candidat à la Présidence) qui n'a dû son salut, sa résistance aux tortures quotidiennes que lui infligeaient ses geôliers, que parce qu'il espérait, ou plutôt il avait la conviction qu'il rentrerait un jour chez lui, qu'il retrouverait les siens et son pays et qu'il pourrait témoigner de ce qu'il avait vécu. Il s'agit ici d'auto-persuasion car évidemment rien ne pouvait le lui garantir. Mais sans cet espoir il est certain qu'il n'aurait jamais tenu et se serait rapidement laissé mourir ou aurait divulgué les informations que les militaires essayaient de lui extorquer. Cet espoir c'était précisément l'espoir de la vie, de la fin de l'Enfer, et c'est cela qui l'a littéralement maintenu en vie.

Nous pourrions alors dire que l'espoir est nécessaire dans une situation de survie, de précarité ou de misère extrême, car on ne voit pas bien au nom de quoi la personne humaine pourrait endurer si longtemps de telles souffrances. L'espoir est une consolation sur le futur, une lettre de change qui permet de supporter une misère bien présente. Pour celui qui n'est pas dans cette misère matérielle l'espoir sera heureusement remplacé par l'action ou au moins le commencement d'une action.

En agissant concrètement sur le monde le sujet peut vérifier l'adéquation entre son objectif et sa réalisation et constamment ajuster son espoir à la réalité, afin qu'il demeure dans un espoir raisonnable. Un espoir raisonnable, même déçu, fera place à une déception raisonnable mais ne mettra pas le sujet à terre. "Si tu mets en un jour perdre l'œuvre d'une vie et sans un geste sans un soupir, te mettre à rebâtir" dit Kipling.

Ainsi celui qui agit prend du plaisir dans l'action elle-même, dans le processus de réalisation et ne place pas toute son existence dans le but, ce qui serait se mettre une trop grande pression et serait contre-productif. Celui qui mise tout sur le succès de son entreprise fait les choses avec lourdeur, avec crainte qu'elles n'échouent et finira par faire fuir ses collaborateurs.

Il n'est pas possible de tout contrôler mais il est possible de minimiser le risque tout en ayant la foi que si on fait de son mieux tout en prenant du plaisir à ce que l'on fait alors le hasard fera bien les choses.

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